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7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 19:56

Lorsque le Marocain parle de Hogra, il se réfère au fait d’être méprisé, injustement traité, d’avoir le sentiment de ne pas être un citoyen. Ce sentiment reflète et renvoie à un état de non droit, fondé sur la notion d’une force supérieure, seigneurale, caïdale ou makhzénienne,  à laquelle on doit tout et qui ne vous doit rien. Le Maroc d’aujourd’hui a hérité de ce long passé d’absolutisme et de despotisme. Son peuple se sent Mahgour, parce qu’il a l’impression que la loi est appliquée seulement contre les gens qui n’ont rien et qui ne sont rien. Ceux qui n’ont ni argent ni relations ni titre. Le Marocain moyen se sent injustement traité, impuissant et frustré face aux différentes formes que prend l’abus de pouvoir ou le viol de la loi. La cause déterminante de la Hogra, c’est donc l’Etat de non droit. C’est là le composant fondamental et fondateur de la Hogra, sa cause déterminante.

 

Hogra verticale et horizontale

Lorsque c’est le pouvoir qui méprise les sujets, j’appelle cela la Hogra verticale. Cela se voit dans le rapport entre l’individu et les différentes administrations. Quand c’est entre individus ou groupes sociaux, on passe au niveau horizontal de la Hogra. La société marocaine est en effet hiérarchisée, discriminatoire et discriminante. Il y a les bons, les mauvais, ceux qui sont bien perçus et les autres, ceux qui dérangent. On distingue entre ceux qui appliquent et illustrent le mieux les normes dominantes et ceux qui s’en éloignent, parfois malgré eux, par leur race, leur couleur, leur langue, leur religion ou leur sexe. La Hogra est donc socialement organisée : elle s’exerce de manière objective et mécanique contre les groupes marginalisés. Elle transparait même au niveau du langage : « 3ezzi balala », « fouissi», « ihoudi hachak », « ghir mra »…  L’intonation et la manière de nommer sont déjà une façon d’exprimer le mépris, le refus de l’autre. Nous en sommes encore au stade de l’identité primaire, ethnique, religieuse, sexuelle, par conséquent, incapables de nous sentir « Marocains », uniquement Marocains, et fiers de l’être. Les guéguerres horizontales opposant par exemple Fassis et Berbères prouvent que le Marocain est dans un stade pré-citoyen, en deçà de la marocanité.

 

Le Marocain ne s’aime pas

Souvent, il m’arrive d’être pris pour un étranger. Lorsque je me mets à parler arabe, on dit : « ce n’est qu’un marocain ». Je n’ai jamais entendu quelqu’un, dans un autre pays, se dénigrer de la sorte.  Le Marocain ne s’aime pas. Le système n’a pas produit un citoyen digne, qui vit la tête haute, éduqué, intègre, travailleur, honnête. Il a produit un sujet servile, serviteur, menteur, hypocrite, faux, corrompu et corrupteur. Le Marocain sait qu’il est comme ça. Par conséquent, il est incapable de s’accepter en tant que tel et d’accepter les autres Marocains en tant que tels. Il est incapable de s’aimer en tant que tel. Sauf que le Marocain n’est pas comme ça de nature. Il n’y a pas de nature marocaine. A la naissance, le Marocain, en tant qu’être humain, est une pâte socialisable à volonté, une pâte à modeler comme le veut le système politique. La famille est le chainon qui modèle l’enfant selon le modèle politique établi et dominant. Le Marocain n’a pas toujours été comme ça, négatif : dans les années 60, il avait une éthique, une morale. Des valeurs, une parole. Encore une fois, c’est l’Etat qui a refusé de faire du Marocain un citoyen digne et conscient de ses droits, participant véritablement à la vie politique. Si le Marocain est opportuniste, s’il se comporte à la carte, ce n’est pas dans ses gènes que ça se passe, mais dans sa culture politique, plus précisément dans l’absence d’une culture citoyenne.

 

 

Etat de droit

Si la Hogra suppose un statut de supériorité, elle exprime une situation de pouvoir. Le fait de se sentir écrasé dans l’espace public amène l’homme à prendre sa revanche dans la sphère privée. Pour le Marocain, être un homme, c’est être supérieur à la femme, par définition, a priori. Peu importe que la femme soit intelligente, riche ou instruite. Le rapport homme/femme en tant que hogra est encore largement dominant, répandu. Lorsqu’un homme violente sa femme chez nous, c’est systémique, structurel, c’est définitionnel de notre société, c’est encore normal pour la grande majorité. La Hogra est un processus institutionnel, presque officiel, puisque régi par les traditions et les croyances. Les « mahgourine » ont des soupapes de sécurité comme le conte orale, la blague. Ça rattrape un peu, ça compense, mais ça ne change pas l’ordre des choses… Pour venir à bout de la hogra, il faut passer à l’État de droit, couper avec la notion de sujet. C’est là la véritable réforme, ce serait une révolution véritable. Il faut que l’individu naisse en tant que citoyen, égal à tous les autres. C’est dans un tel Etat que l’on peut tuer toute forme de Hogra, verticale et horizontale. Il faut améliorer la loi, lui enlever toute possibilité de discrimination, entre les femmes et les hommes, les Amazigh et les Arabes, les musulmans et les non-musulmans, les croyants et les non croyants, les jeûneurs et les dé-jeûneurs, les homos et les hétéros... Et surtout la respecter, l’appliquer de manière stricte et inconditionnelle. Egalité dans la loi, mais surtout égalité devant la loi. La solution est donc politique. Et la politique, c’est la clé au Maroc. Tant que la politique  ne sera pas assainie, rien ne le sera. C’est le levier qui fait tout mouvoir. Il faut que ce levier soit juste, transparent, équitable. En un mot, qu’il y ait une démocratie véritable, et un véritable respect des droits humains, sans aucune restriction, sans aucune exception. Un véritable Etat de droit prémunit contre les hogras verticale et horizontale.

 

 

 

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commentaires

marocain 01/10/2011 01:57


En lisant ces lignes, je me suis demandé, tout au long de l’écris,qu’est-ce qu’il en est de l’objectivité et de la subjectivité de cet analyse.

Je souligne cela pour simplement contourner le titre de ce travail appelé « analyse » ou encore enquête sur le journal Telquel. Une analyse de ce type doit être objective et fondée à mon sens.

Pour résumer mon avis, je mettrai en avant, de façon globaleet donc non analytique, trois remarques :

- Premièrement, je trouve lesujet interpelant. Il soulève des choses très concrètes du vécu. Chose qui estassez bien fait pour souligner des réalités vécues, courantes…

- En revanche, là où je suis sceptique,je ne sens pas de base théoriques solides sur lesquelles s’est basé l’articleou encore le ou les sociologues en question. Si je me contente personnellementà
me baser sur mes propres côtoiements de la société marocaine, j’aurais probablementdit : « ah oui j’ai vu ça…ou encore oui j’ai entendu cela… ».Mais je soulignerai bien qu’il ne s’agit pas de
sondage/enquête crédible etencore moins d’une généralité affirmée. Pour ce qui est de l’analyse, j’aitrouvé entre les lignes (voire même dans les lignes) beaucoup de généralisations.Cela peut être
donc moins objectif. A titre d’exemple : à l’introductionde l’article c’est marqué « Corrompu,corrupteur, menteur … le Marocain est ainsi… Ici et maintenant ». Quandje le lis ceci, personnellement
je ne me voie pas dans toute cette liste d’objectifsqualificatifs et négatifs. Ceci est donc une généralisation (mettre tout lemonde dans le même sac) assez subjective et donc pas crédible.

- Autre chose, cela m’intéressebeaucoup l’objectif des écris/dires. Autrement dit, pourquoi nous diffusons,écrivons, disons, affirmons, telle ou telle information ? Quel est l’objectifde tout cela
? A lire les différents paragraphes de l’article, je comprendsque le marocain est ainsi, inchangeable, loin du développement….ouf c’estbeaucoup dit, affirmé et trop insultant. Si soit disant, dans
le conditionnel, tousces adjectifs qualificatifs ou encore toutes les remarques soient réellementVRAIES (ce qu’il ne l’est pas à mon sens), je pense que la méthode est totalementdémagogique et
contreproductive. Car si je reviens à la notion de l’objectif,je verrai cela comme destructeur et donc pas du tout constructif.

Enfin, soulever des réalités, des malaises sociaux ou toutesautres anomalies sociales (ou toutes anomalie quelle qu’elle soit) est unechose appréciable. En revanche, savoir l’analyser, la
crédibiliser et aussi laprendre comme base pour construire et y remédier est tout autant appréciableque nécessaire.

Kif ma galha lkhawa, wasma3na bazzaf obazzaf, iwa ila kolchikany3ayer o kay3ani chkoune lli ghayghayer hadchi ? Je pense qu’il fautéviter l’extrémisme dans toute pensée ou opinion, car le
relativisme à toute saplace dans toutes les situations. Si le soit disant Marocain ne s’aime pas,alors c’est la faute à qui ? A lire l’article on dirait que c’estuniquement de sa faute ou encore
celle de l’Etat… il y a aussi le facteursocial, interculturel, historique mondial, économique et religieux... enfinautant de lunettes d’analyses que d’opinions différentes. A la place dusociologue
j’aurai bien pris garde à ne pas souligner de telles affirmationsABSOLUES.

Il y’a aussi une phrase qui dit layorayiro laho mabi 9awmine7atta Yorayiro ma bi anfossihim. Et aussi d’autres phrases qui disent qu’ilfaut aider son prochain à mieux se comporter.


Dialmy 01/10/2011 11:06



Bonjour,


Je vous remercie pour votre intérêt. Cependant, je ne comprends pas pourquoi vous gardez l'anonymat. En toute franchise, j'ai comme principe de ne pas répondre auxcommentaires non signés.
Présentez-vous, nom, prénom, fonction, ville...