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5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 12:16

Voici le résumé de la communication que j’ai faite le 30 juin lors de la rencontre sur la responsabilité des hommes dans l’égalité de genre. Cette rencontre a été organisée conjointement par « ONU Femmes » et par le « Conseil Economique, Social et Environnemental » au siège de ce dernier à Rabat.

Interrogeant la domination masculine, cette hiérarchisation patriarcale perçue comme une donnée naturelle et consacrée par les religions monothéistes, trois théories explicatives sont à exposer.

La première, la théorie biologique préscientifique, affirme qu’il existe un seul sexe, le sexe mâle (pénis), complet chez les hommes, incomplet et inverti chez femmes. Cette supériorité biologique du mâle se traduit « naturellement » et se continue dans et par la supériorité sociale de l’homme. Différents en degré, donc inégaux. Cette théorie a été reprise par la psychanalyse à travers la célèbre phrase de Freud, "l'anatomie, c'est le destin". N'avoir pas de pénis expose à l'infériorité sociale. Et ce manque de pénis conduit la femme à l'envie de pénis, à la subordination (sexuelle) au mâle, et à la soumission sociale à l'homme.

La deuxième théorie, marxiste, rattache la domination masculine/apparition du patriarcat à l’appropriation des moyens de production, la terre en l’occurrence, par les hommes. Cela a conduit à une division sexuelle du travail (production/reproduction) et de l’espace (public/privé) en défaveur des femmes. A considérer la femme elle-même comme une terre à labourer (au profit de son propriétaire et maître, l’homme en l’occurrence).

La troisième théorie est celle de l’anthropologie qui affirme que les femmes ont été, dans toutes les sociétés humaines, un objet d’échange entre les hommes dans l’institution du mariage. Pour la femme, l’accès à la sexualité, soumis au devoir du mariage, passe par l’autorisation rituelle accordée par le père ou le frère, par un tuteur masculin de manière générale. « Tel homme donne une femme à tel autre homme en mariage » est une loi sociale et sociologique qui a traversé l’histoire humaine jusqu’à la révolution sexuelle des années 60. Cette révolution a libéré la sexualité féminine de la hantise de la grossesse involontaire et illégale grâce à la découverte de la pilule contraceptive et lui a permis de s'exercer sans crainte de représailles masculines.

La découverte du spermatozoïde et de l’ovule a conduit à ne plus considérer la femme comme un mâle inférieur et incomplet. D’autre part, la critique féministe américaine du machisme a remis la masculinité en question pour montrer qu’elle est un objet patriarcalement construit comme domination, et par conséquent appelé à être déconstruit comme domination. Du coup, l'on est passé à un autre paradigme, "différents (en nature), mais égaux". La masculinité est alors devenue un objet de recherche académique à partir des années 70 pour aboutir à l'élaboration du concept de masculinité hégémonique( Connell). Celle-ci est définie comme une identité socialement construite et idéalisée qui sert à perpétuer les inégalités entre les hommes et les femmes, mais aussi entre les hommes eux-mêmes.

A partir de ce corpus théorique, j’ai tenté de voir, dans mon étude « Identité masculine et santé reproductive au Maroc » (MERC, Fondation Ford, 2000), comment l’homme marocain définit la masculinité (ses profils psychosocial, sexuel et juridique) et jusqu’où il est prêt à accepter une masculinité nouvelle, anti-patriarcale, au service de l’égalité de genre. De quels traits patriarcaux l’homme marocain est-il disposé à se départir dans son rapport de domination à la femme, de santé reproductive et sexuelle, d’éducation parentale? Définit-il encore l'homme violent envers la femme comme l'homme véritable? Commence-t-il à y voir au contraire un faux homme, un homme de second rang?

Après la présentation de quelques résultats-réponses à cette problématique à partir de mon étude sus-indiquée (et publiée par le CODESRIA à Dakar en 2009 sous le titre "Vers une masculinité nouvelle au Maroc"), je suis arrivé à la conclusion suivante : si une tendance anti-patriarcale au changement des normes du genre se dessine au Maroc, il existe encore, et de plus en plus aujourd’hui, une tendance contraire au durcissement de la masculinité hégémonique, c’est à dire un fort attachement au pouvoir masculin. Celui-ci est légitimé par une lecture intégriste littérale du texte religieux, lecture portée par une église masculine informelle (foqaha et prédicateurs) en mal de pouvoir (politique), et par des masses d’hommes analphabètes et semi-analphabètes en perte de pouvoir économique (qui servait de base à leur domination sur les femmes).

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Published by Pr. Abdessamad Dialmy
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