6 juin 2009 6 06 /06 /juin /2009 12:23

 

I conducted the interview with Dr. Abdessamad Dialmy, in the presence of my friend Maria Ezzaouini, a note taker on Monday 11/ 05/ 2009. I made a huge mistake with technology. After 10 minutes of recording, I realized that the Dictaphone was not recording anything. So I had to re-conduct the interview. I was very embarrassed and less confident. Fortunately the interviewee was very understanding and accepted to be re-interviewed. Therefore, I had to restructure and modify the questions to avoid redundancy and boredom. This experience taught me to be more careful the next time.

Nezha Belkachla, Association Démocratique des Femmes du Maroc.
 

 

R: So good morning Si Abdessamad. I’m sorry for the inconvenience. I didn’t record you from the beginning, I have to admit it. That was something stupid from my part, but I would like to ask you again to introduce yourself, and I’m very very sorry.

 

A.D: No problem. I’m professor Abdessamad Dialmy. I’m a sociologist I teached at Fez university for 30 years, now I’m teaching in the university of Rabat, two faculties. I deal with some sensitive themes like sexuality, Islamism, Aids. I published a lot of articles and books in Arabic, French and English. I participated to many collogues and international conferences and I realized a lot of research and expertises for some Moroccan institutions and for international organizations.

 

R: Ok. So…Eh…well… I think that what actually pushed me to interview you is your interest in the domain of prostitution, of sex tourism and of migration of women towards other countries for sexual exploitation, and that’s very interesting for me and for the research because we also want to know the opinions and the experiences of experts and experienced people in Morocco, not only the participants themselves, but rather we want to approach the problem from a different angle, from an angle, perhaps a perception of a researcher; and that’s why I’m here with you, let’s say. Eh…I’m actually conducting this research as a member of ADFM (Association démocratique des femmes du Maroc), and my name is Nezha Belkachla, and I want to conduct this as my first experience with social research; and that I’m supposed to do this research for the Collective of Research and Training for Development-Action, that… in which, I mean, I participated in Beirut, twice, and my third time will be in July when I’m gonna present my research in front of a jury, and so I was interested actually to know how you’re approaching the phenomenon, and my first question to you will be what is your definition of sex tourism? When…you know… when you talk about sex tourism, apart from what we review in the literature, what is your own definition?

 

A.D: le tourisme sexuel, c’est quand une personne du Nord voyage dans un pays du Sud, principalement pour avoir des expériences sexuelles avec d’autres personnes étrangères, étranges, dans leur pays, dans leur environnement. Pourquoi cela ? Pour  plusieurs raisons. Peut être faut-il évoquer d’abord, en premier lieu, des raisons économiques. Quand c’est commercial, quand c’est un rapport sexuel tarifé, il est moins cher au Sud.. Pour un touriste en provenance des Etats-Unis, d’Europe ou bien des riches pays Arabes du Golfe, consommer du sexe en Thaïlande, au Maroc, c’est moins cher, c’est beaucoup moins cher. Il y a cette raison qui est importante, n’est ce pas ? Qu’il faut rappeler, qu’il faut souligner, n’est ce pas ? Et puis il ya aussi une autre raison qui me semble importante… Qui dit sexe, sexualité dit érotisme,  recherche du plaisir, or le plaisir érotique est plus grand quand il est exotique, quand le partenaire est étrange, étranger, différent, cela change, cela excite le désir… c’est consommer un corps autre, un corps différent. Bon voilà au moins deux  raisons qui me semblent importantes et qui expliqueraient pourquoi certains hommes et femmes du nord et des pays riches vont ailleurs vers les pays du sud pour y faire du tourisme sexuel… Donc c’est moins cher quand c’est tarifé, mais aussi parce qu’on marie érotisme et exotisme.

 

R: OK. When we were talking, I mean, a few minutes ago and there’s something, the stuff that was not recorded because of my mistake… Eh you talked about certain aspects of prostitution or of sex tourism in which the customer, not the customer but the, you know, the women that offers herself to that customer… she can do it not particularly for money, but she can do it because she wants to explore a certain difference or perhaps… yah… how can you call this prostitution? Because… I don’t know…I mean…can we… I mean… call person a prostitute between quotes, a worker in sex, when she’s not doing it for money, she’s not selling her body?

 

A.D: Oui là, il faut quand même faire une déconnexion entre tourisme sexuel et prostitution. Ce n’est pas tout le temps lié. Le touriste sexuel ne rencontre pas que les prostitués… Il peut rencontrer les prostitués plus facilement peut être, mais il peut aussi chercher à avoir des relations sexuelles avec des non-prostitué (e) s. Et là il y a aussi une demande interne, chez les autochtones, et chez les hommes, et chez les femmes. Hommes et femmes Marocains par exemple rechercheraient à avoir des rapports sexuels avec le touriste pour des raisons non-commerciales, non-monétaires. L’autre est d’abord un autre. Il est différent, et pour l’autochtone, c’est également de exotisme, un exotisme inversé… Par exemple pour une marocaine, faire l’amour avec un italien ou avec un français, ça la change aussi, et puis faire l’amour avec un européen ou un américain, c’est une autre manière de faire l’amour. L’Européen ou l’Américain, on suppose qu’ils sont plus attentifs au plaisir de la femme ; ils seraient plus soucieux de ses orgasmes, si je puis dire. Par contre, le stéréotype veut que l’homme marocain, et arabe en général, ne se soucie pas du plaisir de la femme. Qu’il s’en soucie moins ou très peu…  Il y a cet aspect des choses aussi… Le touriste serait donc intéressant pour ça aussi… La touriste présente également des avantages, elle aurait moins de blocages, moins de résistances, moins de honte, moins de sentiment de culpabilité… Tout est sexuellement possible avec le touriste.  En plus de cette liberté sexuelle, le/la touriste, paie pas sous forme directe, pas sous forme de salaire, il peut faire des cadeaux, il peut inviter à un voyage, à un dîner; il représente aussi une possibilité d’avoir un visa, de partir ailleurs… Et puis les relations avec le/la touriste peuvent être romantiques et amoureuses et peuvent conduire plus loin, déboucher parfois sur un mariage… Comme on peut rencontrer un/une touriste juste pour passer une nuit d’amour agréable, sans lendemain. En un mot, le tourisme sexuel n’est pas tout le temps corrélé à l’argent, il n’est pas tout le temps corrélé à la prostitution… Mais il reste que l’achat des services sexuels chez les autochtones reste la principale caractéristique qui définit le tourisme sexuel.  Avec le/la touriste, l’autochtone d’un pays musulman arrive à dépasser beaucoup de tabous… par exemple, on se permet plus de choses avec le/la touriste qu’avec un partenaire marocain… on suppose que l’autre,  Européen ou Nord américain,  est plus ouvert… Des positions sexuelles non courantes entre partenaires Marocains sont acceptées, de même pour certaines pratiques sexuelles comme l’amour en groupe, les rapports anaux ou sadomasochistes. Ce sont là des comportements et des pratiques qui ne sont pas encore vraiment admis et intégrés dans la sexualité intra-marocaine, choses que l’on peut vivre et expérimenter avec l’étranger.

 

R: Ok… eh…So now that will lead us perhaps to talk about those workers in sex… when they actually practice sex. Are they… do they have some kind of contract with the nets? … are there any nets? … So do they have any contract with those nets to work only with tourists or they can practice prostitution in general?

 

A.D: En général, un travailleur ou une travailleuse sexuelle ne cible pas spécialement les touristes. Les travailleurs sexuels ne font pas en principe de distinction entre les clients, que le client soit solvable, qu’il paie, c’est le plus important. Mais il est évident que les clients nord- américains, européens  et Arabes du Golfe paient plus et mieux. C’est cela qui pousse à leur donner la priorité, à les préférer. Par définition, il est difficile de dire que les prostituées se réservent à certaines catégorie de clients, basées sur la l’ethnie ou la nationalité… C’est l’argent qui fait ici la différence.

 

R: OK. And when you were talking, I mean, in your article…Eh…there’s an article in which you talked about prostitution that I’ve read lately, and you said that there are many reasons that push women, for example, to go to prostitution,… not only for money, OK…but there are other things like… you know… something that they had in their childhood, for example, That I want to explain more to me.

 

A.D: il y a une théorie générale qui affirme que les prostituées ont été violentées et violées durant l’enfance, mais pour parler en toute franchise, il n’y a aucune marocaine ou sur le Maroc qui infirme ou confirme cette théorie. Cela reste une hypothèse à vérifier dans le contexte marocain.  Il faudrait interroger les prostitués marocaines et marocains pour voir si effectivement il y a eu violence sexuelle subie durant l’enfance. Cela étant, il faut signaler qu’au Maroc, il y a des enfants qui se prostituent avec les touristes. Même si cela la pédophilie prostitutionnelle est plus sévèrement punie par la loi, les touristes se permettent ces abus dans les pays du Sud. Tant que cela ne débouche pas sur un scandale public, les autorités ferment les yeux.  Les familles elles-mêmes sont complices, eu égard à la pauvreté, à la misère. Ces familles sont prêtes à tout.  Quand la fille issue d’un milieu pauvre est déflorée, il ne lui reste plus rien comme autre capital. Du coup, elle perd tout espoir de trouver un mari, elle est dévalorisée et s’auto-dévalorise. Elle tombe alors facilement dans la prostitution parce qu’elle n’a plus rien à perdre. Par contre, une jeune fille ayant d’autres capitaux comme le diplôme, le salaire, la bonne famille, ne risque pas vraiment de tomber mécaniquement dans la prostitution à la suite d’une défloration. Et puis n’oublions pas le facteur politique dans les pays où il y a le tourisme sexuel, là, les administrations sont complices… Le travail sexuel avec les touristes permet de faire rentrer des devises, de « résoudre » le chômage des jeunes. Ça permet à ceux-ci de se prendre en charge, voire de prendre une famille en charge. L’Etat se désengage et laisse les jeunes libres de gagner leur vie de cette manière. En un mot, L’Etat laisse faire parce que ça l’arrange aussi… Malgré les lois, malgré la répression judiciaire qui est ponctuelle et ciblée, les familles en profitent, les hôtels en profitent, les taxis en profitent, les boites de nuit en profitent, certaines régions, certaines villes en profitent. Tout cela fait que l’administration est obligée de fermer les yeux. Elle en profite aussi. Certaines administrations en profitent car elles-mêmes gèrent indirectement le champ prostitutionnel et y prélèvent des « impôts ». Pour résumer, le tourisme sexuel exploite principalement la vulnérabilité économique des pays du Sud, en de certains facteurs culturels. Le facteur politique réside dans le réalisme de l’Etat. Mais il faut reconnaître également que les Etats sont parfois eux-mêmes dépassées. La prostitution que consomme le touriste sexuel relève parfois du crime organisé par des réseaux transnationaux.  La traite et le trafic des femmes et des enfants sont les moyens les plus empruntés par ces maffias pour alimenter le marché de la prostitution. Femmes et enfants sont parfois achetés, parfois enlevés  puis introduits de force dans le circuit prostitutionnel. Aussi les Etats sont-ils appelés à lutter, à avoir des stratégies nationales pour contrecarrer la traite des femmes et des enfants. Certains fonctionnaires sont corrompus et s’impliquent pour faire échouer les stratégies nationales. Cependant, il y a des états et des pays, comme la Thaïlande, qui organisent officiellement et publiquement le tourisme sexuel. Au Maroc, on ne peut pas dire que l’Etat organise et accepte le tourisme sexuel. En pratique, il y a un laisser aller, un laisser faire, ce qui fait que le tourisme sexuel est plus au moins toléré, plus au moins accepté. Par exemple, quand il y a arrestation d’une prostitué marocaine avec un touriste européen ou arabe, seule la prostituée est poursuivie par la justice même la loi impose d’incriminer le client également. Celui-ci est seulement refoulé… Donc deux poids deux mesures, et cela encourage de manière implicite mais objective les touristes sexuels.

 

R: Ok… So…Eh… now…I think… Eh…sex tourism has always existed… you know since the 30s and the 40s…why this focus now and what has made it increase?

 

A. D: Je ne pense pas qu’il ait existé de manière aussi structurelle, non c’est quelque chose qui a vraiment émergé à partir des années 1980 suite aux politiques de l’ajustement structurel. L’Etat n’est plus là pour assurer l’emploi, la santé, l’éducation, le logement. Les gens sont livrés à eux même, les gens sont lâchés dans un marché néolibéral qui englobe le sexe aussi…Le sexe devient à son tour une marchandise dans les pays du Sud. Les corps des femmes et des enfants du Sud sont consommés sur place par le touriste ou exportés au Nord. Le tourisme sexuel participe davantage de la victoire de l’économie néolibérale, d’un rapport de force inégal entre le Nord et le Sud.

 

R: Eh… we were talking about… Eh… now we can talk about the workers in sex, and so… I mean… according to your experience as a researcher. Eh…this position as a worker in sex…Eh…we know that…Eh… they’re doing it for money, as you stated before, and for other reasons; but does it make a difference? How does it make a difference in their social and economic status? I mean concretely…Do they have higher ranks socially or economically?

 

A.D: Oui dans la mesure où ça se fait d’une manière plus discrète, dans des endroits qui sont plus luxueux, plus secrets, plus réservés; et puis les familles sont parfois complices, les familles savent… cela rappelle la distinction entre une prostitution de rue (condamnée, pourchassée, méprisée, emprisonnée, maltraitée), une prostitution de classes moyennes visibles dans certaines discothèques, dans des cafés, avec un statut et une image meilleurs… et une prostitution de luxe, invisible, secrète, avec des circuits spéciaux. Je pense que le touriste sexuel Européen profite principalement de la prostitution « moyenne » tandis que le touriste du Golfe Arabe est plutôt le moteur et le promoteur d’une prostitution de haut standing. Et c’est pour cela que les prostitués qui vont avec les touristes sont moins inquiétées. Ça se fait de façon plus discrète, avec des partenaires plus côtés si je puis dire… et du coup cela  retentit positivement sur leur image. La famille serait là plus acceptante, eu égard justement à cette différence de statut… plus le client est élevé, plus cela améliore l’image du travailleur sexuel.

 

R: And how do you think they feel about their status? How do they feel about this?

 

A.D: Bon, là il y’aurait à mon avis moins de culpabilité, moins de honte… quand la famille est complice, quand ça rapporte plus, quand ça se fait de manière discrète, quand c’est fait de manière choisie, il y a un sentiment de culpabilité qui est moindre, il y a moins de honte, et cela donne une image de soi qui n’est pas très mauvaise finalement. C’est quand la famille ne sait pas, quand elle condamne, quand elle est dure, quand elle réprime, quand la personne elle-même est s’auto-humilie que l’image de soi est négative.  C’est la prostituée de rue qui arrive à peine à se nourrir qui se sent le plus mal. Et pourtant, c’est elle qui endure le plus, c’est elle qui n’a vraiment pas d’autre choix. Surtout quand elle a un ou deux enfants à nourrir, à élever, seule. Plus on s’élève dans la hiérarchie sociale, plus il y a le choix, plus l’image de soi de la prostituée est positive. Les prostituées high standing s’habillent bien, vont au restaurant, achètent tout le monde, cela influence leur vécu, positivé, elles auraient même un sentiment de pouvoir. De plus en plus, des jeunes filles marocaines préfèrent avoir un tel mode de vie, c'est-à-dire sortir avec plusieurs partenaires étrangers ou bien placés, profiter de la vie, avoir de l’argent, elles préfèrent tout cela au fait d’être mariée avec un marocain fauché ou qui arrive à peine à vivre et à les faire vivre.

 

R: OK, and… I mean just from your experience…Eh…as a researcher…I mean how do some of these participants feel…I mean when they are with customers, you know? I mean do they that they are humiliated…that they’re respected? How do the customers treat them?  

 

A.D; Cela dépend des clients. Il y a des clients qui sont compréhensifs, qui comprennent pourquoi la jeune femme ou le jeune homme a recours à la prostitution… Là le rapport peut être respectueux…c’est justement le cas du touriste sexuel. Pour celui-ci, pour l’Européen surtout, la prostituée est une travailleuse qui vend des services sexuels. Elle n’est pas perçue comme débauchée ou perverse, et cela réduit  la dépréciation et le mépris. Quand cette conscience citoyenne n’est pas là, c’est bien sûr c’est le mépris, la violence, l’insulte verbale. Donc, on ne peut pas généraliser… Le client traite la prostituée en fonction de son propre niveau socio-économique et intellectuel. Plus ce niveau est élevé, plus il y a de compréhension.

 

R: And when you started talking about sex tourism and linking it with the project that was actually designed by the government to promote tourism in Morocco, so what is the link between this project and the escalation of sex tourism in Morocco?

 

A.D: C’est ce qu’on a dit effectivement tout à l’heure. Bien sûr il y a mondialisation et libéralisation. C'est-à-dire qu’on on fait du tourisme une activité principale dans l’économie du pays. Qui dit encouragement du tourisme dit encouragement des loisirs et des plaisirs, aussi faut-il produire une main d’œuvre sexuelle qui va accompagner la demande touristique. Le tourisme, c’est des loisirs, c’est du service, c’est de l’accueil, c’est du sauna, du massage, c’est de la sexualité directe. Sun, sand, sea and sex, les quatre s, c’est connu, et tout ce qui va avec. Le touriste qui vient pour les monuments, il va trouver les monuments, le touriste qui vient pour la religion, il va trouver de la religion dans les santuaires ou les moussems (festivals), et le touriste qui vient pour le sexe doit trouver une offre sexuelle à sa disposition, à la disposition de son pouvoir d’achat.

 

R: Eh…And when we were talking about categories of people that work in sex, and you talked about kids, you talked about women, you talked about young girls. You said that there are no actually studies that can show sometimes the amount of people or the number of people that work in sex. Can you just tell us perhaps what category of people is more recruited, for example, kids, young girls, women, certain ages?

 

A.D: Ce sont surtout les jeunes filles. Elles constituent à mon sens la partie statistiquement la plus importante de la main d’œuvre sexuelle. Il y a également des enfants des deux sexes. Et une partie constituée de jeunes hommes, pour des services hétérosexuels et/ou homosexuels à l’adresse des touristes, selon la demande. L’âge varierait grosse modo entre 15-16 ans et 30 ans. La majorité des travailleurs sexuels, hommes et femmes, sont recrutées principalement dans les milieux défavorisés… je dis principalement parce que le facteur économique est déterminant. Les travailleurs sexuels potentiels sont des personnes économiquement vulnérables, appartenant à des familles elles même vulnérables.

 

So…Eh…so how can girls and women…I think that we talked about their financial problems a few minutes ago…Eh… I want to talk now about their experiences in general. You talked about their social status, their economic change…how they make them feel, but their experiences in general…Have any of the participants talked about this? I mean about how they feel in their experiences?

 

A.D: De manière générale, c’est la honte, c’est le sentiment de culpabilité, mais comme je l’ai dit tout à l’heure, de plus en plus, il y en a qui vous disent que c’est un mode de vie préférable à un mode de vie petit-bourgeois, établi, dans le cadre d’un mariage misérable, dans une famille misérable… Donc, grosso modo, eu égard à la religion, eu égard à la loi et aux traditions, c’est le stigma, c’est  la honte, mais de plus en plus, de nouvelles valeurs qui émergent, basées sur l’argent, la réussite, ou tout simplement la légitime défense contre des conditions sociales pénibles, impossibles. La prostituée se défend en vous disant qu’elle n’a pas d’autres choix, que la société et l’Etat sont responsables de sa misère, et finit par devenir accusatrice. Se définissant comme victime d’un ordre sexuel injuste, elle se pose tour à tour comme objet de pitié et comme juge accusateur. Elle ne se sent plus débauchée ou coupable, elle se sent de plus en plus comme victime d’un système social et économique.

 

R: OK. In case the state wants to integrate them or maybe NGOs, in your opinion, will they be able to change, I mean to go and do other jobs, or there are some workers that stick to their job and say it’s more rewarding for them?

 

A.D: Encore faut-il que l’Etat le veuille…Est-ce que l’Etat le veut vraiment? Le peut-il ? Quand on a le projet de recevoir 10 millions de touristes, parmi ces 10 millions, il y aura sûrement des touristes sexuels… Il faut donc répondre à la demande sexuelle des touristes sexuels …et du coup on peut se demander si vraiment on a l’intention stratégique d’éradiquer la prostitution. Il me semble que la réponse à cette question ni pas un oui automatique…Il y a le besoin d’une manœuvre sexuelle pour faire marcher le champ du tourisme, pour le faire mieux marcher. D’un autre côté, l’Etat lui-même et les associations féministes adoptent la définition de la prostitution comme une forme de violence, comme la forme extrême de la violence que subit l’être humain, et notamment la femme et l’enfant. En d’autres termes, la prostitution ne serait jamais un choix libre dans un marché libre. Pour lutter contre la prostitution comme réponse « facile » à la vulnérabilité, il y a un travail de sensibilisation et de rééducation à mener, en attendant l’habilitation et l’empowerment de la femme.  Si vous n’offrez pas d’alternative crédible et durable. , la prostituée restera prostituée malgré le travail de sensibilisation. Ce défi, celui de sortir les prostituées de la vulnérabilité, personne ne peut le relever aujourd’hui… Les maffias du crime organisé exploitent cette impuissance, impuissance due à un partage mondial inégal des richesses. Pour cette raison, la prostitution est aujourd’hui un des visages de la mondialisation. Et le tourisme sexuel participe de cette mondialisation du sexe, de ce marché mondial du sexe qui rapporte des milliards de dollars, pas aux travailleurs sexuels eux-mêmes. Sans être pessimiste, je me demande si c’est un marché que l’on peut maintenant détruire, voire seulement réguler. Quand ils ne sont pas complices, les Etats sont de plus en plus impuissants devant le crime transnational organisé. Le Maroc est impliqué dans ce réseau international… En 2008, le Ministère marocain de l’intérieur affirme avoir démantelé 228 réseaux internationaux de trafic et de traite des femmes. La coopération internationale au niveau des polices des frontières et d’Interpol se fait pour lutter contre le trafic, contre la traite. On doit entreprendre une action préventive de sensibilisation auprès des femmes, auprès des enfants, auprès des familles, les avertir, leur dire que ce n’est pas un bon chemin, que ce n’est pas le bon chemin. Mais ce n’est pas suffisant… tant qu’il y a vulnérabilité économique, il y aura vulnérabilité à l’appel du marché prostitutionnel. Plus une jeune fille est vulnérable économiquement, plus elle risque de répondre à cet appel, avec ou sans la complicité de sa famille.

 

R: But for the moment, is there any pressure from the part of the Civil Society on the government itself, I mean concerning to be strict about the laws or perhaps think about other projects of laws that can help combat the phenomenon?

 

A.D: Il y eu en 2007 une action de la « Ligue Démocratique des Droits des Femmes » (LDDF) qui justement a appelé à lutter contre la prostitution qu’elle définit comme  une forme de violence. Puis récemment, une réunion panarabe s’est tenue à Rabat pour endiguer le fléau de la traite des femmes. C’est un début, c’est encore balbutiant. Moi je reste réaliste, je ne pense pas qu’on puisse résister à la mondialisation de la prostitution. C’est un champ informel et clandestin qui échappe au contrôle total de la puissance publique. Les 228 réseaux internationaux œuvrant à partir de Maroc qui ont été démantelés ne constituent à coup sûr que la partie apparente de l’iceberg. Vous savez, la plupart des prostituées qui œuvrent maintenant dans les pays du Nord, à Amsterdam, à Paris… sont de moins en moins des autochtones… ce sont des femmes de l’ex-empire soviétique, des femmes africaines, des femmes Arabes… 80% des prostitués en Hollande sont d’origine étrangère. Il en est de même du marché sexuel dans les pays arabes du Golfe.

 

R: So what is the position of the law? When, for example, they display such networks?

 

A.D: La loi est claire. La loi pénalise : elle pénalise la prostituée elle-même, elle pénalise le client, elle pénalise le proxénète, elle pénalise les lieux où il y a prostitution. La loi est claire, la loi est contre. Il faudrait la durcir, chose qui ne semble pas être urgente pour les autorités. Il faut donc au moins l’appliquer de manière stricte, contre les clients étrangers, les touristes sexuels, et pénaliser aussi les fonctionnaires qui concourent à la violation de la loi…

 

R: OK Maybe my last point of interest would be in case we had actually an international network or an international movement to combat this phenomenon, what would be, in your opinion, the strategy that could be rewarding…I mean that could help combat this phenomenon?

 

A.D: La stratégie, c’est le partage équitable des richesses. Pour commencer, il faut commencer par lutter contre la vulnérabilité économique du Sud. Il faut commencer par lutter contre la vulnérabilité économique des femmes du Sud, des familles du sud. Tant que le sud est vulnérable, tant qu’il vulnérabilisé par une mondialisation sauvage, néolibérale, les femmes du Sud, les enfants du Sud seront toujours une proie facile pour les réseaux internationaux et nationaux, L’enjeu est d’assurer une vie décente aux femmes et aux enfants du Sud. C’est un facteur capital. Tant que cela n’est pas réalisé, il y aura toujours le risque de les faire recrutés par un réseau prostitutionnel.

 

R: OK, anything to add? I mean something else I didn’t ask you about and that you wanted to say, I mean?

 

A.D: Bon, pour le moment, je ne vois rien d’autre à ajouter… (un rire)

 

R: OK, (un rire). OK, would you like to publish, I mean any I want to publish from what you said? And because I would like to show you perhaps the last product after the transcription, and if you think that I said something which is not appropriate or maybe I wasn’t that faithful to what you said please let me know…Well thank you so much, Dr. Dialmy Abdessamad, and I’m really very grateful to you…and…I…I would like to apologize for any inconvenience again.

 

A.D: Vous n’avez pas à vous excuser. C’était parfait. C’était bien. C’est vrai, j’aimerai relire la transcription. Comme ça je pourrais ajouter des choses,…

 

R : Très bien

 

A.D : OK ? J’allais vous demander ça d’ailleurs, OK ?

 

R : Non, je vais le faire (un rire). Bon merci beaucoup.

 

A.D : ça fera un texte plus cohérent…

 

R : Très bien

 

A .D : Parfois à l’oral, on ne contrôle pas ce qu’on dit. On n’est pas tellement bien…mais à l’écrit on peut retranscrire… rajouter des choses.

 

R : Très bien. Merci beaucoup

 

A.D : C’est moi qui voudrais vous remercier.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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