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17 septembre 2012 1 17 /09 /septembre /2012 11:05

 

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Féminismes islamiques et antiféminismes islamistes au Maroc1

 

      

 

 

 

 

 

 

  

 

 

  

  

 

 

 

 

 

   

 

 

 

      

 

 

 

 

 

 

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Communication présentée à l’atelier, « Femmes, islam et participation politique » organisé par Carneigie Middle East Center et IDRC (Canada), Rabat, 16 novembre 2009 (en cours de publication). Une version arabe de ce texte a été publiée le 21 février 2010 par la revue électronique Al Awan (Le Caire). En voici le lien : http://www.alawan.org/%D8%A7%D9%84%D9%85%D8%B1%D8%A3%D8%A9-%D9%81%D9%8A-%D8%A7%D9%84%D9%85%D8%BA%D8%B1%D8%A8.html

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A. Dialmy : "Féminisme et islamisme" : deux mouvements sociaux ? ”, communication au colloque “ La femme dans le contexte de l’islam actuel ”, Université de Géronne, Géronne (Espagne); 10-12 Novembre 1994, publié dans Femmes et discours entre la mouvance et l'enracinement, Publications de l'Université Moulay Ismaïl/Tanit, 1994 (en français) et dans Social Compass, Revue Internationale de Sociologie de la religion, Louvain-La-Neuve, volume 43 (4) 1996, pp. 481-501 (en français). Voir également notre livre Féminisme, islamisme et soufisme

, Paris, Publisud, 1997, pp. 131-184.

3 Le féminisme d'état est une notion que j'ai proposée en 1990 dans une communication présentée à la conférence "Culture et société dans le Maghreb Arabe". Cette conférence a été organisée par le Conseil National de la Culture Arabe entre le 12-14 septembre 1990 à Rabat. Le titre de ma communication (en arabe) est "De la raison

Pr. Abdessamad Dialmy

Par féminisme marocain, j’entends l'ensemble des discours, des savoirs, des actions et des pratiques qui visent à mettre fin à la domination masculine, et ce en réalisant une égalité des droits entre les deux sexes.

Par islamisme, j’entends l’ensemble des discours, des savoirs des actions et des pratiques qui subordonnent l’exercice du pouvoir politique à l’islam et qui font de celui-ci la source principale, voire l’unique source, des lois qui régissent le fonctionnement de l’Etat et de la société.

Afin d’actualiser l’étude des rapports entre féminisme et islam politique quinze après mes premiers travaux sur la question

 

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, je propose d’abord d’identifier les visages du féminisme marocain, d’exposer ensuite les différentes postures conjoncturelles de l’islam politique à l’égard de la question féminine, de conceptualiser enfin les résistances structurelles de l’islam politique au féminisme. L’enjeu de ce papier peut se résumer dans le syllogisme suivant : le féminisme est défense de l’égalité des sexes, l’islamisme rejette l’égalité des sexes, donc l’islamisme n’est pas féministe.

I-

 

Visages du féminisme marocain

En tant que mouvement organisé, le féminisme marocain s'est exprimé sous trois formes majeures, étatique (féminisme d'état

 

3), partisane et associative.

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sexuelle maghrébine", publiée dans la revue

 

Al Wahda

, n° 86, novembre 1991. J'ai forgé la notion de féminisme d'état pour conceptualiser la promulgation par Bourguiba d'un code de famille (Majalla) moins inégalitaire dans un pays musulman non-laïc comme la Tunisie. Bien entendu, l'expression peut être étendue au cas turc. Dans cette communication, j'ai également proposé la maghrébinisation de la Majalla tunisienne comme un minimum de féminisme d'état permettant de contribuer à l'unification du Maghreb. L'UMA venait d'être fondée.

I-1 Le féminisme d’Etat

Ce féminisme d’Etat s’est d’abord manifesté dans le droit de la famille. Il s’est fondé sur le paradigme de l'inapplication (du droit musulman). Pour ce féminisme, l'inapplication de l’islam (ou l’inobservance, voire la violation et la trahison) est, au lendemain de l’indépendance en 1956, attestée par les mariages précoces et arrangés, la nécessité pour l'épouse de se doter d'un trousseau, l’appropriation de la dot par le père, la limitation du pouvoir de l'épouse sur la gestion de sa fortune, la polygamie sans conditions, la cohabitation forcée des coépouses, la répudiation triple simultanée par une simple parole… L'établissement du code de statut personnel en 1957 a alors répondu au besoin d'appliquer le "véritable" islam en matière de mariage et de famille pour préserver les droits de la femme. Et au besoin d'innocenter l'Islam des injustices subies par la femme dans une société marocaine qui aurait patriarcalement (més)-interprété et (mal) appliqué l'islam. Ce faisant, le féminisme d’Etat n’a pas adopté en la matière le principe de l’égalité des sexes, mais celui de l’équité. Pour lui, l’équité est de garantir à chaque sexe les droits qui lui sont reconnus par la

 

Shari’a. Rappelons ici que la Shari’a

telle qu’elle exprimée explicitement dans le Coran et la Sunna octroie des droits différents aux hommes et aux femmes. A chaque sexe des droits (conjugaux) spécifique.

C’est dans le domaine politique que l’égalité des sexes a été décidée par le féminisme d’Etat. Dans la première constitution du Maroc en 1962, hommes et femmes sont déclarés citoyens, électeurs et éligibles à égalité, sans discrimination. Le féminisme d’Etat s’est enfin manifesté dans l’adoption de la planification familiale en 1966 comme politique publique. Cette politique a progressivement libéré la femme marocaine de l’impératif nataliste maximal qui la réduisait à n’être qu’un « coffre à grossesses ».

I-2 Le féminisme de gauche

Les années 1970 sont marquées par le passage du paradigme de l'inapplication à celui de l'insuffisance. Ce dernier signifie que les droits explicitement reconnus à la femme par l'Islam sont « implicitement » déclarés insuffisants eu égard à l’évolution de la condition de la femme et de la société. Certes, la section féminine USFP demande en 1975 que l'on révise le

 

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CSP conformément aux principes de la religion musulmane. Mais ce slogan (du respect des principes de l'islam) est en fait une invite à dépasser la littéralité des textes afin d'obtenir des droits inédits, non initialement prévus par les textes de la

 

Shari'a (Coran et Tradition), mais qu'on définit comme non contradictoires les finalités stratégiques de la Shari'a. Parmi les droits inédits, revendiqués4

par l’USFP pour pallier l'insuffisance explicite de l’islam, l'appel à traiter la femme majeure comme l'homme majeur et à assurer l'égalité des époux devant tous les droits, à supprimer la tutelle matrimoniale, à interdire la polygamie, à transformer toute dissolution de mariage en divorce judiciaire. Plus loin encore, le rapport idéologique de 1975 demande la suppression de l'entretien unilatéral, c'est à dire la fin de l'entretien de l'épouse par le mari et l'implication de l'épouse dans l'entretien du foyer. Cela signifie soit la nécessité (pour l’Etat de garantir un revenu à toute épouse soit la nécessité de considérer le travail domestique de l’épouse comme une forme d’entretien de la famille. C’est là une manière de mettre fin au principe de l’obéissance de l’épouse, fondé sur le devoir d’entretien qui incombe à l’époux seul.

4 USFP. Documents. Rapports sur la femme, 1975, pp. 11 et 14.

Ce féminisme est islamique dans le sens où l’égalité des sexes est la finalité première, posée comme compatible avec l’esprit et l’intentionnalité stratégique de la

 

Shari’a. Dans ce cadre, l’ijtihad

devient, à côté de l’instance législative parlementaire, un moyen d’y parvenir. Mais la mise en oeuvre de ces revendications a été négligée. Ces revendications quasi-révolutionnaires (pour l'époque) ne sont pas reprises par le groupe parlementaire de l'USFP. Celui-ci ne propose pas de réviser le CSP et accorde peu d'importance à la lutte juridique dans la libération de la femme. L’USFP estime que la lutte juridique fait partie du féminisme et, à l'image du PPS, rejette le féminisme comme étant une théorie bourgeoise de l'antagonisme entre l'homme et la femme. Les deux partis estiment que la libération de la femme est une conséquence de la fin du capitalisme. En présentant le socialisme comme la véritable solution (générale), l'importance est davantage accordée à la lutte de la femme en tant qu’ouvrière.

C’est plutôt le groupe parlementaire du RNI (Rassemblement National des Indépendants) qui, en 1979, demande la révision du CSP, mais sans exiger l’égalité des sexes. Pour l’ensemble des partis, politiques, les femmes sont avant tout le "harem du parti", c’est à dire une réserve de voix électorales. Sur le plan organisationnel, les femmes ont été quasiment exclues des instances dirigeantes. De même, la question de l’égalité des sexes n’a jamais eu de priorité dans les divers agendas partisans. Il faut reconnaître ici que, pour les partis

 

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politiques ayant une représentation populaire dans les années 1960-1970, l’enjeu premier était de mettre fin à la répression politique, d’arracher au pouvoir le droit à la participation dans la gestion de l’Etat. La question féminine n’était pas en effet prioritaire pour des partis politiques soucieux d’établir les prémisses minimales et élémentaires de la démocratie.

I-3 Le féminisme associatif

Face à la « lenteur » partisane, les femmes militantes ne pouvaient que se sentir non véritablement représentées au sein des partis et par les partis. Aussi assiste-t-on à un glissement progressif des femmes vers l’organisation associative. Certes, certaines de ces associations constituent un prolongement féminin-féministe de certains partis politiques. Ce type associatif partisan est en fait une autonomisation organisationnelle des sections féminines des partis politiques (ADFM en 1985, UAF en 1987, OFI en 1987). Mais d’autres associations ont vu le jour sans avoir aucun enracinement politique partisan et sont complètement libres de toute tutelle partisane, à l'image de l'Association Féminine des Femmes Progressistes (1992), l'Association Marocaine des Droits de la Femme (1992)… Un discours nouveau voit le jour, celui des droits des femmes en tant que droits humains.

Il faut donc voir dans l'organisation associative du mouvement féministe un passage à la démocratie participative, suite à l'échec de la démocratie représentative, les femmes étant largement exclues et marginalisées dans toutes les structures politiques. Les femmes prennent en main la question féminine dans des associations féministes, au sens défini plus haut, c'est-à-dire en tant que lutte pour l’égalité des droits entre les sexes. Ce faisant, certaines associations féminines ne peuvent pas être classées comme féministes, leur horizon de pensée et d’action ne dépassant pas la justice et l’équité, c'est-à-dire des droits différentiels pour les deux sexes (c’est le cas de l’islam politique comme on le verra plus loin).

Pour le féminisme associatif, il s'agit avant tout de faire pression sur l’Etat afin de réviser le Code du Statut Personnel (CSP), et ce en conformité avec les principes égalitaires de la CEDAW. Mais tout en adoptant le paradigme de l’insuffisance de l’islam (en matière de droits des femmes), le féminisme associatif n’a adopté que la voie de la réforme par l

 

’ijtihad. Aucune association féministe ou des droits de l’homme n’a opté pour la sécularisation du droit de la famille afin d’être « politiquement correcte » et audible. Dans ce sens, le féminisme associatif est également islamique dans le sens où l’égalité des sexes comme

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finalité suprême est recherchée au nom de l’islam par le biais de l’ijtihad. Celui-ci est censé dépasser l’inégalitarisme du sens littéral des textes sacrés.

Dans le cadre de l’option réformiste par l’« ijtihad », comme seule option politiquement correcte, l'année 1992 peut être considérée comme une année charnière. Elle a vu l’organisation d'un colloque National sur le CSP le 17 avril, la constitution d'un Comité de Coordination National (qui regroupe l’UAF, la section féminine de l'USFP, l’Association Féminine des Femmes progressistes, l’Association Marocaine des Droits de la Femme, l’AMDH), la campagne d'un 1 million de signatures pour la réforme du CSP, et la soumission d'une proposition de réforme du CSP au parlement. Cette proposition revendique le contrôle de la polygamie par le juge, la transformation de la dissolution du mariage en divorce judiciaire, l’institution d’un Conseil Supérieur de la Femme, la promulgation de textes constitutionnels pour affirmer les droits politiques, économiques sociaux et culturels des femmes.

Ce féminisme associatif aboutit à une première réforme du code du statut personnel en 1993 qui ne le satisfait pas

 

5. Puis, grâce à une coalition entre l’étatique (gouvernement d’alternance), le partisan et l’associatif, le Plan National d’Intégration de la Femme au Développement voit le jour en 1999. Parmi les objectifs principaux du PNIFD6

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A. Dialmy : Logement, sexualité et islam

, Casablanca, Eddif, 1995, pp. 243-264.

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Voir mes articles sur le PNIFD : 1) « Un front islamique contre le féminisme du gouvernement d'alternance », Al Ahdath al Maghribiya, août 1999 (en arabe), 2) « Le Plan National d’Intégration de la Femme au développement, une épreuve, un défi » Bayane al Yawm (Casablanca), n° 3017, 22 mars 2000 (en arabe), 3) « Le Plan National d’Intégration de la Femme au Développement ne contredit pas l’esprit de l’islam», Al Ittihad al Ichtiraki

(Casablanca), 25 avril 2000 (en arabe).

- élever l’âge du premier mariage de la jeune fille à 18 ans.

- supprimer la tutelle matrimoniale.

- enregistrer l'enfant naturel sous le nom de famille de sa mère.

- transformer toute dissolution de mariage en divorce judiciaire.

- abolir la polygamie.

- partager des biens accumulés au cours de la vie conjugale lors du divorce.

 

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II- L’antiféminisme de l’islamisme

Face à ce féminisme trièdre, l’islam politique promulgue des

 

fatawi qui accusent les forces féministes d'apostasie et d'athéisme. Il profère des menaces de mort contre des chercheurs en matière d’égalité des sexes7. Il refuse le PNIFD et organise une marche antiféministe à Casablanca en mars 2000. Le PNIFD est présenté comme anti-islamique à l’opinion publique, les islamistes demandent à ce que ce plan soit soumis à un référendum populaire. L’aile radicale islamiste va même jusqu’à refuser l’arbitrage du Roi, proposé par le premier ministre. Nadia Yassine déclare en effet : « nous ne voulons recourir à personne pour arbitrer… nous nous référons au Coran et à la Sunna ». De son côté, Soumia Benkhaldoun8

reproche au PNIFD l’absence du référentiel islamique. Elle affirme que pour le PNIFD seules les conventions internationales sont susceptibles de préserver les droits des femmes. Pour elle, l’islam n’est pas en contradiction avec les conventions internationales. Pire, affirme-t-elle, les conventions internationales « comportent des dérives, notamment sur les limites de droits de l’individu ». Elle critique le PNIFD qui demande l’abolition de la polygamie : « pour nous, affirme-t-elle, la polygamie peut présenter une solution et pas un problème pour certaines familles qui ne souhaitent pas le divorces ».

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A titre d’exemple, une campagne fut menée par l’association Al Issalah wa et-Tajdid et par le Parti de la Justice et du Développement contre mon enquête qui a porté sur « Identité masculine et santé reproductive au Maroc ». En effet, la presse de ces deux organisations, notamment l’hebdomadaire Al-Tajdid dans son numéro du 5 avril 2000, consacra un article à l’enquête. Dans cet article, le ministère de l’Education Nationale est accusé de protéger le « communisme sexuel » parce qu’il a délivré l’autorisation à une enquête dont le questionnaire est « sans pudeur et licencieux ». Dans le même article, une lettre, en encadré, signée par le chef du groupe parlementaire du PJD, demande au ministre de l’Education Nationale de m’interdire de distribuer ledit questionnaire dans les établissements scolaires. Dans le même numéro de Al-Tajdid, un autre article critiquait mon livre qui venait de sortir, Vers une démocratie sexuelle islamique (en arabe), et l’exploitait pour « prouver » le caractère « nocif » et « destructeur » de mon questionnaire. Dans le numéro du 19 avril 2000 de Al-Tajdid

, un autre article est consacré à la même enquête sous le titre suivant : « Les aspects idéologiques du questionnaire d’Abdessamad Dialmy ».

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Lors d’une conférence sur les droits de la femme au Maghreb, Vendredi 28 Novembre 2003 à l'Institut du Monde Arabe

Tout discours sur l’islam politique au Maroc se doit de distinguer entre trois tendances : un islam politique radical (clandestin violent, non reconnaissant du Roi comme Commandeur des Croyants), un islam politique semi-intégré (semi-clandestin, semi-violent, ne reconnaissant pas le Roi comme Commandeur des Croyants), un islam politique intégré (légal, non-violent, reconnaissant le Commandeur des Croyants).

 

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Comment ces trois islams politiques se positionnent-ils à l’égard de l’égalité des sexes ? En d’autres termes, quel est le degré de féminisme de ces trois types de l’islamisme marocain?

II-1 L’islamisme radical

Pour l’islamisme radical, dès les années 1990, les femmes sont devenues une cible à agresser, physiquement. Selon la presse marocaine, plusieurs agressions physiques ou verbales ont été perpétrées contre des femmes se promenaient les cheveux et le visage découverts dans les villes de Rabat, Fès ou Casablanca. Le quotidien "Libération" a recensé « cinq agressions de jeunes femmes » pour des raisons vestimentaires.

Selon l’islamisme radical, rigoriste, pur et dur, les femmes, ces « objets de tentation », doivent être cachées du regard de l’homme, et ce par le biais d’un voilement total de leur corps. L’agression physique contre ces femmes « provocatrices » fait partie du « taazir », réprimande et coups. Ce taazir prophylactique est censé pousser les femmes vers un comportement moral.

Interrogé sur la justesse du combat des « milices islamistes », Abou Hafs, fervent théoricien de la Salafia Jihadya, avait répondu : "la vérité c’est que les jeunes sont écoeurés par la débauche des quartiers où s’activent au su et au vu de tout le monde les mafias de la prostitution et de l’alcool". Pour Al Fizazi, l’islam est la religion de l’égorgement et de la terreur. Aussi la musique, la danse et le chant sont une perversion à ses yeux. Quant à Zakaria Miloudi, du Sirat al Mutaqim, il était marié à quatre femmes, dont trois selon un mariage oral, sans contrat administratif.

Pour tous ces islamistes radicaux

 

9, l’application mécanique stricte du Coran et du Hadith en matière des droits des femmes est la seule posture acceptable. CSP, Code de la famille, constitution, sont à leurs yeux athéisme et apostasie. Ils vouent une haine farouche à la femme indépendante10

et appellent à écarter la femme de la vie publique. D’une manière totale et systématique.

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Voir à leur propos A. Dialmy : « Le terrorisme islamiste au Maroc », Londres, Social Compass

, Volume 52, N° 1, mars 2005. pp. 67-82

10 A. Dialmy : « Les antinomies de la raison islamo-féministe », Londres, Social Compass, 50 (1), 2003, pp. 13-22.

 

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II-2 L’islamisme semi-intégré

 

Par islamisme semi-intégré, nous renvoyons à l’association « Justice et Bienfaisance » (

Al Adl wa al Ihsane) qui dispose dans son organisation d’une section féminine (Al Qitaa Al Nisaii) . A propos de la question féminine, Nadia Yacine11 écrit : « de plus en plus se pose la question essentielle de savoir si ce sont les textes originels, en l’occurrence le Coran et la Sunna qui cautionnent l’infériorisation des femmes? Ou bien est-ce justement notre éloignement de ces sources qui a fait que cette infériorité évidente soit mise sur le compte de l'Islam»? Pour elle, nul doute que les Musulmans se sont éloignés de l’esprit des lois islamiques. « La rupture politique représentée par le coup d’état Omeyyade a inhibé la dynamique de libération instaurée par l’enseignement du Messager… Au lieu de jouir des droits attribués par les textes originels, la femme se retrouva prisonnière de la jurisprudence basée sur « sad al darai » (qu’on peut traduire littéralement par jurisprudence « bouche-trou») ». Dans le même ordre d’idées, Nadia Yacine affirme que la résurgence de pratiques tribales a été « maquillée » par une certaine jurisprudence afin de les légitimer. La claustration des femmes musulmanes au nom de l’islam a été faite pour souligner leur distinction des femmes esclaves et de basse condition : « enfermer la femme pour mieux la protéger, telle était la devise », affirme N. Yacine. Pour lutter contre cet éloignement, N. Yacine appelle à

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