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8 juillet 2013 1 08 /07 /juillet /2013 22:57

Au Maroc, la morale dominante est antisexuelle, sexiste, misogyne, inégalitaire. En un mot, elle est patriarcale. Elle n’offre pas les mêmes droits aux femmes et aux hommes, aux mariés et aux non mariés, aux hétérosexuels et aux LGBT. Son objectif principal est de condamner les jeunes filles à l’abstinence sexuelle afin de ne pas avoir des enfants qui créeraient la confusion des patrilignages et des biens. C’est ce que j’ai conceptualisé dans la théorie de la sécurité généalogique : le père n’accepte pas que son nom patronyme et ses biens soient transmis à ses petits enfants conçus dans une relation sexuelle illégale, qu’il n’a pas permise. Dans le cas des femmes divorcées et veuves, la théorie sociale de l’enfant endormi sert à rattacher l’enfant au mari répudiateur ou au défunt, et ce bien longtemps après le délai de viduité. C’est donc la jeune fille qui est finalement seule susceptible de menacer la sécurité généalogique du groupe agnatique puisqu’elle ne peut pas rattacher son enfant dit « naturel » à un père légal, c’est-à-dire à un mari.

Pour cette morale patriarcale consacrée par l’islam-standard, c’est-à-dire par l’interprétation dominante du Coran et de la Sunna, l’abstinence, la virginité-hymen et l’honneur sont les contraceptifs imposés pour prévenir les grossesses chez les jeunes filles non mariées. Aujourd’hui, cet arsenal contraceptif islamo-patriarcal échoue face à l’explosion du nombre des grossesses préconjugales, suite à la dés-institutionnalisation grandissante de la sexualité. Abstinence et mariage précoce ne sont plus des propositions tenables et réalistes à proposer aux jeunes filles. Elles n’ont jamais été proposées aux garçons (qui avaient le droit de posséder des esclaves sexuelles, entre autres).

Au Maroc, la dés-institutionnalisation de la sexualité, qui est un visage de la modernité, est pour le moment sauvage et anarchique, mal assumée, mal vécue. C’est un fait indéniable, mais un fait non reconnu car considéré comme déviance, chaos et ignorance. En fait, cet état de la sexualité marocaine représente une étape transitoire vers une sexualité moderne véritable. Le retour en arrière n’est plus possible, il n’est pas souhaité. L’état passé de la sexualité reposait principalement sur l’exploitation (sexuelle) des femmes dans l’esclavage, la prostitution et le mariage.

Dans l’état moderne de la sexualité, la sexualité est apprise grâce à une éducation sexuelle qui est à la fois savoir, techniques et éthique civile et civique. Cette éducation est le seul garant véritable de la santé sexuelle et reproductive. Celle-ci à son tour n’est pas concevable sans le droit à la sexualité, à une sexualité libre, consentie où la femme est un partenaire égal, n’ayant pas besoin de permission patriarcale pour jouir de son corps et en être le seul maître et possesseur.

Plus la sexualité est reconnue comme un droit, plus elle s’assume, et plus elle se protège. Distinguons donc entre le droit à la sexualité et le droit au mariage. Le droit à la sexualité n’est pas soumis au droit au mariage. Le mariage ne doit plus être le seul « permis de baiser » possible. Le droit à la sexualité est un droit humain en soi, soumis au seul consentement informé des partenaires, un consentement mû par le désir, par le plaisir, voire par l’amour. Jamais par l’argent. Quand l’argent est là, c’est la débauche, c’est la prostitution et la pornographie. Toute relation sexuelle consentie, informée et non commerciale est donc un droit humain individuel fondamental. Elle est un facteur essentiel dans la réalisation de la santé, c’est-à-dire du bien-être physique, mental et social des citoyens.

Aujourd’hui, l’enjeu est de lutter, comme je l’ai exprimé en 2007, contre l’article 490 du code pénal afin de l’abroger au nom des libertés individuelles fondamentales. J’ai été heureux de voir le mouvement féministe « Le Printemps de la Dignité » en 2010, puis l’AMDH en 2012 et enfin Adala en 2013, reprendre cet appel. Mon appel n’est plus solitaire. Il est maintenant porté par une société civile qui mérite de plus en plus son nom. Je ne me sens plus seul dans la lutte pour les droits (hétéro) sexuels en tant que droits humains. D’autres luttes sexuelles sont également à mener. Je les soutiens du fond de ma foi dans les droits humains.

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Published by Dialmy
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