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21 mai 2017 7 21 /05 /mai /2017 21:04

 

Mon père s’est éteint le 18 mai 2017 vers 15h suite à une longue maladie. Il était âgé de 95 ans.

 

Mon père est né à Casablanca en 1922 d'un père sahraoui et d'une mère rbatie de grande famille (les Benbrahim). II a suivi un enseignement professionnel dans un collège français à Casablanca (d’où sa maîtrise du français) puis un enseignement juridique dans les mosquées sous la houlette d’Ouléma connus. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, on l’appelait le faqih. En 1946, il devint notaire traditionnel (‘adel) à Casablanca après avoir passé avec succès un examen sur les règles successorales en droit musulman. L’un des sujets les plus difficiles de ce droit.

 

En 1957, il fut nommé Cadi (juge de droit musulman) à Aghbala Nait Sokhman (Moyen-Atlas). De 1959 à 1966, il fut également Cadi à Demnate. En 1966, il fut muté à Safi où il se convertit au droit moderne et devint juge en affaires pénales et autres. En 1976, il fut président de tribunal de première instance à Essaouira puis à Tiznit, puis de 1983 jusqu’à sa retraite (en 1989), il fut conseiller, juge d'instruction et président de chambre aux cours d’appel d’Agadir et de Safi.

Après sa retraite, il revint à sa profession première, ‘adel, et cela jusqu’à ce qu’il atteigne 92 ans. Il a toujours aimé travaillé, mais il devait encore travailler pour survivre. Il n'avait amassé aucune fortune et sa misérable et ridicule pension de retraite était loin de suffire. L'aide financière qu'on lui apportait mes soeurs et moi était également insuffisante. Il devait travailler pour faire vivre son "nouveau" ménage, ce ménage bizarre, inquiétant.

Formé à l’école française et doté d’une mémoire phénoménale grâce (aussi et peut-être) à l’enseignement traditionnel du fiqh, il me récitait encore à 92 ans des vers de poésie, des sentences du Mukhtassar de Khalil. Il était avide de lecture. Sa culture générale était immense, à l’image de sa "volonté de savoir". Il dévorait les romans d’Alexandre Dumas et d’Agatha Christie. Il nous racontait les romans qu’il lisait lors des longues soirées d'hiver à Aghbala et à Demante.

A mon retour de Paris où j'ai passé une année à l'Ecole Normale Supérieure de Saint Cloud (1973-74), il me demanda de lui ramener un livre (en 4 tomes) qui venait de sortir, "Les Grands Conquérants". Le prophète Mohammed est l'un de ces grands conquérants aux côtés d'Alexandre Le Grand, Gengis Khan.... Il ramenait tout le temps des journaux et des revues à la maison, Paris Match notamment. Le soir, il montrait cela à ma mère et lui traduisait tout ce qu’il lisait quand ils étaient dans leur chambre, une bouteille de Coca Cola à leur chevet.

Ma mère décéda en 1976, emportée par un cancer de sein à 48 ans. Une page de l’histoire (d’amour) était tournée, la page la plus éclairée, la plus radieuse, la plus heureuse. Cette histoire a duré trente ans. Au début de leur mariage, ma mère n'avait qu'une seule phrase à son adresse : "ce que tu veux". Ma mère la lui disait dans son dialecte et avec son accent fassis.

Mon père nous parlait sans cesse et avec admiration d'un film de Marylin Monroe, "Certains l'aiment chaud". En 1977, lors d'une visite à Casablanca, il m'a demandé de l'emmener voir le film "Les dix commandements". On a été le voir au cinéma Rialto.

Son second mariage le conduisit à une lente chute sociale malgré son ascension professionnelle qui avait commencé juste après le décès de ma mère. En effet, certaines femmes ne cherchent pas à rendre leur mari heureux, elles cherchent au contraire à le dominer, à l’écraser, à le déposséder de ses biens, puis à l’abandonner à la fin tout en restant formellement mariée à lui, mariée à une fonction, à un titre. En transmettant cela à leur enfant, elles lui transmettent l'ingratitude, l’opportunisme, l’hypocrisie, l’ignorance, la superstition. Manquant d’éducation et de valeurs, ne sachant pas ce qu’est l’amour, ces femmes ne transmettent à leur enfant que l’esprit de calcul, la goujaterie et la corruption. Ce genre d'épouses n'ose pas assister aux funérailles de leur époux tellement elles savent que leur comportement est immoral, inhumain, inacceptable et inadmissible.

Hommage donc à mes sœurs Oum Keltoum Dialmy et Najat Dialmy, hommage à mes tantes Zineb Dialmy et Khadija Dialmy, hommage à deux de ses belles-filles, Saida Kastouni et Samira Yamani, hommage à mon frère Abdelhamid Dialmy, hommage à Laila Dialmy, sa petite fille/ma nièce, hommage à Haidi Mohamed (mon beau-frère) et à Said Yassine (le mari de ma tante), qui chacune/chacun selon ses moyens et à tour de rôle selon ses disponibilités lui ont assuré affection et tendresse, soins et services domestiques. Un hommage particulier à Zineb, sa sœur, ma tante, qui l’a accompagné durant ses dernières années et qui s’en est occupé jour et nuit comme d’un bébé, avec une abnégation totale, et sans rien attendre. Je lui exprime ici mon admiration, et ma gratitude indéfectible.

L'épouse de mon père a fait preuve d'une indifférence morale totale, et d'une absence physique totale, faisant fi de tous ses devoirs en tant qu'épouse, en tant que musulmane. Et cela bien avant sa mort, et tout au long de sa maladie et de ses souffrances.

 

De mon père, je garde les souvenirs les meilleurs.

De mon père, je garde le souvenir du maître qu’il a été pour moi. Ses leçons de grammaire, la lecture suivie dans le manuel « Jeannot et Jeannette » et tant d’autres choses. Les coups qu’il m’a donnés avec des ceintures en cuir faisaient partie des techniques d’apprentissage et d’éducation. Cette violence paternelle n’en était pas une pour moi. Je l’avais totalement subie et acceptée, elle était dans l’ordre des choses. Plus tard, les polémiques que j’ai eues avec lui au sujet de l’islam, de la philosophie et de la politique ont été houleuses, mais ô combien bénéfiques pour moi. A 60 ans, j’apprenais encore des choses de lui. La divergence de nos points de vue ne m’a jamais amené à ne plus l’aimer ou à ne plus le respecter.

De mon père, je garde en mémoire et comme principe inébranlable son refus total et catégorique de la corruption. Que de fois, il s’est mis en colère contre des justiciables qui sont venus apporter des choses à la maison. Jamais il n’a essayé de vivre au-dessus de ses moyens. Avec son modeste salaire de juge à l’époque, il entretint modestement deux ménages, le sien et celui de son père. Mon grand-père, ses épouses successives et ses enfants ont toujours vécu avec nous.

Mon père est né pauvre, il l’est resté jusqu’à la fin.

De mon père je garde le souvenir du juge admiré et aimé. De ce juge populaire qui n’a jamais été craint. Et qui ne trouvait aucune difficulté à parler aux gens simples dans leur langage simple. Et qui n’hésitait jamais à les rencontrer, à les recevoir à la maison, à leur offrir du thé, à rire avec eux, à les faire rire. J’assistais souvent à ces rencontres et j’étais admiratif devant la modestie de mon père, devant son humour et son humilité.

De mon père je garde aussi le souvenir de l’homme savant qui aimait le savoir et les gens du savoir, de cet homme qui n’avait que cela à donner à ses enfants. Et c’est là le meilleur qu’il pouvait me laisser.

La veille de sa mort, j’ai été à son chevet dans son studio à Casablanca, au Maarif. Je lui ai pris la main. Il arrivait à peine à parler. Il m’a longuement serré la main. Il la pressait de toute ses forces, avec l’énergie qui lui restait, me transmettant ainsi toute son affection, tout son amour. J’en avais les larmes aux yeux.

Le jour de son enterrement, j’ai lu, Coran à la main, la sourate «Yassine » avec les tolba. Par moments, je n’arrivais plus à lire tellement j’avais les yeux mouillés de larmes, tellement je pleurais. Sans m’en rendre compte, j’ai été chercher un Coran et j’ai lu. Peut-être lui signifiais-je inconsciemment par ce geste que je tiens toujours en estime la seule chose qu’il tenait vraiment en estime, et qui lui importait le plus, l’islam. De cette manière, je luis disais combien je l’aimais. Et c'était le meilleur cadeau d'adieu que je pouvais lui faire, sans l'avoir choisi, sans l'avoir décidé, comme téléguidé par mon inconscient musulman.

En souvenir, ces trois photos, notamment la première où Aïcha Benyahia et Abdellah Dialmy sont heureux d’être devenus parents, portant leur premier enfant, moi en l’occurrence.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Pr. Abdessamad Dialmy
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