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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 17:48

Publié dans Prophètes Rebelles, 7ème Festival du Monde Arabe, Montréal, 2 novembre 2006.

Pour le siècle des Lumières, de Pierre Bayle à Voltaire, l’islam est perçu comme une religion paillarde, charnelle, hédoniste à souhait. Aujourd’hui, l’Occident fait percevoir l’islam comme une religion austère qui pousse ses adeptes à la négation du plaisir, notamment les plaisirs sexuels. Pour les intellectuels du XVIII, l’islam était perçu à travers les mille et une nuit et les traités arabo-musulmans d’érotologie, pour les médias du XXème, l’islam est réduit à l’islamisme, c'est-à-dire à une religion austère qui appelle à la séparation des sexes, à la discrimination sexuelle, au voile, à l’austérité…

Entre ces deux visions étrangères extrémistes, où se situe la vérité de l’érotique islamique ?

Le statut de la sexualité

Pour le prophète Mohammed, «le coït conjugal conduisant à la jouissance est l'équivalant d'une aumône… Quand les époux se caressent Dieu les regarde avec plein de bonté »[1]. En effet, le terme nikah signifie à la fois mariage et coït. Les deux sont indissociés dans le sens où le mariage doit s'accompagner de coït, et qui dit coït dit plaisir, et plaisir partagé entre les époux. D’une part, le mariage ne peut rester blanc, sans sexualité, d’autre part cette sexualité est érotique recherchant un plaisir partagé. Car le plaisir purifie les cœurs pour les rendre plus proches de Dieu, au contraire de l’abstinence qui les durcit[2].

Cette valorisation du plaisir sexuel apparaît dans le refus célibat et du monachisme (en tant qu’ascèse sexuelle), dans la licitation du coït interrompu (à des fins contraceptives), mais surtout dans l'institution du mariage de jouissance, temporaire, à finalité érotique pure. Ceux qui avaient le droit de le contracter étaient les voyageurs, les militaires et les pèlerins (après la fin des rites et la levée des tabous, un voeu de chasteté temporaire étant imposé aux pèlerins pendant le hajj). Le mariage de la jouissance «n'est pas un nikah au sens ordinaire du mot, ni une débauche : la nikah wa la sifah (fornication). Il s'agit de la location, moyennant salaire, d'une femme en vue d'une jouissance sexuelle qui devait durer trois jours et trois nuits après lesquels on se séparait ou on régularisait par un acte de nikah la situation des deux partenaires»[3]. La référence coranique de cette institution se trouve dans le verset suivant : «Licite est pour vous, outre vos épouses et concubines, de rechercher, en usant de vos biens, des femmes, en muh'cinin et non en fornicateurs. La jouissance ainsi tirée de ces femmes nécessite un salaire minimum après consentement mutuel»[4]. Par la suite, ce mariage a été prohibé par les sunnites, et seuls quelques fokaha chi'ites l'ont licité. Les conséquences de cette licitation sont aujourd'hui perceptibles au Liban[5] et en Iran.

Le nikah est donc l'espace privilégié du plaisir, il est parmi les tayyibat (les bonnes choses de la vie), il est également une zina, un ornement agréable de la vie. Pour ces deux raisons, le Prophète Mohammed l'a recommandé à sa communauté : le nikah est ma sunna (voie, tradition). «Quiconque parmi vous est capable d'entrer en ménage doit se marier, car cela est plus décent et plus conforme à la pudeur. Quand à celui qui n'éprouve pas le besoin d'entrer en ménage, qu'il jeûne, car le jeûne est un calmant» (hadith). Bien loin d'être un pis-aller comme dans le christianisme[6], le mariage est au contraire avantageux.

A la suite du Prophète, de nombreux fokaha se sont chargés de défendre l'idéal islamique du mariage. En pays musulman, le mariage reste la norme. A. Ibn Ardun, juriste marocain du XVIe siècle, a écrit un traité de mariage[7] dans lequel il énumère les avantages du mariage : préservation du regard, préservation du sexe, cadre érotico-ludique, exutoire sexuel total[8], cadre de développement du sens de la responsabilité, de la patience et du contrôle de soi, avant-goût des plaisirs érotiques du paradis.

Deux qualités sont déterminantes dans la réussite du nikah comme espace de plaisir, la beauté et la virginité de l’épouse. La beauté est le meilleur des aphrodisiaques selon bon nombre de foqaha. C'est elle qui fait du corps féminin l'instrument de la séduction et du désir. Elle vient en troisième position chez Ghazali, et empêche le mari de regarder ailleurs. C'est un moyen de préserver le regard et, par là, de se préserver. L'autre qualité, c'est la virginité, elle est capitale : elle permet à l'époux de jouer le rôle du shaykh initiateur, celui du maître en matière de sexualité. La virginité permet d'éviter que l'épouse ne reste attachée à un premier mari, ou qu'elle ne prenne l'initiative sexuelle.

Mais ce qui est refusé à l'épouse ne l'est pas à la concubine. Sous les Omeyyades, à Damas, la femme est apparue comme initiatrice sexuelle. H'ouba par exemple apprenait aux femmes-concubines les diverses positions sexuelles afin de procurer plus de plaisir à l'homme[9]. Les concubines elles-mêmes, de provenance étrangère diverse amenant avec elles des techniques d'amour spécifiques, jouent le rôle d'initiatrices sexuelles à l’égard des hommes, leurs propriétaires et maîtres.

Comme on le voit, l’érotique halal, licite, n’est pas uniquement conjugale. Les rapports du maître à son esclave-concubine font également partie de cette érotique licite bénie par Dieu et par son prophète. Malgré cette licéité commune, l’érotique conjugale et l’érotique non-conjugale connaissent des différences notables qui montrent que l’érotique est déterminée par le statut social de la femme. Ainsi, si l’épouse a le droit de refuser le coït, de jouir et de refuser le coït interrompu (à des fins contraceptives), la concubine n’a pas ces droits du fait de son statut d’esclave, son maître pouvant même la prêter ou la louer à un autre homme. Mais sur le plan purement érotique, le maître prend plus de liberté avec la concubine, celle-ci peut le monter par exemple. Cette position est déconseillée dans le rapport conjugal sous prétexte qu’elle ne favorise pas la fécondation. En fait, pour le juriste musulman, cette position inverse le rapport conjugal hiérarchique et transforme l’homme en disciple. Ce statut d’infériorité momentanée est permis avec la concubine qui, seule, a la possibilité de faire découvrir la richesse de la sexualité à l’homme. L’épouse est censée tout ignorer du sexe, et c’est pour cette raison que les femmes veuves et divorcées ne sont pas recherchées comme épouses.

La distinction entre une érotique halal conjugale et une autre non conjugale a débouché sur deux discours, adaba al azwaj (les us sexuels du mariage) d’une part, et ‘ilm al bah (érotologie) d’autre part.

L’érotisme conjugal (adab az zawa ou adab al ‘ichra)j)

« Qu'aucun de vous ne se jette sur sa femme comme une bête », recommandait le prophète Mohammed. Dans un effort pédagogique, il insistait sur les bienfaits des préliminaires : regards, belles paroles, caresses, baisers, jeux pré-érotiques. Anas Ibn Malik (père du malékisme, l’un des quatre rites sunnites) considère que le prophète a même autorisé le cunnilingus.

L'expérience érotique n'est pas une donnée instinctuelle du corps, elle s'apprend et se conquiert à travers la réponse aux questions suivantes : comment susciter le désir? Comment le gérer? Comment atteindre le plaisir? En un mot, il s'agit d'apprendre à gérer le corps dans le coït. La réponse générale à ce questionnement en Islam se trouve d’abord dans des manuels écrits non seulement par les érotologues, mais par les juristes eux-mêmes.

Le livre du marocain Ibn Ardun, intitulé « Ce qui convainc celui qui en a besoin en matière de mariage (XVIème siècle) se veut une initiation du croyant à la sexualité conjugale, à partir de «la nuit de l’entrée/défloration». Ibn Ardun recommande à l’époux d’observer la démarche suivante :

1- commencer par dire des mots gentils à la mariée, lui faire oublier son «trac», la prendre dans les bras avec douceur.

2- la caresser, l'embrasser : le baiser est un messager qui différencie l'homme de l'animal. «Sans jeux préliminaires, l'enfant sera ignorant et idiot» selon le faqih Ahmed Zerrouq (XVI ème siècle). L'excitation de l'épouse est nécessaire, il ne faut pas tomber sur elle comme un animal.

3- se dénuder complètement

4- ne pas pénétrer l'épouse tant qu'elle n'en manifeste pas l'envie,

5- ne pas jouir avant l'épouse : la réunion des deux eaux au même moment (orgasme simultané) est la finalité du plaisir et la base de l'affection. «Il faut que l'époux prenne en compte les droits (de l'épouse) dans le coït». Car «l'origine de la haine entre les époux, c'est la mésentente sexuelle» (Omar ben Abdelouaheb, cité par Ibn Ardun). Mahmoud Mahdi al-Istanbouli (XI ème siècle), auteur du très classique Touhfat Al Arous Aou Azzaouaj al Islami Assaïd (Le couronnement de la mariée ou le mariage musulman heureux), écrit dans ce sens : « la plupart des femmes accueillent avec plaisir les caresses du clitoris avant la pénétration et il est recommandé de les reprendre après la copulation afin de parfaire le plaisir chez la femme, si toutefois celle-ci n'a pas joui. Car il arrive que l'homme éjacule précocement alors que la femme est encore en excitation ».

6- Il faut coïter l'épouse une fois toutes les quatre nuits. Mais l'époux doit augmenter ou diminuer la fréquence du coït selon le besoin de l'épouse, afin de l'aider à se préserver, à s'immuniser contre toute tentation d'adultère. Ibn Al Hadj écrit : «l'homme doit, à la perception d'un signe de l'épouse, la satisfaire et lui donner son droit, le signe de cela étant qu'elle se fasse belle, car en général elle ne le demande pas verbalement, par pudeur». Il ne faut donc ni trop la coïter par crainte de saturation, ni la coïter trop peu au point de lui porter préjudice.

7- Toutes les positions sexuelles sont licites, à part celle où l’épouse se met sur l'homme. Dans sa relation à l'épouse, l'homme ne peut et ne doit être qu'un maître initiateur, supérieur par définition. Pour cette raison peut être, le faqih confirme l'excellence de la position dite «normale» : «elle est la meilleure...elle est celle que préfère la femme au moment du coït. Quand à la position où la femme monte l'homme, elle peut causer des ulcères dans la vessie et l'urètre». Ce dire juridique d'Ibn Ardun est conclu par un jugement du médecin et philosophe Razi, selon lequel seule la position «normale» permet à la femme de tomber enceinte.

Par ces enseignements, on voit comment le fiqh, à partir du modèle du Prophète lui-même, invitait les croyants aux plaisirs du sexe, aux jeux préliminaires de l'amour. Apprendre les techniques de la jouissance sexuelle se situe dans la plus pure des orthodoxies. L'abstinence conduit aux turpitudes. La femme indisponible, en menstrues ou en lochies, peut masturber son mari.

Mais la sodomie est formellement prohibée. Au niveau du corps, le derrière désigne la partie la plus interdite, la plus tabou. Homosexualité masculine et sodomisation de l'épouse sont fortement prohibées par de nombreux hadiths[10]. Le derrière n'est pas un trait distinctif de l'identité sexuelle. Celle-ci, destin anatomique, est écrite sur le corps par la verge ou le vagin. Contrairement à ces deux organes, le derrière ne permet pas de distinguer entre l'homme et la femme, il est l'instrument d'une transgression possible des frontières de Dieu, il est source de fitna et désordre. Le derrière de l'homme risque de le transformer en femme, en être pervers. A son tour, le derrière de la femme est le lieu de la déperdition gratuite de la semence mâle, et à ce titre, il est un instrument de perversion de la maternité. Pour ces raisons, le derrière est l'interdit sexuel suprême[11].

Malgré cette limitation, Adab azzawaj définit un érotisme incontestable, pionnier dans le cadre de la conjugalité. Et c’est cet érotisme consubstantiel au mariage légal qui est au fondement de l’érotologie

II- L’érotologie (‘Ilm Al-Bah)

Contrairement au Adab al Azwaj, l’érotologie[12] traite également des amours interdites, des moyens de séduire les adolescents (de l'érotisme homosexuel)[13], dépassant ainsi les frontières du licite. Ainsi le livre de Tifashi (mort en 1253/651), Nuzhat al albab fi ma la youjadou fi kitab est presque entièrement consacré à ces amours interdites, fornication, saphisme, nymphomanie, pédérastie (amour des éphèbes).

Mais malgré cette transgression, l'érotologie vise en général l'éducation érotique du croyant dans une stricte légalité. Nefzaoui, l’auteur du plus célèbre traité d’érotologie, Le Jardin Parfumé, ne parle pas de sodomie et cite rapidement deux exemples de zoophilie. De plus, l’érotologie montre au croyant « comment coïter avec la bénédiction de Dieu et de sa parole »[14]. Nefzaoui a dit en effet que la lecture du Coran prépare à la copulation. Et A. Khatibi en conclut que « le Coran est la parole rituelle apéritive, un pré-texte au coït »[15]. Avant le coït, le croyant est en effet appelé à accomplir des prières, à réciter des versets coraniques pour se prémunir de l’effet néfaste des forces occultes.

Synthétisant la connaissance sexuelle de l’époque, l’érotologie s'attache à répandre parmi les croyants les techniques de la jouissance, à guider le croyant mâle dans ses pratiques sexuelles licites, avec l’épouse ou les concubines. Elle essaye d’inculquer à l’homme un savoir relatif à la typologie des tempéraments sexuels de la femme, aux vagins, aux positions sexuelles, et aux aphrodisiaques. R. Khawam note à ce propos : «pour les Arabes, l'érotologie était une science, appelée 'ilm al ba'h. Les plus grands noms de la littérature ont écrit des ouvrages sur le sujet... Et ce n'était pas par dévergondage»[16]. Le Prophète lui-même encourageait aux préludes de l’amour et au culte de la chair, et « c’est un pieux devoir pour un bon musulman que celui d’aider tous les autres membres de la Umma à prendre conscience de l’art de jouir, à s’en servir à bon escient... Les techniques de la jouissance doivent être amplement répandues parmi les fidèles afin que la Communauté d’Allah ne soit ni morose ni chagrine »[17].

La civilisation arabo-islamique a, dès IXème siècle, produit de nombreux traités en la matière. Le fihrist d’Ibn Nadim donne une centaine de titres, presque tous perdus. Le plus ancien est celui de Jahid « Compétition entre concubines et jouvenceaux » rédigé à la fin du de Jahid. Cette tradition s’est poursuivie jusqu'au XXe siècle comme en témoignent les livres de Mohammed Sadiq Hassan Khan, rédigé en 1926 à Constantinople[18] et de A. Belghiti [19] à Fès (1944), en passant par Le retour du vieillard à l’aptitude au coït de Ibn Kamal Bacha (mort en 1573 / 940) et les deux livres de Suyuti (mort en 1505): Al ‘idah fi ‘ilm an-nikah et Ar-rahma fi at-tibbi wa al-hikma. Citons également "Le collier de la colombe" d'Ibn Hazm l'Andalou (994-1063), "Le guide de l'éveillé" d'Ibn Foulayta (XVe siècle), "Epître de la queue" d’Esfahani…

Le traité le plus accessible reste Le Jardin parfumé pour le plaisir de l’esprit de Nefzaoui. Dans ce livre, Nefzaoui s’adresse à l’homme et se charge de son éducation érotique. Ainsi, après la description de ce qui est aimable et de ce qui est blâmable chez les hommes et chez les femmes, Nefzaoui « analyse de manière magistrale les divers moments de l’oeuvre de chair, accompagnant sa description de détails piquants, de contes grivois et de conseils judicieux »[20]. Une énumération des différents chapitres du Jardin parfumé montre que le shaykh se voulait complet. A titre d’exemple, le shaykh traite des sujets suivants :

- les noms du sexe : chaque nom de la verge ou du vagin renvoie à un état physiologique, à une image excitante par elle-même: at-taqil (le lourd), at-talib (le demandeur), as-sabbar (le patient), ad-dakkak (le terrasseur)...pour le vagin, al-kharrat (le troueur), al-’awwam (le nageur), al-hakkak (le frotteur), al-kachchaf (le découvreur)...pour le pénis.

- les moyens de séduction : la belle parole (la poésie), le parfum et l’exhibition d’un sexe fort en érection sont d’excellents moyens pour séduire la femme.

- l’art du baiser, tel qu’il est décrit par le shaykh laisse deviner toute une gamme de baisers : « sur les joues en premier, puis sur les lèvres, enfin sur les seins dont on provoque ainsi la turgescence, puis l’on descend plus bas sur le ventre, à la douce convexité; la langue s’insère malicieusement sous le cratère du nombril, ensuite dans un autre plus intime (...). C’est un art que de porter la sensualité féminine au point d’effervescence qui conduit à la parfaite jouissance. Sans se hâter, en accomplissant toutes les formalités qui sont les étages nécessaires de la volupté complète... »[21]. Ce passage licite explicitement le cunnilingus. La sagesse populaire marocaine, de nature patriarcale, va également dans ce sens. A travers des proverbes, cette sagesse réhabilite le cunnilingus malgré l’interdit religieux qui le frappe. Le vagin de la berbère contient du sel [22], dit le proverbe. Pour Khatibi, le proverbe signifie que le goût salé du sexe de la femme berbère exclut le cunnilingus. Si le sexe salé de la femme berbère est à ne pas lécher ou sucer, «celui de la fassia sera plutôt sucré et parfumé »[23], et sera par conséquent recherché. Le proverbe semble être l’expression d’un régionalisme fassi. A partir de sa fonction libératoire du proverbe, on peut voir dans ce proverbe une licitation du cunnilingus. Le sexe de la fassia, sucré et meilleur, n’est-il pas le vagin sur lequel l’homme pourra pratiquer le cunnilingus? Ensuite, l’énoncé du proverbe ne dit pas que le sexe de la berbère est salé (maleh), ce qui serait effectivement un désavantage, il dit que le sexe de la berbère contient du sel (fih al malha), ce qui signifie qu’il n’est pas fade, qu’il est vivant et qu’il bouge. En conséquence, c’est un sexe chaud et participatif qui procure plus de plaisir à l’homme. Le proverbe serait alors un éloge de la femme berbère et de sa sensualité, ce qui est davantage conforme à l’image de la femme berbère véhiculée par l’imaginaire collectif et la littérature coloniale[24].

- les positions sexuelles varient entre « disposer la partenaire» et la « jeter par terre», car « l’ordre du coït est celui d’une invasion, réglée par l’homme: embrasser, mordre, sucer, envahir »[25]. Les positions citées par Nefzaoui sont inspirées de l’érotologie hindoue : la culbute, la vis d’Archimède, le coït du mouton, le cramponnement des doigts du pied, la vue réciproque des culs. La vue des sexes est ici licitée et cette licitation va encore une fois contre l’interdit du fiqh. Mais dans tous les cas, les signes érotiques doivent obéir à une géographie sacrée: il faut s’embrasser d’abord à droite, tenir la verge avec la main droite, se dégager de la femme du côté droit. « La droiterie est le symbole de bons augures »[26].

- le plaisir: dans l’édition pirate du Jardin Parfumé accessible dans les souks populaires, Nefzaoui ne parle pas du plaisir de la femme comme d’une nécessité, comme d’une mission à réaliser par l’homme. Dans cette édition, le plaisir féminin est montré comme quelque chose de négatif, voire de vicieux et d’incompressible. Toutes les femmes seraient des nymphomanes. Mais dans la traduction du Jardin Parfumé par Lisieux, Nefzaoui souligne que l’orgasme de la femme est une condition de réussite de l’acte sexuel. Il en fait un comportement tout à fait normal. « Prêtez l’oreille et écoutez les gémissements et les râles de la femme », recommande-t-il. La leçon magistrale de l'érotologie consiste à faire du plaisir un orgasme partagé, voire simultané (la rencontre des deux eaux selon l’expression des foqaha). Selon Nefzaoui, «le plaisir doit être réciproque pour être vraiment la grande fête des sens, l'homme qui ne s'occupe que de jouir sans faire jouir en même temps que lui est un malheureux qui gaspille ses forces viriles... Telles sont les recommandations du Très Haut pour porter à son comble un acte si essentiel qui ne doit pas être une corvée, mais bien un moyen d'être heureux en rendant une femme heureuse»[27].

- la pharmacopée aphrodisiaque : Nefzaoui expose un ensemble de recettes composées qui augmentent la puissance sexuelle de l’homme. Les simples ont aussi leur effet bénéfique : oignons, pois-chiche, lait de chamelle, miel, jaune d’oeuf... On pourrait même aller jusqu’à dire que toute la cuisine est inconsciemment au service du coït. L’érotologie enregistre également la fragilité du pénis, et le shaykh traite des recettes pour agrandir le pénis. Le grand pénis est dit être un moyen de séduction, recherché et apprécié par la femme. La jouissance de la femme dépendrait de la taille du pénis. Le shaykh laisse entendre ici que le vagin a une capacité orgastique illimitée, le pénis lui étant en cela inférieur, ayant sans cesse besoin d'aphrodisiaques et de formules sacrées pour se remonter. La relation hiérarchique entre l'homme et la femme est ici inversée au profit de la femme : face à un pénis problématique, une femme omni-sexuelle[28]. Le souci central du shaykh est alors d’aider le croyant à être sexuellement à la hauteur. Contrairement à cette vision qui traverse toute l’érotologie arabe, le discours juridique propose plutôt de considérer l'appétit sexuel de l'homme comme étant immense, illimité. Pour le faqih, une seule femme ne peut répondre aux appels sexuels incessants de l’homme. Une illustration de cette vision est donnée par Mehdi El Ouazzani. A la suite d'un cas d'espèce (nazila) où une épouse se plaint de la grande fréquence du coït, Al Ouazzani émet la fetwa suivante : «si la femme se plaint de la grande fréquence du coït, le jugement sera de huit coups, quatre le jour et quatre la nuit, mais il a été dit (aussi), quatre en tout»[29]. Cette virilité démesurée semble assez fréquente dans la réalité observée et enregistrée par le juriste; en tout cas, elle reste conforme à l'image juridique d'un mâle insatiable. Polygamie (polygynie plus exactement) et concubinat constituent les réponses du fiqh pour empêcher le croyant de forniquer.

Pour l’érotologie, l’infériorité sexuelle de l’homme atteint son apogée dans le cas de l’impuissance qui empêche totalement le coït d’avoir lieu, contrairement à la frigidité féminine qui ne l’empêche pas. Et le shaykh de proposer des recettes pour traiter l’impuissance sexuelle masculine. Celle-ci est d’abord considérée comme un phénomène organique nécessitant un traitement (chimique) par les plantes: miel, pyrêthre, graine d’ortie, gingembre vert. Mais dans la traduction de Lisieux[30], l’impuissance est également traitée comme un phénomène psychologique qui s’explique d’abord par une froideur générale du tempérament, guérissable par la suggestion dans le cas du patient émotif. Selon Nefzaoui, l’érotisme (baisers, préludes...) est une bonne thérapie contre l’angoisse et l’impuissance sexuelles.

Limites

L’érotique islamique, oscillant entre le halal et le haram, le licite et l’illicite, s’inspire de deux modèles : un modèle passé, celui d’un prophète jouisseur à souhait, et un modèle eschatologique, celui d’un paradis qui assure le droit de jouir à satiété dans une profusion qui autorise tous les excès et toutes les sexualités. Mais tout en renvoyant à ces modèles, la valorisation islamique du plaisir ne peut s’expliquer par cette seule référence. Le texte juridico-érotologique islamique n’est pas une application mécanique des normes, mais le résultat d’un contexte social et historique déterminé, un contexte qui correspond à une période faste, de conquête et de prise de pouvoir par des forces urbaines et civilisées. C’est par conséquent la puissance économique et politique de la période des « Lumières arabo-islamiques », ce qu’on appelle faussement Moyen-Âge obscurantiste, qui explique le développement de l’érotisme et de l’érotologie arabo-musulmans.

Le message central de Adab al Azwaj et ‘Ilm Al Bah est de rappeler une norme islamique que les hommes musulmans ont tendance à oublier : le droit de l’épouse au plaisir sexuel et la nécessité d’y veiller. Ce faisant, les écrits juridico-érotologiques sont la preuve historique du caractère pionnier de l'éthique sexuelle islamique en matière de mariage.

Mais ces traités ritualisent le plaisir à travers la (nécessaire) lecture de la fatiha ou d’autres versets du Coran avant le coït, à travers certaines prescriptions (comme l’usage de la main droit et certaines interdictions (la sodomie, l’épouse sur l’époux)… De plus, ces traités laissent apparaître l’angoisse masculine face à la perception de la femme comme une nymphomane par définition. Ces vers du Jardin Parfumé en sont une bonne illustration

« O vous les femmes vous ne pouvez vous passer de pénis

Ce dire est connu

Vous vivez pour lui et mourrez pour lui

Vous le désirez en secret et en public ».

Ou : « ne sais-tu pas que la religion et la raison des femmes sont dans leurs vagins… ne sais-tu pas que l’amour des femmes pour les verges est plus fort que l’amour des hommes pour les vagins ».

D’où la recherche masculine d’un sexe de grande taille, d’où la recherche des aphrodisiaques. Est-ce là la justification ultime de l’érotologie en dernière analyse ? Répondre à l’angoisse masculine, conforter le mâle devant le péril féminin. La notion d’ihçan (préservation) laisse entrevoir cette lecture : c’est l’orgasme qui rend l’épouse fidèle à son mari et qui la préserve de la tentation de l’adultère. En d’autres termes, on peut se demander si toute l’érotologie arabo-musulmane développe moins un art érotique qu’une technologie de l’entente sexuelle conjugale au service de fins très conservatrices, la fidélité, la pureté de la lignée, l’honneur….

Après la disparition du concubinat grâce à l’intervention coloniale, c’est le adab al ichra qui résiste, traversant les vicissitudes de l’histoire. Mais il est récupéré par des forces islamistes qui le durcissent en le ritualisant et en le « machisant » à l’extrême. C’est ce patrimoine commun à tous les musulmans qui est susceptible d’être débarrassé de toutes les irrationalités qui lui sont sous-jacentes, d’être enrichi et utilisé au sein d’un islam moderne. De plus en plus, le monde islamique est sensible à deux messages de la modernité : la contraception dans le cadre d’une politique de planification familiale, le combat contre toutes les formes de discrimination entre les sexes. A partir de là, on peut concevoir un droit musulman qui licite une érotique plus ouverte, plus attentive aux désirs des époux, ceux de la sodomie et de la position où la femme est sur l’homme. Grâce à la modernité dont elle est un jalon historique, l’érotique halal est désormais plus apte à s’ouvrir à de telles pratiques, et ses chances d’être entendue sont d’autant plus grandes qu’elle émane du juriste et du droit, c'est-à-dire du champ qui a jusqu’à présent été considéré par les musulmans comme le seul détenteur de la légitimité du discours de l’islam. En effet, le discours des soufis, des philosophes, des poètes et des médecins musulmans peut toujours être suspectée d’hérésie ou du moins de non représentation de l’islam

Conclusion

La décadence du monde arabo-islamique et son sous-développement actuel expliquent son recul érotique et surtout érotologique. En effet, les sociétés arabo-islamiques contemporaines se caractérisent par leur silence, leur double silence qui consiste à opprimer le plaisir et sa pédagogie d’une part et à réprimer toute recherche sur la sexualité d’autre part. Le sexe y est devenu un objet méprisé, ironique, loin d’être promu au rang d’objet de recherche scientifique.

Certes on trouve dans quelques pays arabes et musulmans quelques études sexuelles éparses, surtout dans ceux qui souffrent d’explosion démographique. La planification familiale a été le prétexte à ces études qui étudient la sexualité non pas pour elle-même, mais pour essayer de faire réussir une sexualité contraceptée. Paradoxalement, cela n’a pas débouché sur une re-valorisation du plaisir et de l’érotique, même au sein du couple marié.

C’est grâce au sida que la sexualité arabe a été affrontée de manière plus directe. La prévention du VIH nécessite de connaître la distribution des modes de transmission ainsi que le statut (matrimonial entre autres) des acteurs sexuels. Cela impose d’identifier tous les comportements sexuels, légaux et illégaux, normaux et « anormaux ». Ces études ont montré que le comportement sexuel des arabo-musulmans d’aujourd’hui est dominé par l’autoritarisme, la peur, l’abus et l’exploitation, mais surtout l’illégalité.

En dévoilant l’existence d’une sexualité illégale, la recherche sexuelle en sciences sociales montre que l’Etat est incapable de faire respecter les normes islamiques en la matière. Et de ce fait, elle lui fait perdre sa légitimité basique, islamique en l’occurrence. Les islamistes qui revendiquent un état de pureté sexuelle défini comme ordre conjugal strict exploitent la licence sexuelle régnante pour contester le pouvoir politique. Pour cette raison, les Etats arabes évitent toute étude sur la sexualité car elle les affaiblit politiquement.

Par conséquent, la recherche arabe en matière de sexualité connaît la marginalisation. Mettant à nu les pratiques sexuelles illégales, elle dérange les pouvoirs publics arabes[31]. Il s’ensuit que la volonté de savoir est très faible au niveau des états. Ceux-ci ne se soucient nullement du développement sexuel de leurs « sujets » et ne pensent nullement transformer leur sexualité en moyen d’épanouissement. Au contraire, les sexualités non-conjugales et homosexuelles illégales leur servent de prétexte pour maintenir leurs sujets dans le sentiment de la peur et les faire vivre dans un état de corruption continu. De tels Etats ne peuvent penser produire des manuels d’éducation sexuelle afin d’encourager l’érotisme et de reprendre une tradition millénaire.

Les organisations féministes elles-mêmes ne revendiquent pas le droit à la sexualité préconjugale, et encore moins au lesbianisme. Pour ces organisations, la sexualité féminine ne doit se développer que dans le cadre institutionnel du mariage. Comme si la jeune fille arabe n’avait pas de désir sexuel. Celui-ci n’est jamais pris en compte par ces organisations. Et du coup, les féministes ne critiquent pas la volonté islamiste de contrôler la sexualité féminine à travers l’idéologie de l’abstinence ou à travers la définition de cette sexualité comme source de débauche et de prostitution. Une telle attitude montre que l’existence d’associations féminines/féministes ne prouve pas l’existence d’une société civile : celle-ci, sécularisée par définition, est basée sur l’égalité entre tous les acteurs sexuels et entre toutes les pratiques sexuelles.

L’absence de démocratie dans le monde arabo-islamique conduit à la non- reconnaissance du plaisir sexuel, à l’inexistence de la recherche sexuelle, et à l’absence d’éducation sexuelle. Aussi les jeunes se tournent-ils vers les chaînes pornographiques qui leur permettent d’apprendre l’érotisme. Mais c’est un érotisme anxiogène dans la mesure où il est au corrélé au commerce du sexe, c'est-à-dire à l’absence de toute spiritualité.

[1] Nawawi : Al Arbai'n al nawawia, éditions Taftatzani, Tunis, 1295 h, 25 ème hadith.

[2] Cité par Mehdi Al Ouazzani dans Les Nawazil mineures, voir à ce sujet A. Dialmy : Al Maarifa wa la Jins (Connaissance et sexualité), Casablanca, Ouyoune al Maqalat, 1987, p. 71

[3] 'Aini : Umdat al Qari sha'rih al Bokhari, Istamboul, 1308 h, T. IV, p. 404.

[4] Coran , IV, 28.

[5] H. Taarji : «Prenant exemple sur le grand frère iranien, le hezbollah (libanais) légitime à nouveau une pratique...le mariage temporaire...Le Hezbollah apporte de cette manière une réponse pour le moins étonnante au problème de la sexualité dans une communauté islamique où les jeunes, faute de moyens, se marient de plus en plus tard.... Selon un militant du hezbollah, les psychologues ont démontré que l'abstinence peut être préjudiciable à l'équilibre de l'individu. Or la solution à ce problème existe, c'est jiouaz al mouta'a (mariage de jouissance). B. Russell a affirmé que si le monde avait suivi le mariage selon le chiisme, il n'y aurait pas de problème entre les sexes...Ce mariage ne doit s'appliquer théoriquement qu'aux veuves et aux divorcées. Lorsqu'il s'agit d'une jeune fille vierge, le consentement du père est impérativement requis...Si la femme n'exige pas de témoins, il suffit au couple de prononcer lui-même la formule sacrée et ils deviennent mari et femme», in Les voilées de l'Islam, Casablanca, Eddif, 1991, pp.189-90.

[6] Nouveau Testament : «Pense qu'il est bon pour un homme de ne point toucher de femme. Toutefois, pour éviter l'impudicité, que chacun ait sa femme et que chaque femme ait son mari», Epître aux Corinthiens, VII, I, Traduction Segond, p. 159

[7] A. Ibn Ardun : Us du mariage, cohabitation des époux et éducation des enfants, lithographié, n° 5226, Bibliothèque de la Qaraouiyine, Fès. Quelques extraits en ont été traduits par P. Paquignon sous le titre : «Le traité du mariage et de l'éducation d'Ibn Ardun», Revue de Monde Musulman, 5 ème année, Juillet-Août 1912, n° 7-8. Mais les passages lumineux concernant la sexualité rapportés ci-haut n'ont pas été traduits.

[8] L'expression est de A. Kinsey.

[9] S.E. Al Munajjid : La vie sexuelle chez les Arabes, Beyrouth, 1958. En arabe.

[10] Parmi les dires, citons les hadiths suivants, éparpillés dans le Madkhal d'Ibn al Hadj :

- «Est maudit celui qui prend une femme par derrière».

- «Dieu n'a pas honte de la vérité : ne prenez pas les femmes par derrière, est maudit celui qui prend les femmes ailleurs que dans la sortie des enfants».

- «La sodomisation des femmes est illicite (haram)».

- «Celui qui prend une femme par derrière ne croit pas à ce qui a été révélé à Mohammed».

- «Celui qui prend une femme par derrière, Dieu ne le regarde pas le jour du jugement dernier"

- «(La sodomie de l'épouse), cette homo-sexualité mineure».

[11] A. Dialmy : Logement, sexualité et Islam, Eddif, Casablanca, 1996.

[12] La bibliographie relative à ce sujet se trouve dans S. E Al Munajjid (La vie sexuelle chez les Arabes, op. cit) et dans A. Bouhdiba (La sexualité en Islam, Paris, PUF, 1975, pp. 171-193).

[13] Voir à ce propos le manuscrit du marocain A. Tifashi (mort en 1253 / 651), La promenade des esprits dans ce qui ne se trouve dans aucun livre ( يوجد في كتاب نزهة الالباب فيما لا ), Bibiliothèque Nationale, Paris, n° 3054 - Ir - 643 (1) I - 892.

[14] A. Khatibi : Blessure du nom propre, Paris, Gonthier-Denoël, 1974, p. 133.

[15] Ibid. p. 133.

[16] M. Nefzaoui : La prairie parfumée où s'ébattent les plaisirs, Paris, Phébus, 1976, Traduction de R. Khawam, p. 40.

[17] A. Bouhdiba : La sexualité en Islam, Paris, op. cit, p. 171.

[18] Nashwat al sakrane min sahba-i tidhkar al ghizlan, le délice de l’ivresse du souvenir de la compagnie des gazelles.

[19] A. Belghiti : Le livre de la jouissance de l'ouie par les noms du coit, (ع تشنيف الاسماع بدكر أسماء الجما ), Fès, 1944.

[20] A. Bouhdiba : La sexualité en Islam, op.cit, p. 177.

[21] M. Nefzaoui : Le Jardin parfumé, Edition Bonneau, traduction Isidore Lisieux, 1882, p. 96-99.

[22] Tabboune ach- chalha fih al-malha.

[23] A. Khatibi : Blessure du nom propre, Paris, Denoël, 1974, p. 50.

[24] Parlant de la femme berbère à travers ses héroïnes, M. Le Glay écrit :

- «comme ses pareilles de la montagne, elle n'était pas vicieuse, mais nantie d'appétits violents dont la satisfaction lui semblait normale et non susceptible de contrainte», Récits marocains de la plaine et des monts, Paris, Berger-Levrault, 1948, p. 338,

- «fille d'un peuple dont les instincts sont à peine freinés par des coutumes et nullement dominés par les règles d'une morales intuitive ou construite», Itto, Paris, Plon, 1923, p. 85.

[25] A. Khatbi : Blessure du nom propre, op. cit. p. 167.

[26] Ibid. p. 167.

[27] M. Nefzaoui : Le Jardin parfumé, Edition Bonneau, traduction Isidore Lisieux, 1882, p. 96-99..

[28] Ibn Souleiman Pacha : Le livre de la volupté pour que le vieillard recouvre sa jeunesse. Paris, Le Sycomore, 1979.

[29] M. Al Ouazzani, cité par A. Dialmy : Al Maarifa wa al jins, (Connaissance et sexualité), op. cit, p. 99.

[30] A. Nefzaoui : Le Jardin parfumé, traduction de I. Lisieux, Paris, Editions Bonneau, 1886, p. 248.

[31] A. Dialmy : “Sexuality in Contemporary Arab Society”, Social Analysis 49, N° 2, Summer 2005, pp. 16-33

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Published by Pr. Abdessamad Dialmy
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