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5 janvier 2014 7 05 /01 /janvier /2014 23:08

Mes réponses à Géraldine Dulat du Magazine Illionweb

http://www.illionweb.com/polygamie-heritage-avortement-3-questions-au-abdessamad-dialmy/

  1. Quelle a été votre première réaction en écoutant les propos de M.Lachgar de l'USFP souhaitant abolir la polygamie et permettre l'égalité devant l'héritage entre les femmes et les hommes marocains?

Cela m’a rappelé l’USFP de 1975. A cette date, la section féminine USFP avait demandé que l'on révise le Code du Statut Personnel en dépassant la littéralité des textes islamiques afin d'obtenir des droits inédits, non initialement énoncés par la loi « divine ». Parmi ces droits inédits, l'appel à traiter la femme majeure comme l'homme majeur et à assurer l'égalité des époux dans tous les droits, à supprimer la tutelle matrimoniale, à interdire la polygamie, à transformer toute dissolution de mariage en divorce judiciaire. Plus loin encore, le rapport idéologique de 1975 demande la suppression de l'entretien unilatéral, c'est à dire la fin de l'entretien de l'épouse par le mari et l'implication de l'épouse dans l'entretien du foyer (en considérant par exemple le travail domestique comme une activité économique). C’est la non implication de l’épouse dans l’entretien du foyer qui justifie l’inégalité des sexes dans l’héritage. Lachgar ne fait donc que reprendre les revendications initiales du parti et qui ont été formulées par des associations féminines proches de l’USFP dans les années 1990.

  1. En tant qu'intellectuel, allez-vous officiellement soutenir l'USFP dans ce projet?

Bien sûr que je le soutiendrai. La question n’est même pas à poser. En fait, Lachgar ne fait qu’exprimer, au niveau politique, mes revendications d’intellectuel engagé, d’intellectuel spécifique, féministe, mes revendications issues des études de genre que je mène depuis le début des années 1970. Le bonheur de l’intellectuel est de voir ses utopies transformées en projet de société, en projet politique, c’est-à-dire réalisable. L’excommunication et les menaces de mort et les insultes sont le lot de tous ceux et celles qui osent remettre en cause les soi-disant invariants de l’islam. Je fais partie de ceux là depuis 1999, depuis mon voyage au Yémen, et depuis mon enquête sur l’identité masculine en 2000…

  1. Quels seront les principaux obstacles à abattre pour réussir l'Egalité dans la société marocaine en 2014?

L’obstacle premier est celui de la constitution. Parmi les acquis de l’article 19, l’idéal de la parité à atteindre par le biais de la création d’une autorité. L’égalité des sexes en matière de droits civils surtout est à souligner : elle signifie que tous les articles du code de la famille doivent garantir l’égalité de tous les droits entre les hommes et les femmes. Malheureusement, la constitution en tant que compromis et rapport de force, ne va pas jusqu’au bout : elle rappelle que l’égalité entre hommes et femmes doit se réaliser dans le respect « des constantes et des lois du Royaume ». Certaines constantes et certaines lois, non définies à souhait, sont donc au dessus de la constitution, voire anté-constitutionnelles. Par conséquent, on ne peut pas accuser l’inégalité dans l’héritage ou le droit à la polygynie d’être anticonstitutionnels. Tout au plus, on peut dire que la primauté devrait être donnée aux conventions dûment ratifiées par le Maroc, la CEDAW en l’occurrence. C’est là une procédure à laquelle personne ne fait recours. L’enjeu est donc de réformer l’article 19 de la constitution de façon que rien ne vienne entraver le principe de l’égalité totale des droits entre les sexes

Changer la loi suprême est donc un pas nécessaire, capital. Mais à lui seul, il n’est pas suffisant. Il faut arriver à convaincre les musulmans que 1) les lois édictées par le Coran et la Sunna ne peuvent et ne doivent pas être appliquées en tout temps et en tout lieu, 2) la non application de ces lois n’amoindrit en rien la foi du musulman. Donner le double au frère, donner à l’homme le droit d’épouser plus d’une femme et interdire à la femme d’interrompre une grossesse sont aujourd’hui les indices d’une foi aveugle, injuste, sous développée et sous-développante.

Compte rendu d’une discussion dans les vestiaires d’une piscine, ce dimanche 5 janvier vers 9h30 :

Ce matin, dans les vestiaires d’une piscine chauffée à Rabat, une discussion s’est engagée entre Me. Naim Slaoui et un professeur de droit à Rabat, connu dans les médias.

A la question de Me Slaoui sur les déclarations de Lachgar (égalité dans l’héritage, interdiction de la polygamie et dépénalisation de l’avortement), le professeur en question répondit : « Lachgar a dépassé les limites ».

Cette réponse m’a offusqué et je me suis impliqué dans la « discussion».

Le professeur a continué en affirmant que les déclarations de Lachgar menacent la stabilité du Maroc et troublent l’ordre public. Ce faisant, il a accusé Lachgar de « populisme », entendant par là que les positions de Lachgar flattent l’opinion publique ! Et pour finir, Il a affirmé que Lachgar, en tant que chef d’un parti politique, est soumis à une « obligation de réserve ».

J’étais scandalisé d’entendre ces inepties. La liberté d’opinion a-t-elle des limites au sein d’une démocratie ? La stabilité du pays et l’ordre public sont-ils si fragiles au point d’être si facilement menacés par les déclarations progressistes, à la fois démocratiques et féministes d’un chef de parti ? Lachgar ne fait-il pas preuve justement d’anti-populisme en revendiquant la réforme du code de la famille et du code pénal dans un sens qui va contre l’islam littéral, scripturaire, intégriste et populaire ? Ce faisant, ne risque-t-il pas de faire perdre des sièges à l’USFP lors des prochaines élections ? En fait, Lachgar a fait preuve d’un courage politique inédit. Lachgar n’est-il pas sommé, en tant que chef de parti, d’avoir une vision qui exprime et continue les invariants de l’USFPP depuis 1975, voire qui les renouvelle ? Les chefs de partis ne sont-ils pas les premiers à ne pas devoir obéir à une obligation de réserve, censés guider le Maroc vers plus démocratie et de liberté ? Aucune loi ne leur impose une obligation de réserve. Que Lachgar continue donc sur cette voie courageuse, mais qu’il explique aux Marocains que la foi ne doit être ni aveugle ni injuste envers les femmes. La foi ne doit être un opium ni pour les hommes ni pour les femmes. Une foi qui sacralise l’inégalité des sexes est un opium, elle est à remettre en question.

Quant au professeur de droit, devant sa sainte ignorance, devant son attitude affligeante et décevante, je l’ai accusé, en face, dans les yeux, de sous-développement. C’était la critique la plus polie que j’ai trouvé à lui adresser. Je l’invite à assumer ses dires en public, et à les défendre. Et à ne pas se contenter de les exprimer dans un vestiaire, en maillot de bain.

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Published by Dialmy - dans Féminisme
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