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11 juin 2014 3 11 /06 /juin /2014 13:30

Réponses d’Abdessamad à Géraldine

http://www.illionweb.com/affaire-brigade-moeurs-questions-abdessamad-dialmy/

1.Que pensez-vous de la féminisation de la brigade des moeurs de Marrakech dont la vocation officielle est de lutter contre la dégradation des moeurs via le tourisme sexuel?

Lutter contre la dégradation des moeurs est légitime, lutter contre le travail sexuel est légitime, lutter contre le tourisme sexuel est légitime. Peut-on réussir ce triple défi en féminisant la brigade des mœurs ? La police des mœurs n’existe-t-elle pas depuis longtemps au Maroc ? Qu’a-t-elle fait pour endiguer ce triple fléau ? Certains ne vont-ils pas jusqu’à l’accuser d’être complice du développement du travail et du tourisme sexuels qui sont de plus en plus organisés ? Cette brigade peut-elle à elle seule endiguer ces fléaux? La solution est-elle principalement répressive ? La répression au féminin serait-elle plus adéquate ? Féminiser cette brigade garantira-il plus d’efficacité et d’honnêteté ? Féminiser cette brigade renverrait-il à l’adoption d’une approche « genre » ? Serait-ce uniquement une ruse « naïve, de la part des policières de mœurs en civil, afin de détecter plus facilement les « criminelles d’incitation à la débauche» en faisant semblant de participer à leurs activités ? Signifie-t-il qu’au masculin, la brigade est incompétente, voire plus sujette à corruption ? Peut-on réussir le défi en ciblant le maquillage et la soi-disant impudeur vestimentaire des femmes sans aucune distinction entre les femmes qui se maquillent et qui s’habillent sexy ? N’est-ce pas là une manière de semer la poudre aux yeux, une manière de faire preuve d’une morale (patriarcale) d’Etat qui s’arrête à la superficie des choses?

Les pouvoirs publics assurent-ils une scolarité habilitante aux jeunes filles à travers une discrimination positive ? Leur assurent-ils un revenu minimum d’insertion qui leur permettrait de vivre dans un minimum de dignité citoyenne, en tant que citoyennes indépendantes? Leur inculquent-ils un féminisme basique qui les amène à rompre avec la dépendance économique à l’égard des hommes ? Etre entretenue par un mari ou par un amant, gagner sa vie en vendant des services sexuels à des clients divers, n’est-ce pas en fin d’analyse des situations équivalentes dans la mesure où elles traduisent toutes la domination économique masculine, c’est-à-dire la domination masculine tout court?

2. Pensez-vous que cela représente une atteinte aux libertés individuelles pour tous en général, et pour les femmes, en particulier?

Se faire belle, se maquiller, s’habiller sexy est un droit humain fondamental. Par conséquent, y porter atteinte, c’est porter atteinte à une liberté individuelle féminine irrépressible car elle va dans le sens de l’histoire. C’est également porter atteinte à la liberté des hommes qui aiment voir les femmes se maquiller et s’habiller sexy. C’est donc porter atteinte aux libertés individuelles indépendamment du sexe, du genre et de l’orientation sexuelle. Bien avant cette problématique des libertés individuelles, pour une femme, se faire belle vise à être attirante, ça traduit une volonté de séduction, d’un souci de soi d’abord : c’est d’abord une réponse naturelle à une demande narcissique de l’ego, féminin ici. Par conséquent, l’artifice des apparences séductrices n’est pas un indice de travail sexuel ou d’incitation à la débauche. Toutes les femmes en usent dans les espaces publics. C’est la modernité. C’est leur droit. Il est partie constitutive d’une féminité telle qu’elle est encore partiellement construite par le patriarcat. Au même titre que le voile qui renvoie également à une féminité fondamentalement construite par le même patriarcat. S’acheminerait-t-on vers un stade où le port du voile deviendrait obligatoire, cela ne mettra fin ni au travail sexuel ni à la construction patriarcale chosifiante de la féminité.

Pour conclure, affirmons que la séduction est un droit humain fondamental inaliénable et une base fondamentale de l’équilibre du moi. C’est dans les pays où l’habit sexy et le maquillage sont banalisés et non stigmatisés que la prostitution est moindre, que le respect d’autrui est observé, et que la (vraie) morale (citoyenne anti-patriarcale) est sauve. Ici, c’est une fausse morale hypocrite qui est là, affichée par les individus, par la collectivité et par certains pouvoirs publics pour tenter de masquer leur incompétence à arrêter la véritable débauche qui ronge le pays.

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Published by Pr. Abdessamad Dialmy
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sami 14/06/2014 10:13

كفى تلاعبا بالكلام ألا يوجد عندهم دعارة مثلنا؟ من أين تأتي أفلام البورنوغرافي؟ من أين جاءت حقوق المثاليين؟ ألا توجد عندهم سياحة الجنس؟ ... في مقالك تناقض صارخ في البداية تعتبر كل تعتبر الدعارة و ما يحوم في فلكها شيء يفسد المجتمع يجب مقاومته و في الخلاصة هو عادي. المجتمعات الغربية ألا تحارب هذه المافيات؟

NABIL Abdesselam 12/06/2014 18:19

1.Que pensez-vous de la féminisation de la brigade des mœurs de Marrakech dont la vocation officielle est de lutter contre la dégradation des mœurs via le tourisme sexuel?

Lutter contre la dégradation des mœurs est légitime, lutter contre le travail sexuel est légitime, lutter contre le tourisme sexuel est légitime.

1. Peut-on réussir ce triple défi en féminisant la brigade des mœurs ?

La féminisation de la brigade des mœurs contre ce triple défi nécessite, pour sa réussite :
- Un dispositif législatif régissant les attributions, le fonctionnement, et l’organisation du travail, lequel dispositif devant tenir en compte du genre féminin
- Une formation préalable (techniques, …)
- Un associé masculin pour répondre à certaines questions de genre…

2. La police des mœurs n’existe-t-elle pas depuis longtemps au Maroc ?
Il y a un texte qui régit les mœurs, s’agissant notamment du dahir n° 1-59-413 du 28 joumada II 1382 (26 novembre 1962) portant approbation du texte du code pénal. bulletin officiel n° 2640 bis du mercredi 5 juin 1963, (art. 483 à 496). L’existence de ce texte implique la mise en place d’une police des mœurs en tant qu’organe et fonction judiciaires chargés de lutter contre la dégradation des mœurs devrait exister bien longtemps au Maroc.

3. Qu’a-t-elle fait pour endiguer ce triple fléau ?
Son action reste, apparemment, faible

4. Certains ne vont-ils pas jusqu’à l’accuser d’être complice du développement du travail et du tourisme sexuels qui sont de plus en plus organisés ?
Des faits divers, en rapport avec le fléau, sont concluant dans ce sens
5. Cette brigade peut-elle à elle seule endiguer ces fléaux?
Non : il faut élargir la liste des intervenants de lutte contre la dégradation des mœurs, il pourrait s’agir par exemple : du MEN, le M.de la Santé publique, , du Ministère de la culture, du Ministère des habous et affaires islamiques, Ministère du tourisme, les mas médias. Ces derniers doivent collaborer avec le Ministère de l’intérieur en sa qualité de ministère de tutelle.

6. La solution est-elle principalement répressive ?
La solution devrait être, à la fois et selon les cas, répressive, correctionnelle, prophylactique, ….

7. La répression au féminin serait-elle plus adéquate ?
Non. L’intérêt de lutter contre la dégradation des mœurs étant un intérêt social, la répression au féminin ne pourrait être plus adéquate.

8. Féminiser cette brigade garantira-il plus d’efficacité et d’honnêteté ?
Non. lutter contre la dégration des mœurs est une affaire de la société. Il faut faire, dans ce cas, du masculin un principal collaborateur de la femme.

9. Féminiser cette brigade renverrait-il à l’adoption d’une approche « genre » ?
Les attentats aux mœurs sont commis non seulement par un seul genre. Faut-il donc adopter une approche « non genre »

10. Serait-ce uniquement une ruse « naïve, de la part des policières de mœurs en civil, afin de détecter plus facilement les « criminelles d’incitation à la débauche» en faisant semblant de participer à leurs activités ?
La ruse est une pratique acceptable mais qu’il faut combiner avec des compagnes organisées et répétitive…
11. Signifie-t-il qu’au masculin, la brigade est incompétente, voire plus sujette à corruption ?
Pas forcément. La compétence et le comportement corruptionnel, dans ce cas, ne dépend pas du « genre ».
12. Peut-on réussir le défi en ciblant le maquillage et la soi-disant impudeur vestimentaire des femmes sans aucune distinction entre les femmes qui se maquillent et qui s’habillent sexy ?
Non. Les techniques doivent se diversifier.
13. N’est-ce pas là une manière de semer la poudre aux yeux, une manière de faire preuve d’une morale (patriarcale) d’État qui s’arrête à la superficie des choses?
Probablement, oui. C’est discutable…
14. Les pouvoirs publics assurent-ils une scolarité habilitante aux jeunes filles à travers une discrimination positive ?

15. Leur assurent-ils un revenu minimum d’insertion qui leur permettrait de vivre dans un minimum de dignité citoyenne, en tant que citoyennes indépendantes?
Non. L’Etat n’assure même pas le SMIG/SMAG pour certaines catégories socio-professionnelles de ses salariés. Au Maroc un RMI est un rêve…
16. Leur inculquent-ils un féminisme basique qui les amène à rompre avec la dépendance économique à l’égard des hommes ?
Aussi non. La culture marocaine conservatrice domiante invétère chez la femme l’esprit de la dépendance.
17. Être entretenue par un mari ou par un amant, gagner sa vie en vendant des services sexuels à des clients divers, n’est-ce pas en fin d’analyse des situations équivalentes dans la mesure où elles traduisent toutes la domination économique masculine, c’est-à-dire la domination masculine tout court?
Non, je pense, les situations (mariage, amant, travail sexuel) diffèrent. Surtout sur le plan législative, morale, psychique. Si le mariage est réglementé, les deux autres ne le sont pas. La domination économique masculine est plus sensible, par exemple, dans les cas de l’amant et de la vente du service sexuel, alors qu’elle est quasimment insensible dans le cas du mariage.

2. Pensez-vous que cela représente une atteinte aux libertés individuelles pour tous en général, et pour les femmes, en particulier?

Cette mesure représente une gestion des libertés individuelles et publiques. Chose aussi fondamentale dans la gestion de la chose publique.

Se faire belle, se maquiller, s’habiller sexy est un droit humain fondamental. Par conséquent, y porter atteinte, c’est porter atteinte à une liberté individuelle féminine irrépressible car elle va dans le sens de l’histoire. C’est également porter atteinte à la liberté des hommes qui aiment voir les femmes se maquiller et s’habiller sexy. C’est donc porter atteinte aux libertés individuelles indépendamment du sexe, du genre et de l’orientation sexuelle.
Bien avant cette problématique des libertés individuelles, pour une femme, se faire belle vise à être attirante, ça traduit une volonté de séduction, d’un souci de soi d’abord : c’est d’abord une réponse naturelle à une demande narcissique de l’ego, féminin ici. Par conséquent, l’artifice des apparences séductrices n’est pas un indice de travail sexuel ou d’incitation à la débauche. Toutes les femmes en usent dans les espaces publics. C’est la modernité. C’est leur droit. Il est partie constitutive d’une féminité telle qu’elle est encore partiellement construite par le patriarcat. Au même titre que le voile qui renvoie également à une féminité fondamentalement construite par le même patriarcat. S’acheminerait-t-on vers un stade où le port du voile deviendrait obligatoire, cela ne mettra fin ni au travail sexuel ni à la construction patriarcale chosifiante de la féminité.

Pour conclure, affirmons que la séduction est un droit humain fondamental inaliénable et une base fondamentale de l’équilibre du moi. C’est dans les pays où l’habit sexy et le maquillage sont banalisés et non stigmatisés que la prostitution est moindre (NON, plutôt et plus souvent institutionnalisée), que le respect d’autrui est observé, et que la (vraie) morale (citoyenne anti-patriarcale) est sauve. Ici, c’est une fausse morale hypocrite qui est là, affichée par les individus, par la collectivité et par certains pouvoirs publics pour tenter de masquer leur incompétence à arrêter la véritable débauche qui ronge le pays.