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14 août 2012 2 14 /08 /août /2012 18:56

Le samedi 11 août 2012… Ce jour, j’ai fait la marche la plus longue. C’était sur la baie d’Essaouira. L’une des baies les plus belles du monde, à ce que qu’on dit. Pour le moment, je ne saurais en disconvenir, du moment que je n’ai pas encore vu toutes les baies du monde. Et puis, je ne pense pas pouvoir, d’ici la fin, voir toutes les baies du monde. La baie d’Essaouira restera donc pour moi, et jusqu’à nouvel ordre, la plus belle baie du monde.

A l’allée, une marche de deux heures, je marchais dos au vent. C’était plus facile. J’ai rencontré par hasard le chercheur Abdelkader Mana, que je connaissais de nom. Lui m’a reconnu sans se souvenir de mon nom. On a donc marché ensemble, le long de la baie, puis le long des plages qui se succèdent à n’en pas finir. De temps à autre, des touristes gâchaient la beauté des lieux, jonchés sur des quads. En file, en caravane… Ils nous disaient bonjour, les uns après les autres, gentiment, comme s’excusant de violer le bruit des vagues, les cris de mouette… D’autres touristes, plus soucieux de la culture, se promenaient à dos de chameau ou de cheval. Ceux-là aussi disaient bonjour, non pour s’excuser de l’intrusion, mais par pure politesse.

Au retour, harassés tous les deux, on a fait une petite pause près des rochers. Là, il y avait un peu de monde. Entre autres, une jeune femme étendue sur son ventre, en maillot deux pièces. Un corps beau, jeune. Certainement une touriste. J’ai su après que c’était une espagnole, quand son ami, surgissant de derrière les rochers, est venu lui parler. Jonché sur les roches, un jeune Marocain regardait ce corps, si proche, si inaccessible. Nous voyant arriver, il dit à notre adresse : « il faut  un bidon d’essence, il faut la brûler, c’est le Ramadan, elle n’a pas honte». Visiblement, il cherchait notre approbation. En fait, je suppose que c’était pour se disculper d’être quelque peu pris en flagrant délit de voyeurisme. Je ne pus m’empêcher de lui dire : « t’as qu’à ne pas regarder, t’as qu’à baisser les yeux, t’as qu’à aller plus loin… ». Il ne répondit rien. Il baissa la tête, convaincu. Je pense que ce n’était pas un militant, mais un simple « badaud » auquel un « spectacle » était gratuitement offert. Spectacle paradoxal, à la fois excitant et condamné, spectacle tourmenteur.

Si non, j’ai été séduit par l’esprit de tolérance qui règne dans cette ville, tolérance très visible pendant ce mois de ramadan. Cafés et restaurants sont ouverts. Aux touristes, on sert tout ce qu’ils demandent, repas, cafés, thés, vins, boissons alcoolisées. Les garçons servent bières et vins sans broncher. Ils travaillent, ils gagnent leur vie. Le tourisme fait marcher la ville. Des Marocains sont également attablés dans les cafés, mélangés aux touristes, mais sans rien consommer. Certains lisent un journal, d’autres regardent la mer ou les touristes qui bronzent ou qui passent, très légèrement habillé(e)s. Le tout se passe dans une ambiance paisible, cordiale, sans accroc… C’est l’état normal des choses. Je me suis alors demandé : et si les Marocains musulmans acceptaient cela d’autres Marocains musulmans ? Et si des Marocains musulmans toléraient que d’autres Marocains musulmans n’observent pas le jeûne en public?  Et si chacun avait le droit fondamental (public) de pratiquer ou de ne pas pratiquer la religion ? N’est-ce pas là le signe fondamental, voire fondateur, de la démocratie ?

Le jour de mon arrivée, je me suis installé dans un café, sur la corniche, deux heures avant le coucher du soleil. Le serveur vint me demander, en français, ce que je voulais boire. Il m’avait pris pour un touriste. Cela m’était arrivé plusieurs fois, et cela m’arrive encore d’être pris pour un non-marocain. Je répondis en arabe: « le muezzin a-t-il appelé à la prière du Maghreb » ? Le serveur fut surpris, sourit, s’excusa de m’avoir pris pour un non-musulman. Dans sa logique, c’est comme s’il m’avait insulté. Dans sa logique, croyant que je n’étais pas musulman, il me mettait dans la catégorie des mauvais, des non-meilleurs… Après ses excuses,  il me laissa savourer l’approche du coucher du soleil…

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