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22 mai 2015 5 22 /05 /mai /2015 11:49

Les concepteurs et défenseurs de l’avant projet du code pénal n’interdisent pas de dé-jeûner chez soi pendant le Ramadan, mais interdisent d’avoir chez soi des rapports sexuels entre personnes non mariées. Dans le premier cas, on respecte l’espace privé comme espace inviolable, dans le deuxième cas, l’espace privé n’est pas inviolable. Pourtant dans les deux cas, il y a transgression de deux interdits islamiques selon la lecture littérale dominante de l’islam. On doit alors se demander si l’islamité de l’Etat se manifeste dans le respect de l’espace privé ou dans le non-respect de l’espace privé. Pourquoi la non inquisition dans un cas et l’inquisition dans l’autre ? Au nom de quelle logique l’avant-projet défend-il ce paradoxe ? Pourquoi ne pas laisser l’officiel jeûneur sexuel (le non marié) dé-jeûner tranquillement en privé lui aussi ?

En fait, pour ces concepteurs-défenseurs, l’islamité de l’Etat consiste à demander au dé-jeûneur ramadanien de faire semblant de jeûner dans l’espace public. Ce faisant, il est et sera considéré par l’islamité de l’Etat comme un «musulman correct». Il en est de même des rapports sexuels entre non mariés. Le Marocain musulman non marié doit également faire semblant, en public, de jeûner sexuellement. Tant qu’il n’a pas le permis marital d’avoir une activité sexuelle, il est censé être un jeûneur sexuel. Et tant qu’il n’est pas pris dans les rets de la répression sexuelle, il est et sera, pour l’islamité de l’Etat, un « musulman correct ». En un mot, l’islamité de l’Etat se réduit ici à l’imposition de certaines lois appelées à être violées au quotidien.

Par conséquent, l’ordre public défini en tant qu’ordre religieux est constitué d’un faux consensus, d’apparences trompeuses. En d’autres termes, l’islamité de l’Etat est présentée comme appel à l’hypocrisie, celle-ci est instituée comme une condition du vivre-ensemble. Faire semblant de jeûner, alimentairement pendant le ramadan, et sexuellement pour les non mariés, tout le temps : c’est là une comédie tragique, risible, ridicule, infantilisante. L’enjeu, pour un Maroc qui se veut démocrate de manière irréversible, est de devenir une société civilisée, sans hypocrisie institutionnalisée, respectueuse de toutes les différences, libre. L’Etat est alors appelé à éduquer le jeûneur (alimentaire et sexuel) en lui apprenant à respecter le droit citoyen du dé-jeûneur à dé-jeûner. C’est ce que je propose d’appeler le développement religieux. Celui-ci est une dimension du développement citoyen pour tout pouvoir démocratique qui n’a pas besoin de la religion pour fonder sa légitimité et qui n’utilise pas la religion, à travers le code pénal, pour réprimer les libertés individuelles des citoyens.

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Published by Pr. Abdessamad Dialmy
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