Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 décembre 2014 6 20 /12 /décembre /2014 23:22

C'est le texte complet de l'interview que j'ai accordée à Telquel, n° 648, 19-25 écembre 2014

Tel quel : L'émancipation des femmes - notamment sexuelle – enclenche-t-elle une perte des repères et un éclatement de la définition sexuelle et une recherche d'une nouvelle définition sexuelle chez les hommes ?

Dialmy : Selon certains hommes interviewés dans mon étude sur la masculinité au Maroc, les filles d’aujourd’hui veulent du sexe « à gogo » et le disent. En fait les hommes ont toujours pensé cela, mais les femmes ne le disaient pas. Face à cela, deux réactions masculines : soit l’homme se débrouille pour être à la hauteur à force d’aphrodisiaques, soit l’homme remet en cause la définition patriarcale de la masculinité qui l’enferme dans l’impératif catégorique de la virilité. Le danger d’une réduction de l’homme à la virilité est donc clairement perçu par les hommes. Aussi les hommes s’acheminent-ils vers la focalisation sur d’autres traits de la masculinité comme la personnalité, l’argent, le pouvoir, la moralité… Au-delà d’une apparence de perte de repères, ces deux réactions renvoient toujours à une même masculinité patriarcale, c’est-à-dire à une sorte d’éternel masculin.

Tel quel : L'augmentation des divorces pour insatisfaction sexuelle ou infidélité chez les femmes met elle à mal une forme d'impunité masculine au sein du foyer et dans le couple ?

Dialmy : Ni les données officielles du ministère de la justice ni les études sociologiques ne permettent d’affirmer qu’au Maroc les divorces augmentent actuellement pour des raisons sexuelles. Mais il est vrai que l’insatisfaction sexuelle a toujours été un facteur susceptible de conduire à la séparation des conjoints. Ce qui est nouveau, et c’est là mon hypothèse, c’est que la séparation pour des motifs sexuels serait aujourd’hui davantage initiée par les femmes. Car il est de plus en plus vrai aujourd’hui que la satisfaction sexuelle féminine acquiert de plus en plus d’importance dans le maintien du couple. Plus loin, c’est l’entente sexuelle qui désormais constitue le point de départ fondateur du couple. Dans le passé, la femme se mariait avant de faire l’amour, aujourd’hui elle fait l’amour puis décide (ou non) de se marier (en fonction de la satisfaction sexuelle aussi). Ni les insuffisances sexuelles ni les violences sexuelles masculines ne sont aujourd’hui acceptées par une femme marocaine nouvelle qui revendique d’être un sujet sexuel ayant des droits sexuels.

Tel quel : Les hommes ne manquent-ils pas de supports et de médias pour exprimer cette perte des repères là où les femmes d'une certaine élite disposent d'outils (culture, tissu associatif, presse féminine...) ?

Dialmy : Les hommes détiennent encore le pouvoir sous toutes ses formes et la perte des repères chez eux est très relative. Face à la domination masculine (sexuelle et médiatique), le tissu associatif et la presse féminine restent faibles. Ils ne sont pas radicalement féministes dans le sens où ils ne vont pas, dans leur majorité, jusqu’à revendiquer ouvertement la libération sexuelle, c’est-à-dire le droit à la sexualité préconjugale, le droit au refus sexuel ou à l’initiative sexuelle de l’épouse... La libération féminine, notamment sexuelle, est loin d’être achevée. Elle symbolise une transition sexuelle qui signifie l’émancipation des pratiques sexuelles sans la libération de la pensée et des normes sexuelles. C’est donc une émancipation à orienter par une morale humaniste anti-patriarcale qui concilie liberté et dignité, à encadrer dans la notion de citoyenneté sexuelle.

Partager cet article

Repost 0
Published by Pr. Abdessamad Dialmy
commenter cet article

commentaires

serrurerie paris 17/02/2015 13:33

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.
Cordialement

Dialmy 17/02/2015 23:13

Sans problème pour le lien, mais vous avez oublié de mentionner votre identité et votre blog... Merci de vous identifier.