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11 juin 2016 6 11 /06 /juin /2016 01:23

Après avoir été un musulman piétiste et quiétiste, le Marocain moyen est devenu aujourd’hui un surmoi islamiste censeur

Dans les années 1960-1970, les jeunes filles portaient des mini-jupes et sortaient en short sans être inquiétées, des surprises-parties étaient organisées où les jeunes dansaient et flirtaient sans que leurs parents ne s’en offusquent. A partir de la fin des années cinquante déjà, les Marocains ont commencé à lutter pour le dévoilement des femmes. Jellaba avec capuchon sur la tête et voilière sur le visage étaient perçus par les Marocains de l’époque comme contraires à la nécessité d’instruire les femmes et à celle de les insérer dans le marché de l’emploi. L’enjeu était de moderniser l’islam, de prouver à l’Autre et à soi que les musulmans sont modernisables et aptes à l’évolution citoyenne. Car l’islam était vécu comme religion, c'est-à-dire comme un système de pensée et de vie dont l’intentionnalité et la raison d’être principale est de pacifier le croyant, de le réconcilier avec lui-même et avec les autres. L’islam n’était ni un repaire pour un Marocain désorienté ni un repère pour un Marocain en manque d’identité. Le Marocain n’était plus en guerre (contre le colon). Il avait confiance en lui et dans l’avenir.

Aujourd’hui, un Marocain musulman acculé à se défendre le fait à travers un islam appauvri en étant réduit à des injonctions rigoristes refusant les valeurs de la modernité ainsi que les valeurs de son islam culturel et historique. Ces valeurs sont rejetées parce que la modernité est inégale : elle peine à se construire comme démocratie généralisée et peine à devenir partage équitable des avoirs, des savoirs et des pouvoirs. Le développement humain et social est en échec. Cette misère actuelle des Marocains, matérielle et (surtout) immatérielle, les conduit à rejeter d’une part un patrimoine culturel ouvert aujourd’hui taxé de déviance et d’hérésie, et d’autre part un apport occidental en matière des droits fondamentaux et des libertés individuelles, accusé de menacer spécificité et identité.

Dans les années 1960-70, les normes dominantes, celles de l’avenir, étaient les normes de la gauche, des normes de libertaires, mais les pratiques suivaient loin derrière, de manière timide. A partir de la fin des années 1980, le rapport entre les normes et les pratiques des Marocains s’inverse : les pratiques sociales libérales explosent et s’enracinent dans la société tandis que les normes régressent vers un modèle passéiste qui renie les pratiques et qui veut plutôt « islamiser la modernité » (tout en devenant de plus en plus soumis au marché). Ce rapport historique paradoxal entre les normes et les pratiques fait que le Marocain n’assume ni ses normes ni ses pratiques, d’où le paradoxe intérieur qui l’habite et qu’il fait exploser au quotidien sous forme de violence polymorphe (compensatoire) contre les autres, ces ennemis de l’intérieur et de l’extérieur. Le Marocain moyen ordinaire, se pose de plus en plus comme un « surmoi islamique » (Dialmy 1984), censeur.

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Published by Pr. Abdessamad Dialmy
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