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2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 23:15

J'ai présenté cette communication le 29 novembre 2014 au Forum thématique "Liberté de conscience" (2ème Forum Mondial des Droits Humains, Marrakech, 26-30 novembre 2014).

Trois postulats

Postulat 1 : si la famille est au service de la religion, si elle est le cadre premier de sa transmission intergénérationnelle, si l’école publique est elle aussi, et dans beaucoup de cas, au service de la religion officielle et dominante, la réforme du système d’enseignement exige de renverser cet ordre, de mettre toutes les religions au service de l’école publique en y puisant les valeurs de la tolérance et de la solidarité. En fait, la liberté de conscience est la condition de possibilité d’une école publique équitable et égalitaire.

Postulat 2 : dans les pays démocratiques où le pouvoir ne puise pas sa légitimité dans la religion, la majorité confessionnelle (au sens démographique) n’a pas le droit de mettre l’enseignement public à son service. Quand elle le fait, elle se transforme en majorité politique de fait dans un système non démocratique qui s’oppose à l’égalité des citoyens, à la notion même de citoyen. Les croyants de la confession dominante (statistiquement et politiquement) sont les seuls et véritables sujets de Dieu tandis que les autres croyants (des autres confessions) occupent, dans le meilleur des cas, des positions subalternes et voient leur religion occultée dans l’enseignement public.

Postulat 3 : l’école est une, pareille à elle-même, l’espace universel de la transmission du savoir scientifique et des valeurs humanistes (égalité, démocratie) tandis que la religion est plurielle, différentielle, particulariste, identitaire, prosélyte, combattante, meurtrière…

Deux camps

Ces trois postulats permettent d’affirmer l’existence d’un conflit, à partir du XIXème siècle, entre le camp laïc et le camp religieux pour contrôler l’enseignement public.

Pour le camp conservateur, la continuité entre la famille (le privé) et l’école (publique) doit se continuer, mais cela signifie en dernière analyse que seule la confession majoritaire (dominante) retrouve sa place dominante dans l’école publique.

Pour le camp laïc, défenseur de la liberté de conscience, la séparation du religieux et du politique signifie la neutralité religieuse de l’école, c'est-à-dire le retrait de la religion de l’enseignement public. Celui-ci ne dispense pas d’éducation religieuse confessionnelle. Pour ce camp, l’enseignement confessionnel est à privatiser (et peut légitimement se transformer en fabrique du croyant). A l’opposé, l’enseignement public est à établir comme enseignement non confessionnel (qui fabrique le citoyen de la nation et où les croyances religieuses des enseignants et des élèves relèvent de l’ordre du privé).

Dans l’enseignement non confessionnel public, la fabrication du citoyen (maître de sa société et de son histoire) peut comporter une information sur les religions, mais ne peut admettre une éducation confessionnelle qui sert à produire un croyant (un sujet obéissant à un Dieu, peu importe lequel). En effet, dans l’école publique (non confessionnelle par définition), c’est le fait religieux qui est enseigné, exposé, expliqué, sans que l’école prenne parti pour telle ou telle religion, pour telle ou telle confession. Pour cela, le fait religieux est enseigné à travers une approche « sciences humaines et sociales », dans des cours sur l’histoire des religions, la sociologie des religions, l’économie des religions, la psychologie, des religions…

Une problématique

Que faire quand laïcité et confessionnalisme se retrouvent tous deux dans un système d’enseignement à la fois public et confessionnel comme celui du Maroc ? Un système qui veut fabriquer d’un seul coup le musulman sunnite malékite et le citoyen d’un état démocratique moderne. Un système qui veut fabriquer en même temps le sujet (esclave de Dieu et de ses représentants) et le citoyen (maître de son destin) au nom d’une constitution à référentiel double, islam et droits humains. Que faire face à ce système dualiste qui confond entre croyance et citoyenneté, qui fait de la croyance un élément fondamental de la citoyenneté ? Que faire face à ce non sens ? Car si la croyance renvoie à une communauté méta-nationale de croyants, la citoyenneté réfère à Etat- nation moderne. Comment concilier ?

Ma réponse

La réponse réside dans l’instauration de la liberté de l’enseignement. Dans ce cadre, permettez-moi de formuler les recommandations suivantes :

1-rendre facultative la matière de l’éducation religieuse dans l’école publique actuelle (car elle renvoie à une seule et unique confession). Au nom de quoi impose-t-on cette éducation confessionnelle à des élèves susceptibles d’avoir d’autres convictions religieuses et/ou confessionnelles) ou de ne pas en avoir du tout ? Le respect de la liberté de conscience exige, au minimum, que cette matière religieusement très partiale, devienne facultative ;

2- dispenser un savoir objectif (à travers les sciences humaines et sociales) sur toutes les religions, sur toutes les confessions sans prendre parti afin que l’école publique reste religieusement neutre et ne pense qu’à la fabrication du citoyen national ;

3- permettre à chaque confession de créer ses écoles confessionnelles en tant qu’écoles privées ;

4-contrôler le contenu de l’enseignement confessionnel privé de façon à ce qu’il ne contredise pas les acquis des sciences (théorie de l’évolution, biologie, astrophysique) ;

5- obliger l’enseignement confessionnel privé à a) fabriquer un croyant tolérant qui ne se définit pas comme le meilleur, devant dominer les autres, les convertir, les tuer, b) à mettre en avant des valeurs religieuses qui poussent au respect des autres religions, c) à favoriser une identité à la fois plurielle et solidaire, et non pas une identité prosélyte et combattante ;

6- fermer l’école confessionnelle chaque fois qu’elle devient un moyen de résistance identitaire et d’affirmation communautariste, un foyer de fanatisme ;

7- créer des écoles interconfessionnelles dans le système public où élèves de différentes confessions et de non confessions apprennent le vivre ensemble et à devenir citoyens d’une même nation ;

Conclusion

En un mot, aucune confession ne doit rester religion d’Etat, même si définir une société par une religion est possible. Le fait que la majorité des Marocains soient musulmans n’implique pas que l’islam doive rester religion d’Etat. De même, le fait que l’islam soit religion d’Etat n’impose pas à tous les Marocains de rester musulmans contre leur gré. La foi individuelle n’est pas le résultat de la loi ou de l’histoire, elle est le fruit d’un choix personnel, l’expression suprême de la liberté de conscience.

Par conséquent, et quel que soit le statut de l’islam dans l’Etat, il faut respecter la liberté religieuse, la liberté de ne professer aucune religion, et la liberté de refuser l’enseignement religieux. Pour cela, l’idéal serait de transformer les différentes confessions en associations, de les faire basculer toutes dans la société civile, de faire en sorte que toutes ne renvoient qu’à la société, et qu’aucune d’elle ne soit l’expression identitaire de l’Etat. C’est à ce prix que le système éducatif, toujours dépendant du politique (qui se doit d’être indépendant du religieux) peut jouer un rôle central dans la création d’une identité nationale plurale, multiethnique, multiculturelle et multi-religieuse.

Pour réaliser la liberté de conscience dans et par l’enseignement, le Maroc doit s’approcher dans un premier temps du modèle anglais du compromis: faire coexister écoles publiques non confessionnelles avec des écoles confessionnelles dans le système public. Dans un deuxième temps, il a à réaliser le modèle français de l’exclusion : laïciser complètement l’enseignement public, privatiser totalement l’enseignement confessionnel.

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Published by Pr. Abdessamad Dialmy
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commentaires

R.elmoussaoui 03/12/2014 22:21

"d'abord imiter angleterre puis la france"quelle conclusion.pourquoi imiter tjrs? pourquoi pas inventer voie nouvelle qui n'est imitation ni d'occident ni d'orient? NB:les jeunes musulmans nés en france et qui ont recu education dans cette ecole prise comme modele rejoignent Da3ich.

Ghailane Naima 03/12/2014 20:31

Entièrement d accord laiciser l enseignement public Pas d amalgame!