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29 janvier 2014 3 29 /01 /janvier /2014 14:02

Rabat, Casablanca…une marche féministe, une contre-marche sexiste, une action, une réaction... Inévitablement, une bataille de chiffres. Inévitablement, une bataille médiatique. Indices d’une bataille politique dans laquelle le bon sens se perd….Faute de laïcité, l’enjeu actuel est celui d’une « démocratie sexuelle islamique ».

La marche 2000 des femmes marocaines à Rabat s’inscrit dans la Journée Internationale de la femme du 12 mars tenue sous le slogan : « nous partageons la terre, partageons ses biens ». C’est une marche contre la pauvreté des femmes, contre la violence plurielle qu’elles subissent. Certes, à cette marche ont participé des membres du gouvernement, des féministes, les militants des droits de l’homme, en un mot, plus de 60 associations démocratiques… mais aussi et surtout des femmes âgées de milieux populaires, des couples avec leurs enfants, des femmes étrangères, des hommes…Selon la journaliste allemande Greta Tülman, même en Occident, « c’est très rare qu’il y ait tellement d’hommes qui participent » à ce genre de manifestation. Des gens ordinaires ont donc fait de la question de la femme leur propre question… La marche est mixte, conviviale. Femmes et hommes marchent côte à côte, comme ils devraient le faire toujours dans la vie, au quotidien…et dans les plus hautes sphères. La marche se termine devant les locaux des Nations-Unies par la présentation d’un mémorandum à l’ONU dans lequel les féministes demandent l’effacement de la dette des pays en voie de développement, la révision du système financier international… Politiquement conscient(e)s, les féministes lient l’avenir de la femme à l’évolution du système politico-économique international et font de sa rationalisation la véritable condition de l’émancipation de la femme (et de l’homme). On chante alors pour la paix, l’égalité, la fraternité, on chante contre la misère et la violence. On revendique le droit à l’éducation, à l’égalité devant la loi.

Un slogan spontané émerge de la foule : «nous sommes toutes musulmanes, et toutes nous soutenons le Plan ». Il s’agit du Plan National d’Intégration de la Femme au Développement (PNIFD) qui est actuellement l’objet d’une grande polémique nationale. Ce slogan qui rappelle l’islamité des marcheuses et marcheurs de Rabat est une réponse aux islamistes qui affirment l’incompatibilité entre le PNIFD et l’Islam… La marche de Rabat ne se fait pas contre l’Islam, c’est une marche qui ne définit pas l’Islam comme l’instrument intouchable de la domination masculine. L’islamité est dénotée aussi par la présence de femmes voilées dans la marche de Rabat, mais surtout par la participation de représentants du parti de l’Istiqlal. Ce parti a toujours lié entre islam et nationalisme, entre islam et développement, entre islam et démocratie. Sa présence dans la marche de Rabat exprime-t-elle enfin son adoption du PNIFD ? Si cela s’avère exact, ce serait une victoire pour les féministes dans leur lutte contre les islamistes. Le passé de l’Istiqlal et sa plate-forme idéologique en font un concurrent sérieux des islamistes dans l’instrumentalisation politique de l’Islam. La seule existence de l’Istiqlal interdit aux islamistes de monopoliser le discours politique partisan au nom de l’Islam. Que l’Istiqlal adopte le PNIFD indiquerait automatiquement la possibilité politique d’une démocratie sexuelle islamique.

A 90 km de là, à Casablanca, une autre marche, à la même heure. Une contre marche, d’autres gens, d’autres slogans, d’autres finalités. Orchestrée par le Parti de la Justice et du Développement (à travers lequel milite politiquement l’association islamiste modérée Al Islah wa et-Tajdid) et par Al Adl wa al-Ihsane (l’association islamiste radicale de Yassine), cette marche est organisée pour manifester contre le PNIFD. Ce plan est accusé d’être sioniste, communiste, occidental, créant un conflit homme-femme qui n’existe pas en islam… D’où le slogan de Casablanca, « les femmes sont les sœurs des hommes ». Slogan qui signifie justement qu’il n’y a pas de conflit entre les hommes et les femmes, l’Islam ayant apporté une réponse définitive et idéale à la question des sexes. D’où la nécessité, selon les marcheurs de Casablanca, de préserver l’islam et de lutter contre la dissolution des mœurs en rejetant le PNIFD.

Ayant réussi à présenter le PNIFD comme anti-islamique à l’opinion publique, les islamistes demandent à ce que ce plan soit soumis à un référendum populaire. L’aile radicale islamiste va même jusqu’à refuser l’arbitrage du Roi, proposé par le premier ministre. Nadia Yassine déclare en effet : « nous ne voulons recourir à personne pour arbitrer… nous nous référons au Coran et à la Sunna ». Comme si le rapport au Coran et à la Sunna était à ses yeux direct. Car dans la logique islamiste même, le rapport aux textes sacrés passe par la médiation des ouléma, ceux qui savent, ceux qui connaissent la Loi. Les islamistes radicaux refusent donc de considérer le Roi comme le commandeur des croyants, celui qui représente la Loi Divine sur terre, et affirment implicitement que leurs propres ouléma sont au dessus de la mêlée politique et des intérêts de classe. Les ouléma sont-ils réellement au dessus de la mêlée politique et des intérêts de classe de façon à pouvoir connaître la Shari’a en soi? Le père de Nadia, shaykh Yassine, tout soufi qu’il est, n’est pas sans avoir des intérêts politiques. Ouléma et intégristes sont encore davantage impliqués dans le jeu politique.

La marche de Casablanca est donc une contre-marche, une réaction. A Casablanca, hommes et femmes marchent séparément. La séparation n’est pas spontanée, elle est organisée, elle est ségrégation. Et puis, dans cette marche islamiste, les femmes ne représentent en fin de compte que le 1/5 des marcheurs. Le tiers selon les organisateurs islamistes eux-mêmes. Mais pour les responsables du PJD, l’important n’est pas là, dans le nombre, celui des femmes. A leurs yeux, la marche de Casablanca, la leur, est 100 % marocaine, d’où son importance, tandis que celle de Rabat est « commandée par l’étranger », « c’est la marche de l’apostasie, de la déviance et de la licence ».

La contre-marche de Casablanca a bénéficié de la campagne des prêcheurs du vendredi qui ont invité, dans l’ensemble du royaume, les prieurs à y participer ! De quel droit ont-ils pu le faire ? Qui les a incité à le faire ? Le flirt entre l’islamisme et le ministère des awqaf et des affaires islamiques prouve que les moquées sont entrain de devenir des lieux ouvertement politisés, ouvertement mobilisés contre le gouvernement. Le gouvernement pâtit de cette récupération mutuelle entre PJD et ministère des awqaf. De leur côté, et « curieusement », les partis du Wifaq (UC, MP et PND) qui constituent l’opposition politique libérale, le RNI et le MNP qui font partie de la coalition gouvernementale ayant proposé le PNIFD, ont marché avec les islamistes à Casablanca ! Drôle de libéralisme qui flirte avec l’islamisme pour des calculs bassement politiciens sacrifiant le principe de l’égalité des citoyens et des citoyennes. Pour cette « fausse » opposition politique, pour ces « faux » alliés au sein du gouvernement, tous les moyens sont bons pour faire échouer ce jeune gouvernement de gauche qui bénéficie du soutien du Roi, des intellectuels, des femmes, des démocrates et progressistes, de la communauté internationale...

Mais on dit que le RNI a marché à Rabat aussi! Schizophrénie idéologique du parti ou simple conviction personnelle du militant qui dissocie entre interprétations personnelle et partisane de l’islam. Encore faut-il que le parti ait une position claire en la matière… Anomalies et inconséquences ne sont pas seulement du côté de l’opposition. Le cas le plus alarmant se trouve au sein du parti socialiste du premier ministre. C’est le cas de H. Forqani, ce membre du bureau politique de l’USFP, qui dirige « impunément » depuis l’été dernier la lutte islamiste contre le PNIFD. Non seulement Forqani n’a été ni interrogé ni puni par le parti, pire, des chroniqueurs de la presse usfpéïste lui trouvent des justifications et vont jusqu’à le défendre, eu égard à son appartenance au bureau politique, à son passé de nationaliste… ! Quant au PPS (ex-parti communiste) auquel appartient le secrétaire d’Etat qui a proposé le PNIFD, quelques membres de son bureau politique ont été mangé un couscous avec le PJD islamiste pour faire la paix et signer un communiqué commun qui ne mentionne pas le PNIFD mais qui insiste par contre sur l’attachement du PPS à l’Islam. Le secrétaire d’Etat Saïd Essaïdi ne faisait pas partie de la délégation « couscoussière » du PPS, menée par le secrétaire général en personne. Comme si le secrétaire d’Etat était désavoué par son propre parti, ainsi que son PNIFD. Si la bipolarisation autour du PNIFD est paradoxale, c’est, pensons-nous, à cause de la déconnexion pathologique entre idéologie et politique, entre principe et action, entre conviction personnelle et idéologie du parti. Tout devient alors possible ; en premier lieu, l’irrationalité des pensées et des comportements.

Rabat, Casablanca… une marche ici, une contre-marche là, une action, une réaction... Inévitablement, une bataille de chiffres. Inévitablement, une bataille médiatique. Chaque camp donne ses chiffres, la presse donne les siens, la police aussi. Des chiffres contradictoires qui vont de 60 000 à un million. La neutralité est le grand absent. Chaque pôle tente de « prouver » que sa marche a réuni plus de gens. Mais l’on sent que le pôle de Rabat a été défait sur le plan de la quantité. A Casablanca, on a tout fait pour montrer qu’on est plus nombreux (en hommes surtout !) pour « prouver » l’importance du poids politique latent des islamistes. En effet, la marche de Casablanca est présentée comme « un message politique à qui de droit » par Fath Allah Arsalane, membre du Conseil d’Orientation d’Al Adl wa al-Ihsane. C’est «une marche populaire contre le complot ourdi contre le Maroc », reprend S. Al Othmani du PJD. Pour le pôle de Rabat, ce qui compte, c’est le sens (historique) de la marche et la qualité de la participation, le statut social des marcheurs, sans pour autant enlever à la marche sa qualité de mouvement de masse.

La presse du pôle de Rabat est critique envers la télévision nationale. Celle-ci, publique et encore dépendante d’un ministère de l’intérieur souverain, aurait produit une vérité médiatique qui aurait trahi la véritable vérité. Zooms, plans larges, plans d’ensemble, plongées (prises de vue d’en haut) ont « démontré » en effet au téléspectateur que la marche de Casablanca a drainé plus de foule. Cette vérité médiatique est certes une mise en scène, orientée certes mais, à notre sens respectueuse de la volonté des islamistes de donner à l’opinion publique des images fortes (d’eux-mêmes). La marche de Casablanca est carrée, ordonnée, rituelle, s’inscrivant dans une logique politico-militaire. La femme y est, pour les islamistes modérés et radicaux, un alibi pertinent et performant pour enrôler les masses misogynes au nom de l’Islam, pour monopoliser le discours islamique sur la scène politique, et pour conquérir le pouvoir politique au nom de l’Islam.

Certes les femmes à Rabat ont été plus nombreuses, ce qui indique la difficulté pour l’islamisme dans son expression féministe actuelle d’attirer les femmes en masse. Malgré leur analphabétisme et leur misère, les femmes dans leur majorité ne sont pas très attirées par l’islamisme. Leurs intérêts spécifiques commencent à émerger. L’enjeu pour elles, c’est de défendre ces intérêts au nom de l’Islam. Faute de laïcité, l’enjeu actuel est celui d’une « démocratie sexuelle islamique »[1]. Cette démocratie est condamnée à être conjoncturellement possible pour concilier entre féminisme et Islam.

Certes, les deux marches font voler en éclats le mythe de l’unité féminine. Désillusion positive qui montre que le féminisme qui passe par le politique divise nécessairement les femmes mais gagne en efficacité. Quant il reste en deçà du politique, le féminisme se condamne à l’inefficacité (ou à la charité intra-patriarcale). Au delà de leur signification féministe, ces deux marches contradictoires sont l’indice d’un Maroc qui apprend à exercer la démocratie, à la vivre. Bien entendu, les islamistes en profitent. Les islamistes utilisent tactiquement la brise démocratique qui souffle sur le Maroc pour exprimer des orientations anti-féministes et anti-démocratiques stratégiques. La démocratie comporte ce risque qu’il faut accepter, assumer et contrôler. Le règne de Mohamed VI et de la gauche refuse de réprimer : il ne peut réprimer au nom de la démocratie !

Fès, le 18 mars 2000

[1] C’est le titre de mon dernier livre, Vers une démocratie sexuelle islamique, Info-Print, Fès, 2000 (en arabe).

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Published by Pr. Abdessamad Dialmy - dans Féminisme
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5 janvier 2014 7 05 /01 /janvier /2014 23:08

Mes réponses à Géraldine Dulat du Magazine Illionweb

http://www.illionweb.com/polygamie-heritage-avortement-3-questions-au-abdessamad-dialmy/

  1. Quelle a été votre première réaction en écoutant les propos de M.Lachgar de l'USFP souhaitant abolir la polygamie et permettre l'égalité devant l'héritage entre les femmes et les hommes marocains?

Cela m’a rappelé l’USFP de 1975. A cette date, la section féminine USFP avait demandé que l'on révise le Code du Statut Personnel en dépassant la littéralité des textes islamiques afin d'obtenir des droits inédits, non initialement énoncés par la loi « divine ». Parmi ces droits inédits, l'appel à traiter la femme majeure comme l'homme majeur et à assurer l'égalité des époux dans tous les droits, à supprimer la tutelle matrimoniale, à interdire la polygamie, à transformer toute dissolution de mariage en divorce judiciaire. Plus loin encore, le rapport idéologique de 1975 demande la suppression de l'entretien unilatéral, c'est à dire la fin de l'entretien de l'épouse par le mari et l'implication de l'épouse dans l'entretien du foyer (en considérant par exemple le travail domestique comme une activité économique). C’est la non implication de l’épouse dans l’entretien du foyer qui justifie l’inégalité des sexes dans l’héritage. Lachgar ne fait donc que reprendre les revendications initiales du parti et qui ont été formulées par des associations féminines proches de l’USFP dans les années 1990.

  1. En tant qu'intellectuel, allez-vous officiellement soutenir l'USFP dans ce projet?

Bien sûr que je le soutiendrai. La question n’est même pas à poser. En fait, Lachgar ne fait qu’exprimer, au niveau politique, mes revendications d’intellectuel engagé, d’intellectuel spécifique, féministe, mes revendications issues des études de genre que je mène depuis le début des années 1970. Le bonheur de l’intellectuel est de voir ses utopies transformées en projet de société, en projet politique, c’est-à-dire réalisable. L’excommunication et les menaces de mort et les insultes sont le lot de tous ceux et celles qui osent remettre en cause les soi-disant invariants de l’islam. Je fais partie de ceux là depuis 1999, depuis mon voyage au Yémen, et depuis mon enquête sur l’identité masculine en 2000…

  1. Quels seront les principaux obstacles à abattre pour réussir l'Egalité dans la société marocaine en 2014?

L’obstacle premier est celui de la constitution. Parmi les acquis de l’article 19, l’idéal de la parité à atteindre par le biais de la création d’une autorité. L’égalité des sexes en matière de droits civils surtout est à souligner : elle signifie que tous les articles du code de la famille doivent garantir l’égalité de tous les droits entre les hommes et les femmes. Malheureusement, la constitution en tant que compromis et rapport de force, ne va pas jusqu’au bout : elle rappelle que l’égalité entre hommes et femmes doit se réaliser dans le respect « des constantes et des lois du Royaume ». Certaines constantes et certaines lois, non définies à souhait, sont donc au dessus de la constitution, voire anté-constitutionnelles. Par conséquent, on ne peut pas accuser l’inégalité dans l’héritage ou le droit à la polygynie d’être anticonstitutionnels. Tout au plus, on peut dire que la primauté devrait être donnée aux conventions dûment ratifiées par le Maroc, la CEDAW en l’occurrence. C’est là une procédure à laquelle personne ne fait recours. L’enjeu est donc de réformer l’article 19 de la constitution de façon que rien ne vienne entraver le principe de l’égalité totale des droits entre les sexes

Changer la loi suprême est donc un pas nécessaire, capital. Mais à lui seul, il n’est pas suffisant. Il faut arriver à convaincre les musulmans que 1) les lois édictées par le Coran et la Sunna ne peuvent et ne doivent pas être appliquées en tout temps et en tout lieu, 2) la non application de ces lois n’amoindrit en rien la foi du musulman. Donner le double au frère, donner à l’homme le droit d’épouser plus d’une femme et interdire à la femme d’interrompre une grossesse sont aujourd’hui les indices d’une foi aveugle, injuste, sous développée et sous-développante.

Compte rendu d’une discussion dans les vestiaires d’une piscine, ce dimanche 5 janvier vers 9h30 :

Ce matin, dans les vestiaires d’une piscine chauffée à Rabat, une discussion s’est engagée entre Me. Naim Slaoui et un professeur de droit à Rabat, connu dans les médias.

A la question de Me Slaoui sur les déclarations de Lachgar (égalité dans l’héritage, interdiction de la polygamie et dépénalisation de l’avortement), le professeur en question répondit : « Lachgar a dépassé les limites ».

Cette réponse m’a offusqué et je me suis impliqué dans la « discussion».

Le professeur a continué en affirmant que les déclarations de Lachgar menacent la stabilité du Maroc et troublent l’ordre public. Ce faisant, il a accusé Lachgar de « populisme », entendant par là que les positions de Lachgar flattent l’opinion publique ! Et pour finir, Il a affirmé que Lachgar, en tant que chef d’un parti politique, est soumis à une « obligation de réserve ».

J’étais scandalisé d’entendre ces inepties. La liberté d’opinion a-t-elle des limites au sein d’une démocratie ? La stabilité du pays et l’ordre public sont-ils si fragiles au point d’être si facilement menacés par les déclarations progressistes, à la fois démocratiques et féministes d’un chef de parti ? Lachgar ne fait-il pas preuve justement d’anti-populisme en revendiquant la réforme du code de la famille et du code pénal dans un sens qui va contre l’islam littéral, scripturaire, intégriste et populaire ? Ce faisant, ne risque-t-il pas de faire perdre des sièges à l’USFP lors des prochaines élections ? En fait, Lachgar a fait preuve d’un courage politique inédit. Lachgar n’est-il pas sommé, en tant que chef de parti, d’avoir une vision qui exprime et continue les invariants de l’USFPP depuis 1975, voire qui les renouvelle ? Les chefs de partis ne sont-ils pas les premiers à ne pas devoir obéir à une obligation de réserve, censés guider le Maroc vers plus démocratie et de liberté ? Aucune loi ne leur impose une obligation de réserve. Que Lachgar continue donc sur cette voie courageuse, mais qu’il explique aux Marocains que la foi ne doit être ni aveugle ni injuste envers les femmes. La foi ne doit être un opium ni pour les hommes ni pour les femmes. Une foi qui sacralise l’inégalité des sexes est un opium, elle est à remettre en question.

Quant au professeur de droit, devant sa sainte ignorance, devant son attitude affligeante et décevante, je l’ai accusé, en face, dans les yeux, de sous-développement. C’était la critique la plus polie que j’ai trouvé à lui adresser. Je l’invite à assumer ses dires en public, et à les défendre. Et à ne pas se contenter de les exprimer dans un vestiaire, en maillot de bain.

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Published by Dialmy - dans Féminisme
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13 novembre 2013 3 13 /11 /novembre /2013 17:53

A partir d’une étude que j’ai réalisée en 2012 sur « les représentations masculines de la violence à l’égard des femmes, « draguer dans la rue » n’est pas un acte perçu comme une violence à l’égard des femmes. Pourtant, les garçons de Tétouan utilisent le verbe « adaha » (أذاها) pour dire que le garçon drague la fille. Ce verbe signifie faire mal à l’autre, avoir un comportement nocif à son égard (أذى إذاية). Il est donc utilisé pour signifier « draguer », mais il est vidé de son sens agressif et négatif, neutralisé. Même chose pour le « nouggane » à Marrakech. C’est le fait de lancer des mots à la fois complimenteurs et agressifs à la femme dans l’espace public. Là non plus, le « nouggane » n’est pas considéré comme une violence. Pour certains, c’est un mode de rencontre. Pour certains, il est même une réaction. «Les filles te provoquent. Même celles qui sont voilées te provoquent par le regard. Ce sont elles qui te demandent de les draguer ». Draguer est donc une manière de faire connaissance. Pour des hommes à Temara, draguer une fille habillée sexy dans la rue n’est pas non plus perçu comme une violence. C’est la fille qui est responsabilisée, définie comme la provocatrice, le véritable agresseur.

Par conséquent, la « drague » est, au Maroc, un phénomène structurel banalisé. En effet, les hommes sont convaincus d’être agressés dans « leur » espace public par la présence accrue et provocante, à leurs yeux, des femmes. Réagir par le compliment et/ou l’insulte est devenu un mécanisme de défense masculin structurel, un moyen de préserver l’hégémonie sur un territoire (ici l’espace public), une manière de perpétuer une tradition qui consiste à dire que la place de la femme est dans l’espace privé et que des règles vestimentaires patriarcales sont à observer dans l’espace public. Ainsi, aborder et parler à une femme dans la rue sont des actes rarement perçus par les hommes comme une violence à l’égard des femmes. Plus simplement, la « drague » est vécue par une grande majorité des deux sexes comme « acceptable », comme un comportement normalisé, banalisé, loin de devoir être passible d’une pénalisation.

Pour ces raisons, la réaction majoritaire (sur les ondes et réseaux sociaux/internet) à l’annonce d’un projet de loi contre la drague est faite d’étonnement, d’ironie et de critique. Pour la plupart, lancer quelques mots à une jeune fille/femme dans la rue ne mérite pas de poursuite judiciaire. C’est disproportionné selon eux. D’autres avancent qu’au lieu de pénaliser les dragueurs, il serait plus juste de pénaliser les jeunes filles et femmes qui s’habillent de manière légère, provoquant ainsi le désir des hommes. D’après cette analyse, les hommes seraient des victimes du « sex-appeal » artificiel et volontaire des femmes émancipées au niveau de leur tenue vestimentaire.

Pour les défenseurs de cette thèse, la solution est simple : cacher le plus possible le corps féminin comme source de chaos et de séduction (fitna). Inconsciemment, ils présentent le port du voile comme l’élément central d’une politique publique préventive contre le harcèlement sexuel. En fait, si le port du voile doit demeurer un choix individuel et libre, il ne doit jamais être érigé en politique publique, en obligation juridique et/ou sociale préventive. En Occident, jeunes filles et femmes s’habillent de manière légère sans être pour autant victimes de drague dans la rue. Dire que les hommes en Occident ne draguent pas dans la rue parce qu’ils sont moins chauds et moins virils relève de l’ignorance et d’une naïveté orientale machiste. Si l’homme occidental ne drague pas dans la rue, c’est parce qu’il est éduqué, c’est parce qu’il a appris à contrôler son regard. Il a appris à respecter la femme comme une citoyenne qui a le droit de s’habiller comme elle veut dans l’espace public. Il est convaincu que l’espace public appartient aux deux sexes de manière égale, à toute heure du jour et de la nuit. Dans cet espace, il est impoli de fixer quelqu’un par le regard ou de lancer des mots agressifs ou complimenteurs à une fille/femme que l’on croise dans la rue. Que l’on apprenne donc aux hommes marocains de se contrôler, de ne pas regarder les femmes dans la rue, de ne pas voir comment elles sont habillées, de ne pas les agresser par des paroles impolies et agressives, par des compliments déplacés qui n’ont pas lieu d’être. Que l’on apprenne également aux jeunes filles et femmes de ne pas être sensibles à de telles paroles, de ne pas les apprécier et de ne pas y succomber. De considérer tout homme qui drague dans la rue comme un sous-homme, comme un non-homme.

En un mot, le projet de loi contre le harcèlement sexuel me semble être en avance par rapport à l’état des lieux des rapports sociaux de sexe au Maroc. Certes, pour une minorité, c’est un projet bienvenu car il fait partie de l’arsenal de lutte contre la violence à l’égard des femmes (à l’image de l’article 501-3 contre le harcèlement sexuel dans le milieu professionnel ajouté au code pénal en 2003). Cette minorité est consciente du fait que la drague est une forme de violence à l’égard des femmes, et par conséquent inacceptable comme toute autre forme de violence basée sur le genre. L’idée de pénaliser le harcèlement sexuel dans la rue est une bonne initiative qui vise certes à protéger les droits des femmes (dans la rue) en tant que droits humains. Cependant, son objectif stratégique est de convaincre la majorité de la population à considérer la drague comme inacceptable en tant que forme « mineure » de la violence à l’égard des femmes. « Mineure » parce qu’une fois comparée aux coups et blessures, au viol, à l’exclusion du domicile conjugal, à la privation de nourriture ou à l’extorsion d’argent, elle paraît moins grave. Son impact psychologique à long terme risque d’être nocif et destructeur pour l’image de soi (de la jeune fille/femme). Y voir un indice de succès et de séduction est un indice de fausse conscience, d’aliénation patriarcale.

Rappelons ici que le projet de loi en question ne concerne pas seulement la pénalisation du harcèlement sexuel dans la rue. Toutes les formes de la violence à l’égard des femmes sont incriminées à travers ce projet de loi spécifique. Le code pénal seul semble être, dans sa version actuelle, incapable d’endiguer toutes les formes de violence dont souffrent les femmes. Pour cette raison, le « groupe démocratique » au parlement (PPS) a pris l’initiative de l’enrichir en présentant début 2013 une proposition de loi à la chambre des représentants, proposition qui incrimine spécifiquement toutes les formes de violence fondées sur le genre. C’est cette proposition qui a été reprise par le gouvernement sous forme de projet de loi. Dans la proposition de loi, l’article 448-24 incrimine spécifiquement le harcèlement sexuel dans les lieux publics. Cependant, cet article ne traite pas de la question de la preuve. Comment établir le harcèlement sexuel ? Quelles preuves doit apporter la jeune fille/femme harcelée dans la rue pour établir qu’elle a été victime de harcèlement sexuel? Comment prouver qu’un homme lui a adressé des paroles déplacées ? C’est l’une des difficultés majeures que doit affronter le projet de loi. Que prévoit le projet à ce propos ? Faudra-t-il avoir des témoins ? Des enregistrements audio-visuels ? Comment les réaliser pendant le harcèlement sexuel ? Comment être acteur et spectateur en même temps ? Installer des caméras de surveillance spéciales ou exploiter les enregistrements des caméras déjà installées pour d’autres objectifs ? Charger les agents de circulation d’observer également les actes de harcèlement sexuel au même titre que les infractions au code de la route ? Charger la police des mœurs de considérer tout harcèlement sexuel comme un attentat à la pudeur? Responsabiliser la population en la chargeant de dénoncer tout harcèlement sexuel observé dans la rue ? En faire un devoir citoyen de chaque individu ? Ce sont là des pistes à explorer.

Et puis sensibiliser la police afin d’enregistrer les plaintes telles qu’elles sont rapportées par les victimes harcelées sans accuser celles-ci d’être la cause du harcèlement sexuel dont elles ont été l’objet. La police doit également veiller à vérifier ou à établir les preuves du harcèlement sexuel. Le parquet à son tour doit présenter le maximum de cas à la cour. Et le maximum de cas doit être condamné aux plus lourdes peines prévues par la loi. Les condamnations doivent être médiatisées le plus possible pour que la loi soit prise au sérieux et qu’elle remplisse au mieux sa fonction dissuasive. La loi contre le harcèlement sexuel a donc une double fonction : punitive répressive contre les cas établis, dissuasive préventive accompagnant et favorisant la révolution contre la mentalité patriarcale dominante.

Rabat, le 11 novembre 2013

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Published by Dialmy - dans Féminisme
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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 20:50

Réponse de Dialmy à Fatima Zohra Elhajji (illi, mars 2013)

 

En quoi êtes-vous féministe dans votre vie de tous les jours?

 

Par féministe, j’entends la défense de l’égalité des droits entre hommes et femmes. Depuis que j’ai intégré l’université comme professeur, en 1977, j’ai toujours trouvé le moyen de faire un cours sur le féminisme même s’il n’était pas programmé en tant que tel dans les curricula. Dans ma vie de tous les jours, je suis féministe dans mes discussions avec les hommes et les femmes que je rencontre. Je saisis toujours l’occasion de ces discussions pour persuader ou convaincre mes interlocuteurs de la justesse du principe féministe. Je résume en disant : on doit passer du « différents, donc inégaux » à « différents, mais égaux ». Dans ce sens, je milite quotidiennement depuis près de 40 ans en exposant et en défendant la nécessité de ce passage. Sur le plan sexuel, avant de me marier en 1981, avec toutes mes partenaires, c’était le principe « orgasme pour orgasme ». Je ne supportais pas qu’on fasse l’amour pour d’autres raisons que le plaisir partagé. Je continue d’agir ainsi en tant que mari. Au sein de ma famille, dans mes rapports à mon épouse, à mes filles, à mes fils, les décisions, les plus importantes comme les plus petites, se prennent collectivement après échange des différents points de vue. Jamais je n’exploite ma position de mari et de père (de pourvoyeur économique) pour imposer mes choix et mes préférences à mon épouse et à mes filles (17 ans). Ni à mon épouse ni à mes filles je n’impose des façons de s'habiller, de se coiffer ou de se comporter en public. J’aide aussi souvent que possible mon épouse dans les travaux ménagers. Je ne cesse de lui répéter la fameuse phrase d’Engels, « l’ennemi de la femme, c’est la cuisine ». J’ai des discussions très chaudes à propos de l’égalité des sexes avec mon fils aîné. En tant que gynécologue en formation, mon fils aîné traite des femmes au quotidien et leur comportement souvent théâtral de parturientes le révolte. J’essaye de le calmer et de le rendre plus compréhensif.

 

Quelles sont les trois valeurs dont vous aimeriez armer votre fille pour en faire une femme libre et moderne?

En fait, je transmets à mes filles quatre valeurs fondamentales : 1) l’esprit critique qui ne doit s’arrêter devant aucun tabou, 2) la foi dans les droits individuels et les libertés fondamentales (comme celle de disposer librement de son corps), 3) l’indépendance économique par rapport aux hommes, 4) le respect de l’autre quelles que soient sa couleur et sa religion.

 

Qu'est ce qui vous insupporte chez vos congénères par rapport à la condition de la femme?

D’abord le fait d’expliquer l’infériorisation de la femme par une pseudo-infériorité naturelle, puis de sacraliser cette infériorisation par le recours à l’islam. Et puis cette complicité masculine mécanique misogyne entre des hommes quand ils se retrouvent entre eux pour parler des femmes. C’est quand des hommes donnent libre cours à leur misogynie patriarcale que je suis le plus dégoûté. Par exemple, quand l’homme croit avoir roulé et/ou vaincu une femme après avoir couché avec elle du seul fait qu’il a couché avec elle. Et c’est également quand des femmes admettent qu’elles ne sont que des femmes, c'est-à-dire inférieures, donc appelées à se soumettre. Ou quand l’une d’elle affirme qu’elle a perdu sa virginité au lieu de dire qu’elle a une activité sexuelle complète, sans hypocrisie. Ou quand elle pense que faire l’amour avec un homme, c’est juste pour lui faire plaisir et que c’est lui seul qui va en profiter…

 

 

 

Comment changer les choses en cinq points ?

 

Premièrement, montrer que le principe de l’égalité des sexes est plus juste que le principe de l’équité. L’équité consiste à donner aux femmes et aux hommes des droits en fonction de leur sexe. Par conséquent, l’équité débouche sur des droits différents, c'est-à-dire inégaux (par exemple, le musulman peut épouser une femme du « Livre » même si elle ne se convertit pas à l’islam alors que la musulmane ne peut pas épouser un homme du « Livre » s’il ne se convertit pas). A l’opposé, le principe de l’égalité des sexes donne les mêmes droits aux deux sexes, sans discrimination aucune.

Deuxièmement, montrer que le principe de l’égalité des sexes est islamisable, à condition de faire de l’ijtihad sans frontières, à condition de rejeter  la lecture patriarcale de l’islam, dominante aujourd’hui ;

Troisièmement, expliquer et vulgariser le plus possible à travers tous les médias le principe de l’égalité des sexes et montrer les bénéfices qu’une société peut tirer de ce principe,

Quatrièmement, instituer une socialisation familiale et scolaire qui fait de l’égalité des sexes le socle sur lequel la personnalité de l’enfant se construit,

Cinquièmement, définir, mettre en œuvre, suivre et évaluer des politiques publiques égalitaires dans 4 domaines principaux : l’accès paritaire à l’éducation, l’accès égal à la santé (sexuelle aussi), l’accès égal à l’emploi, l’accès paritaire à la prise de la décision dans l’espace public (politique) et privé (conjugal).

 

 

Questions éclairs

- Votre modèle féminin? J’en ai trois : Simone de Beauvoir, Ahlam Mostaghanem et Aicha Chenna.

Simone de Beauvoir pour avoir dit que l’on ne naît pas femme, c'est-à-dire inférieure, mais qu’on le devient. C’est capital et c’est le point de départ parce que tant qu’on croit que la femme est inférieure par nature (absence de pénis), rien ne sera fait.

Mostaghanem pour son écriture sensuelle, pour son audace dans le traitement du désir féminin en tant que désir qui s’assume.

Chenna pour avoir osé protéger les mères célibataires, c'est-à-dire pour avoir osé rejeter la sentence « à la fornicatrice la lapidation », pour avoir osé lutter contre la stigmatisation et la marginalisation des mères célibataires. Sans se rendre compte, Aicha Chenna fait envisager aux Marocains la nécessité de donner à la jeune fille célibataire le droit d’être mère. En d’autres termes, il s’agit du droit à la sexualité et à la maternité avant le mariage. Très simplement, j’admire Aicha Chenna parce qu’elle affronte de manière pratique la question des droits sexuels et reproductifs des femmes.

 

- Un pays, selon vous, où les femmes sont reines :

Il n’y a aucun pays où les femmes sont reines. Il y a simplement des pays qui ont reconnu aux femmes les mêmes droits qui sont reconnus aux hommes. Je pense d’abord à l’Union Soviétique qui, en 1918, avait promulgué les premières lois de l’histoire humaines instituant l’égalité des sexes sur les plans social et économique. Et puis, aujourd’hui, les démocraties occidentales, et à leur tête les pays scandinaves, qui ont repris la leçon soviétique à leur manière, et où la condition de la femme est la plus avancée. Cependant, même là, la lutte féministe n’est pas finie.

 

- Qu'est ce qu'on peut jalouser à une femme? A mon avis, les expériences de la grossesse et de l’accouchement… et également la possibilité d’avoir des orgasmes de nature différente, clitoridien, vaginal, cervical… Ce sont là les indicateurs de la supériorité de la femme. C’est parce que l’homme est jaloux de cette supériorité féminine qu’il a toujours essayé de dominer la femme. La femme est toujours sûre d’être la mère de son enfant. Pas l’homme. Aussi l’homme a-t-il toujours mis en oeuvre des mécanismes institutionnels pour prouver et se prouver à lui-même qu’il est le père, qu’il est le plus fort... A titre d’exemple, l’obligation du mariage monogamique (de la femme), la fidélité de l’épouse, la transmission du nom patronymique, la polygynie…

 

 

- Votre côté féminin : tel que construit par une psychologie patriarcale, la spontanéité, l’absence de calcul.

 

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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 13:00

 

عبد الصمد الديالمي يشرح نظرياته في الجنس، وعلى رأسها نظرية الانتقال الجنسي،

طور أيضا مفهوم الانفجار الجنسي في المغرب

لماذا نجرم علاقة جنسية متراضية بين راشدين حين لا تخل بالحياء العام وحين لا تتاجر بالمتعة؟

- ما هو الفرق بين التحرش الجنسي، الاستغلال الجنسي والمعاكسة؟

+ المعنى الاصطلاحي للتحرش الجنسي يكمن في إرادة الحصول على متعة جنسية بفضل استغلال النفوذ في إطار علاقة مهنية، مثلا بين أستاذ وطالبة، بين طبيب وممرضة، مدير شركة وموظفة... هنا يوظف الطرف الذي له سلطة سلطته ليحصل على متعة جنسية لمجرد أنه الرئيس المتحكم في "مصير" "مرؤوسته"، وفي بعض الأحيان مقابل تسامح أو ترقية.  يحيل إذن التحرش الجنسي في معناه الاصطلاحي على الإطار المهني، ويتم فيه وبه استغلال النفوذ. أما ما يقع في الشارع فهو تحرش جنسي بالمعنى اللغوي، ومن الأصح أن نسميه معاكسة. فالرجل الذي يعاكس فتاة في الشارع لا تربطه أية علاقة سلطوية أو معرفة مسبقة بالفتاة، فهو يلتقي بفتاة بالصدفة ويخاطبها بكلمات مؤدبة أو غير مؤدبة أو بحركات أو بصفير، راجلا أو راكبا، ومهما كانت الوسيلة، فإنها معاكسة،إنه يجرب حظه مع أي امرأة لعلها تقبل. أما الاستغلال الجنسي، فيحيل اصطلاحا على توظيف جسد المرأة مقابل مال، أو للحصول على مال عند إجبار المرأة على مضاجعة آخرين بمقابل مادي. بتعبير أدق، يحيل الاستغلال الجنسي على المتاجرة بأجساد النساء (والأطفال).

- هل هنالك اختلافات بين الطبقات الاجتماعية بخصوص فهم وتمثل ظاهرة التحرش الجنسي؟

+ حينما نتكلم عن التحرش الجنسي بالمفهوم الاصطلاحي، لا تطرح إشكالية الاختلاف الطبقي لأنه يتم في إطار مهني، في كل الإدارات وفي كل المقاولات. وفي المنازل أيضا. بالإمكان مثلا أن يتحرش رب أسرة ثري بخادمة منزلية، ونفس الشيء يمكن أن يقوم به رب أسرة في طبقات اجتماعية متوسطة. أما المعاكسة، أي التحرش الجنسي بالمعنى اللغوي، فتختلف فعلا حسب المستوى التعليمي وحسب الانتماء الطبقي وحسب الحي، وتوظف فيها وسائل تختلف من طبقة اجتماعية إلى طبقة اجتماعية أخرى، تختلف المعاكسة  في طريقة الكلام وفي طبيعة الحركات أو النظرات، ويختلف اللباس كما تختلف السيارات.

- ما تأثير التحرش الجنسي والمعاكسة على استقرار المجتمع؟

+ التحرش والمعاكسة شكلان من أشكال العنف ضد المرأة حسب حركة حقوقية ونسائية ترى في هذا العنف عنفا أساسه النوع الاجتماعي (الجندر)، بمعنى أنه يعكس الهيمنة الرجالية في المجتمع الأبيسي. ويتخذ هذا العنف أشكالا متعددة، لغوية (مثل الشتم) وجسدية (الضرب) وجنسية (معاكسة، تحرش، اغتصاب) واقتصادية (منع المرأة من العمل أو الاستيلاء على أجرها) وثقافية (إجبارها على وضع الحجاب أو على التزوج من شخص لا ترغب فيه)... إن العنف سلاح في يد الرجل داخل نظام أبيسي لمراقبة المرأة واستغلالها بشكل عام، طبعا هذا عائق في وجه تحرر المرأة وتنميتها وهو خرق لحقوق المرأة كحقوق إنسان.

في مقابل التحرش، طورت مفهوم الرشوة الجنسية، وأقصد بها توظيف المرأة لجمالها للحصول على شيء لا تستحقه، خدمة أو نقطة جيدة...

- إذا قلبنا الصورة وتحرشت المرأة بالرجل هل تستقيم نفس المفاهيم؟

+ نعم إذا كانت المرأة رئيسة و في يدها السلطة ودعت رجلا إلى الممارسة الجنسية وكان يخضع لسلطتها، فهذا يسمى أيضا "تحرش جنسي". المرأة هنا مثلها مثل الرجل لأنها تستغل نفوذها وتتحرش بمرؤوسها. وهذا نادر. أيضا من النادر أن تمارس المرأة المعاكسة في الشارع، إن المعاكسة عنف رجالي بامتياز إلى حد الآن.

- ألم ترق القوانين المغربية بعد لتجريم المعاكسة؟

+ في المغرب تم إصلاح القانون الجنائي في سنة 2003 لتجريم التحرش الجنسي في معناه الاصطلاحي، أي تجريم استغلال النفوذ الإداري لأغراض جنسية، أما المعاكسة في الشارع فليست مجرمة بعد، ولهذا السبب تضغط الحركة النسائية قصد تجريمها. تعبت النساء من المعاكسة في فالشارع لأنها مس بكرامتها ولأنها تريد أن يفهم الرجل المغربي أن الشارع ملك لها أيضا بالمساواة مع الرجل. في المغرب، لا زال الرجل يعتبر وجود المرأة في الشارع استفزازا له، وهذا منطق "أبيسي" آن الأوان للتخلص منه.

- ألا ترون بأن بعض النساء بلباسهن المثير في الشارع تشجعن على ظاهرة المعاكسة؟

+ هذه ذريعة يوظفها الإسلامويون لكي يقولوا للمرأة عليك أن تحتجبي إذا أردت أن تكوني في الشارع، لكن الدراسات السوسيولوجية تبين كلها أن جميع النساء بدون استثناء المحجبات وغير المحجبات عرضة للمعاكسة. وهنا ينبغي القول أن من الحقوق الأساسية للمرأة هو أن تتواجد في الشارع، لأن الفضاءات العمومية ملك للرجال والنساء بالمساواة دون قيد أو شرط، كأن نربط تواجدها في الشارع بلباس معين. على العكس من ذلك، المطلوب هو تربية النظر، نظر الرجل إلى المرأة. ليس من حق الرجل النظر إلى المرأة أو الحكم على لباسها، من حقها أن تلبس كيف تشاء، ذلك من صميم حريتها. إن النظر المتفحص في جسد المرأة وفي لباسها ضرب من العنف الرجالي. ما الذي يعطي الحق للرجل في النظر إلى المرأة؟ الأخلاق الإسلامية نفسها تقول "النظرة الأولى لك، والثانية عليك"، بمعنى أنه ليس من حق الرجل أن يتفحص النظر في المرأة، احتراما لها ولحريتها. لا حق للرجال (وحدهم) في تنظيم الفضاء العمومي، لا بد من إشراك المرأة الحداثية في تنظيم فضاء عمومي حداثي. لذا، تطالب الحركات النسائية بتجريم كل أشكال العنف التي تريد الحد من حرية المرأة. النساء خرجن للعمل وتتواجدن في كل الفضاءات والأمكنة، في المقاولة، في سيارة الأجرة، في الحافلة، في الشاطئ، في الغابة، في الجامعة، في المستشفى، في السينما، ولا يمكن الاستمرار في تنظيم هذا التواجد بمنطق أبيسي متخلف... من حق النساء استغلال كل الأمكنة العمومية، هذا حق أساسي لتطوير مجتمعنا نحو مجتمع حداثي يقوم على المساواة بين الجنسين (في الحقوق) رغم الاختلاف البيولوجي بين الجنسين. على الرجال أن يقتنعوا بأن تواجد النساء في الأماكن العمومية حق أساسي من حقوق المرأة، وأن إرادة التعبير عن الجمال في الفضاء العام حق أساسي أيضا وتدخل في صميم الحريات الفردية. المطلوب من الرجال الارتقاء إلى أخلاق مدنية حضرية وحضارية تجعلهم قادرين على ضبط النظر وعلى التصرف كمواطنين وليس كحيوانات.

- لكن الرجل من الناحية السيكولوجية يمتلك غريزة جنسية تكبر مع النظر أما المرأة فتتم إثارتها جنسيا من خلال السماع أي كلام الغزل، ربما من حيث هذه الاختلافات النفسية، تعتبر المرأة الشبه عارية أو التي تظهر بعض مفاتنها مستفزة لمشاعر الرجل؟

+ هذه سيكولوجية أبيسية بامتياز تعتبر الرجل حيوانا ينتصب ذكره كلما رأى أنثى، وتعتبر المرأة عورة ينبغي سترها وكائنا غير مهتم بمظهر الرجل. لم تعد هذا السيكولوجية صالحة اليوم لفهم السلوك الجنسي عند الرجل وعند المرأة. لا يتصرفان من حيث هو إنسان لا يتصرف حسب الغريزة. نفس الشيء بالنسبة للمرأة. اليوم، لا بد من إغراء متبادل ومتساوي، بالسماع وبالنظر وبالرائحة، بكل الحواس... المال الرجالي لا يكفي لوحده إلا مع العاملة الجنسية. واليوم هناك موجة كبيرة تبين أن الرجل الحداثي يهتم بمظهره وبجماله لكي ينال الرضا، لكي ينجح مع النساء. العلاقة الجنسية في المجتمع الحداثي تنبثق عن رضا متبادل، إذا لم يتوفر شرط الرضا تكون العلاقة غير أخلاقية، وتتحول إلى اغتصاب وهو الشكل الأقصى للعنف. لا يمكن الاختباء بالغريزة الحيوانية الذكورية المزعومة لنمنع النساء من حرية اللباس ومن التواجد في الشارع ومن المشاركة، فالمرأة لها اليوم الحق في التواجد في المال، في المعرفة وفي السلطة ، وهي حقول رساميل ثلاثة احتكرها الرجل لقرون وساعدته على الإغراء... أكثر مما ساعده الغزل... أليست المرأة أجمل حين تشارك في المال وفي المعرفة وفي السلطة؟ كيف يمكن أن تشارك في هذه الحقول مع تقييد حريتها في الفضاء العام، ومع الاستمرار في اعتبارها عورة يجب سترها؟

- ألا يطرح الرضا أو القبول بين الطرفين، إشكالية المعاشرة الجنسية الغير مؤطرة بشكل قانوني وديني، وبالتالي يطرح صعوبة ضبط العلاقات الجنسية في المجتمع، وهو ما بات ظاهره مقلقة في الدول الغربية مع انتشار ظاهرة "البوي فريند" و"الكورل فريند" وغيرها؟

+ الرضا بين الطرفين، أي غياب العنف والإكراه، يؤسس العلاقة الجنسية الأخلاقية في المنظق الحداثي. كل علاقة جنسية  قائمة على القبول بين الطرفين علاقة قانونية ولا تخلق أي بلبلة في المجتمع الحداثي.  فأساس الحداثة هو الفرد وحريته، إنه مركزها.

- معنى هذا أننا سنشهد في المغرب تحولا إلى علاقة "البوي فريند"؟

+ هذه ظاهرة موجودة اليوم وهي إحدى تجليات الانفجار الجنسي الذي بنيته كمفهوم. من بين معاني الانفجار الجنسي، عجز إطار الزواج عن استيعاب كل الممارسات الجنسية التي تحصل في المغرب. كثرت الممارسات الجنسية غير الزوجية إلى درجة أنها فجرت الزواج كإطار مرجعي، معياري وعملي في الوقت ذاته.  هذا الانفجار الجنسي في تجلياته المتعددة واقع قائم اليوم، نعيشه بشكل واضح رغم لا قانونيته، مما يعني أن هناك طلاق بين القانون الذي يجرم والواقع الذي يبيح، بتعبير آخر، واقعنا متقدم على قانوننا، سواء في صيغته الجنائية أوفي صيغته الفقهية.

- كيف إذن يمكن التعامل مع العلاقة الجنسية المتراضية غير القانونية؟

+ حاليا، العلاقة الغير الزوجية مجرمة فقها وقانونا، لكن تجريمها متخلف عن الواقع. حين يتفق رجل وامرأة غير متزوجين على المتعة الجنسية المتبادلة دون المس بالحياء العام ودون توظيف مال، لماذا سنجرمهما؟ مثل هذه العلاقات في المغرب في تكاثر مستمر، مما دفعني إلي إرادة فهمها كعالم اجتماع دون تقييمها. في هذا الإطار، أسست نظرية سوسيولوجية بسطتها في كتابي الذي نشر سنة 2009 (في بيروت، دار الطليعة)، عنوانه "سوسيولوجيا الجنسانية العربية".

- ماذا تقول هذه النظرية؟

+ أسميتها نظرية "الانتقال الجنسي"، مفادها التمييز بين ثلاثة مراحل كبيرة في العلاقة بين الجنس والدين:

* تتميز المرحلة الأولى بكون المعايير الجنسية دينية وبكون السلوكات الجنسية دينية أيضا (أي زوجية بالأساس).

* المرحلة الثانية: تتميز باستمرار دينية المعايير الجنسية وبعلمنة السلوكات الجنسية، بمعنى أنها تخضع لأخلاق مدنية.

* المرحلة الثالثة: ميزتها علمنة المعايير الجنسية وعلمنة السلوكات الجنسية، مما يعني استقلال الحقل الجنسي (كحقل عمومي تنظمه الدولة) عن الدين. وهي مرحلة بلغها الغرب، هناك، المعايير الجنسية (العمومية) معلمنة والسلوكات الجنسية معلمنة كذلك، مع الاحتفاظ للفرد بحقه في تبني معايير وسلوكات جنسية دينية في حياته الخاصة دون أن يسعى إلى تحويلها إلى نظام عام. الدولة المدنية لا تعمل بالقوانين الدينية لأنه لا يمكن فرض هذه القوانين على كل المواطنات والمواطنين.

المغرب يتواجد في المرحلة الثانية والتي أسميتها بـمرحلة "الانتقال الجنسي". فنحن في طور انتقال جنسي، لدينا معايير جنسية دينية "أبيسية"، أما السلوكات الجنسية فبدأت تنسلخ عن الدين، الدين مثله مثل الزواج أصبح عاجزا عن استيعاب كل السلوكات الجنسية التي تميز المجتمع الحداثي. إذن، لدينا ظاهرة "البوي فريند" و"الكورل فريند" كمظهر من مظاهر الانفجار الجنسي. هنالك عوامل كثيرة تتحكم في هذا التحول وأجمل كل ذلك في عبارة "التحديث الجنسي"، الجنس عندنا أيضا في طور التحديث، لماذا نقبل الحداثة السياسية والفكرية والاقتصادية... ولا نقبل الحداثة الجنسية؟ لماذا نعتبر التحديث السياسي (الديمقراطية) شيئا إيجابيا ونعتبر التحديث الجنسي (أخلاقية العلاقة الجنسية الراشدة المتراضية) شيئا سلبيا؟ إن الحداثة نظام واحد يشمل ويسري على كل قطاعات الحياة العامة... في بلادنا تحديث الجنس متعثر مثله في ذلك مثل التحديث السياسي، بل هو متعثر بسبب تعثر التحديث السياسي.

- هل وضعتم لهذه النظرية محددات زمنية؟

+ من الصعب أن نحدد لها زمنا لكننا يمكن أن نقول بصفة عامة أن المرحلة الأولى أي دينية المعايير والسلوكات  الجنسية تحيل على ما قبل الحداثة، أما حين ندخل إلى حداثة حقيقة فإننا سندخل في المرحلة الثالثة، أي سنبلغ مرحلة علمنة المعايير والسلوكات الجنسية، في المغرب لم ندخل بعد مرحلة حداثة حقيقية، لا زلنا متعثرين، الانتقال يطال الحقل السياسي والاقتصادي والفكري، ويطال طبعا الحقل الجنسي أيضا.

 +++++++++

 

 

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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 21:07

حوار أجرته معي جريدة "الأيام" في غشت 2011

 

 هل يمكن الحديث عن وجود عنف نسوي ضد الرجال في المغرب؟

كيف يمكن أن أقدم جوابا علميا على هذا السؤال مع غياب معطيات ميدانية؟ إنها مشكلة عالم الاجتماع في المغرب. إنه مشكل افتقار البحث العلمي للشروط والإمكانيات الضرورية. حينما تتوفر هذه الإمكانيات، فإنها تتوفر للإدارة، وهذا ما حصل في الدراسة الوطنية المتعلقة بعنف الرجال ضد النساء. ورغم أهمية هذه الدراسة، فإنها تعكس المنظور السائد حاليا، أي التركيز على عنف الرجال ضد النساء. أما عنف النساء ضد الرجال، فمغيب علميا في المغرب، مما لا يسعفني على الإجابة عن سؤالكم بشكل علمي دقيق...

انطلاقا من هذه الملاحظة الجوهرية، أفترض أن العنف النسوي ضد الرجال في المغرب شيء موجود، وأفترض أيضا أنه موجود بنسبة أضعف بالمقارنة مع العنف الرجالي ضد المرأة. وهو أيضا عنف أقل ظهورا وأقل تداولا إذ لا يروجه الخطاب اليومي، فهو عبارة عن حادثة سير تقع بشكل ناذر في المجتمع المغربي الأبيسي الذي هو مأسسة لعنف الرجل ضد المرأة.

فعلا، إن العلاقة بين المرأة والرجل في النظام الأبيسي الذكوري علاقة عنف، أي علاقة سيد (الذي هو الرجل) بعبد (الذي هو المرأة)، لدرجة أن المرأة ترى في تعنيفها من طرف الرجل شيئا طبيعيا ومشروعا. الأبيسية في ذاتها وبذاتها شرعنة عنف الرجال ضد النساء. لذلك يظهر تعنيف المرأة للرجل في النظام الأبيسي نشازا لا مكان له. ومن ثم الصمت حوله حين يقع.

طيلة قرون، كانت النساء تقبل العنف الممارس عليهن، فلا هن يصرحن به ولا هن ينددن به لأنه كان يدرك كآلية من آليات اشتغال العائلة الأبيسية والحفاظ عليها وإعادة إنتاجها. ويشكل قبول عدم التصريح بالعنف عنفا ثقافيا مستبطنا من طرف المرأة الضحية. والأمر أخطر فيما يخص عنف المرأة ضد الرجل. فمن باب شبه-المستحيل أن يصرح الزوج بالعنف الذي يمارس عليه من قبل زوجته لأن في ذلك التصريح اعتراف بنقص في رجولته، أو بضعفه على الأقل. إن الرجل المعنف من طرف امرأة يتوقف عن إدراك نفسه كرجل، ولذلك فإنه يعمل على إخفاء هذا العنف الممارس عليه بكل الوسائل كي لا يشعر أنه فقد رجولته أمام الآخرين. إن نظرة الآخر للرجل المعنف من طرف امرأة نظرة قاتلة. الرجل المعنف يموت كرجل. أبيسيا، الإشهار المقبول للعنف هو إشهار العنف الرجالي، والافتخار به دليل على الرجولة. لذلك، من المتعذر أن تحتل هذه الظاهرة مكانا في الحديث اليومي. من ثم ضرورة بحث ميداني علمي، لكن البحث السوسيولوجي ينتج عادة عن طلب من إدارة أو مقاولة أو منظمة أو جمعية (الرجال ضحايا العنف مثلا)، وما من جهة اليوم في المغرب تود تشخيص وقياس هذه الظاهرة. لا أحد يرى فيها، في حالة التأكد من ارتفاع تكراريتها، مؤشرا إضافيا على أزمة الأبيسية.  

 

ـ هل العنف خاصية رجالية؟ ألا تمارس المرأة العنف ضد زوجها؟ ألم تقرؤوا عن الزوجات اللواتي ضربن أزواجهن بطرق مخيفة؟ ما هي الأسباب التي تدفع الجنس اللطيف لممارسة العنف؟

ـ ما تقولونه موجود بلا شك، لكن النظام الأبيسي يربط العنف بالرجولة بالنظر لتعريف هذه الأخيرة بسمتين أساسيتين هما التفوق العضلي والقدرة على الكسب والإعالة.، هاتان الخاصيتان الأبيسيتان المحددتان للرجولة الأبيسية تمكنان الرجل وتسمحان له من تعنيف المرأة بدنيا وإخضاعها اقتصاديا. ولا يتوقف الأمر هنا، بل تتولد أشكال أخرى من العنف الرجالي، وأقصد بها العنف الجنسي والعنف اللفظي والعنف النفسي العاطفي. إن تاريخ المرأة هو تاريخ اضطهادها كما كتب ذلك هيربر ماركيوز Marcuse  . في المجتمعات الإسلامية،  يجد العنف الرجالي سندا قويا في القرآن وبالضبط في الآية التالية: "واللاتي تخافون نشوزهن فعظوهن واهجروهن في المضاجع واضربوهن فإن أطعنكم فلا تبغوا عليهن سبيلا". وقد حاول الفقهاء تلطيف حق الزوج في تعنيف الزوجة من أجل تطويعها عندما شددوا على أن لا يكون الضرب مبرحا، أي أن لا يكون مؤلما وأن لا يترك آثارا ظاهرة على الوجه بالخصوص.

 نظرا لكل هذه الاعتبارات التي ترسخت في اللاشعور الأبيسي، لا شعورنا الجمعي لا يزال أبيسيا رغم التحديث بل هو المستوى الذي يقاوم الحداثة أكثر من غيره في الشخصية القاعدية،  فإننا نندهش حينما نتحدث عن تعنيف المرأة للرجل. وهي الدهشة التي بدأت تزول تدريجيا أمام تسجيل تصاعد وتيرة العنف النسوي ضد الرجال حسب بعض الدراسات الريادية في كندا مثلا.

إن الدراسات السوسيولوجية التي أجريت في دول غربية تشير إلى أن الشكل السائد للعنف النسوي ضد الرجل هو عنف لغوي نفسي، من قبيل الإهانة والشتم والسب والتحقير والتشكيك في الرجولة والفحولة... كما أثبتت هذه الدراسات أن المرأة تمارس أيضا عنفا بدنيا فيزيقيا كالعض والخبش والضرب بالأواني واستعمال الأدوات الحادة ... ويمكن للمرأة أن تستغل نوم الرجل لتمارس عليه عنفا بدنيا يذهب إلى حد بتر ذكره أو قتله...

أولا، يمكن تفسير العنف النسوي انطلاقا من المنطق الأبيسي نفسه. فجزء كبير من العنف النسوي يقوم على اتهام الزوج بعدم القيام بواجباته كزوج، أساسا حينما يفقد الزوج قدرته على  الإنفاق أو على إرضاء الزوجة جنسيا. في هاتين الحالتين، يفقد الزوج سلطته ويصبح قابلا للتعنيف بكل الأشكال، بما فيها العنف البدني. هنا يفقد الزوج مكانته السيادية، أي يفقد رجولته وكل الامتيازات والسلط المرتبطة بها أبيسيا. أيضا، حين تكون الزوجة هي المعيل الرئيسي للأسرة إذا كان الزوج عاطلا عن العمل، أو حين تكون الزوجة أكثر ثراء من الزوج، فإن ذلك يؤهل الزوجة لممارسة العنف على زوجها. لكن في هذه الحالات نفسها، حالات عجز الزوج أو دونيته، يلجأ بعض الرجال إلى تعنيف الزوجة بدنيا، وفي ذلك تعويض للقدرة على الباءة بالقدرة على التعنيف (البدني بالخصوص) من أجل فرض رجولة لا تقبل أن تساءل ولا أن يعاد النظر في سيادتها بغض النظر عن وضعها الاقتصادي الهش.

 لذا لا بد من الحديث عن عوامل إضافية تفسر العنف النسوي مثل ضعف شخصية الرجل أو شعوره بالذنب أو حالته النفسية من جراء تناول كحول أو مخدرات. إنها عوامل توطد الشعور بالعجز والنقص عند الرجل. باختصار شديد، حينما تحس المرأة أنها تملك امتيازا اقتصاديا أو اجتماعيا أو اعتباريا، فإنه يسهل عليها تعنيف زوجها من خلال شتمه أو صفعه أو ضربه.

ثانيا، هناك عوامل أخرى تحيل على أزمة الأبيسية نفسها، وتفسر بدورها العنف النسوي. فهناك تزعزع الاقتناع بشرعية العنف الرجالي. فعلا، تعني الحداثة أن الأبيسية تفقد مشروعيتها باعتبارها نسقا لا عقلانيا يتميز بالتمييز الجنسي وباللامساواة. انطلاقا من هذا الاهتزاز، تبنت المرأة منطق قصاص مفاده "العنف بالعنف"، بعد أن كانت تواجه العنف الرجالي بالكيد والحيلة والسحر والخيانة... بتعبير آخر، يمكن القول أن جزء من العنف النسوي دفاع عن النفس أو انتقام من رجل معنف،  خصوصا عندما يكون للمرأة دخل قار وحينما تساهم في النفقة وحين يعترف المجتمع بالمساواة بين الجنسين. فأمام خيانة الزوج مثلا، لا تبقى المرأة الحداثية مكتوفة الأيدي لأنها لم تبق مقتنعة بحق الرجل في التعدد، الزوجي وغير الزوجي. في هذه الحالة، تلجأ الزوجة إلى تعنيف زوجها وهي مقتنعة بمشروعية تعنيفها له.

خلاصة القول، إما أن العنف النسوي خلل "مرضي" في مجتمع أبيسي لا يقوم فيه الرجل بوظائفه التقليدية فيفقد رجولته وهو ما يحوله إلى "امرأة" قابلة للنعنيف، وإما أن العنف النسوي ظاهرة "صحية" جديدة في مجتمع جديد يقوم على المساواة بين الجنسين وعلى منطق القصاص، السب بالسب والضرب بالضرب والخيانة بالخيانة...

 

ـ طيب، هل العنف ضد الرجال يوجد في الدول المتقدمة أم أنه مرتبط بالفقر والجهل فقط؟

ـ هذا سؤال مهم جدا، وله في اعتقادي جوابان يسيران في اتجاهين مختلفين.

أما الجواب الأول فمفاده أن العنف الزوجي المتبادل ظاهرة متواجدة في كل المجتمعات دون استثناء وفي كل الطبقات الاجتماعية دون استثناء.  إنه جواب لا يخلو من صواب. وهو جواب مستقى من الدراسات النسائية التي تقر أن عنف الرجال ضد النساء يخترق المجتمع كله ويهم كل الرجال وكل النساء. اليوم وكما سبق أن قلت، أثبتت بعض الدراسات أن الرجال أصبحوا ضحية عنف نسوي متكرر بل وبنيوي. وهو العنف الذي يخترق بدوره المجتمع كله ويهم الكل. ما العمل أمام هذا الطرح؟ كيف يمكن معالجة العنف الزوجي في هذه الحالة؟ أية ثورة ينبغي القيام بها؟ وضد من؟ هل هي ثورة المجتمع الحداثي ضد المجتمع الما-بعد التقليدي؟ لكن إذا كان هذا الأخير يتميز بتكررارية عالية لعنف الرجال، فإن المجتمع الحداثي ينتج بدوره عنف النساء بالجملة وتقريبا بنفس التكررارية التي لا زال ينتج بها عنف الرجال.

ينطلق الجواب الثاني من ضعف الجواب الأول الذي لا ينصت جيدا إلى الواقع وإلى التباينات الموجودة بين الطبقات الاجتماعية، بين المدينة والبادية، بين المتعلمين وغير المتعلمين، ثم بين الدول الديمقراطية المتقدمة والدول غير الديمقراطية المتخلفة... لنأخذ مثال عامل الفقر مثلا. فهو عامل يفسر تعنيف الزوج لزوجته ولتعنيف الزوجة لزوجها. بصدد هذا العامل، يبين الدرس السوسيولوجي أن نسبة العنف الزوجي في الأوساط الفقيرة أعلى من نسبة العنف في الأوساط الغنية. ثم إن اللجوء إلى العنف البدني أكثر تكرارية في الأوساط الفقيرة. المثقف أيضا يمكن أن يعنف زوجته لأنه ليس ملاكا، والمثقفة كذلك غير منزهة عن ممارسة العنف، لكنني أفترض أن المثقف يمارس العنف البدني بشكل أقل بالمقارنة مع الفلاح أو العامل. من القوانين السوسيولوجية العلمية القول بالترابط بين الأوساط الفقيرة والشعبية وبين ارتفاع تكرارية العنف البدني.

إذن لا يكفي القول أن العنف الزوجي يخترق كل الطبقات وكل الأوساط، فهو قول لا يصف الواقع بدقة ولا يفرز بدقة دور بعض العوامل ولا يمكن من المقارنة. كل ذلك يفضي إلى استحالة سن سياسات عمومية ملائمة. أية سياسية عمومية يمكن سنها إذا أقررنا أن العنف الزوجي المتبادل يخترق كل الأوساط وكل المجتمعات بغض النظر عن مستوى تطورها؟ أما إذا اكتشفنا دور الفقر في إنتاج نسب أكبر من العنف وأشكال أخطر من العنف، أو إذا اكتشفنا أن الأمية تقوم بنفس الدور، آنذاك يتحتم على صانع القرار أن يحارب الفقر والأمية من خلال سياساته العمومية. أيضا، يلعب تعريف الرجولة دورا أساسيا في انتشار عنف الرجال. فالتعريف الأبيسي للرجولة يجعل من العنف إحدى صفاتها الأساسية. فكلما كان المجتمع متخلفا، كلما ساد هذا التعريف للرجولة، وكلما نما وتدمقرط المجتمع، كلما تراجع ذلك التعريف وكلما يتم الفصل بين الرجولة والعنف، وبين المرأة والطاعة والخنوع.

من جهة أخري، لا بد من الإقرار أن النساء في الدول المتقدمة أكثر عنفا ضد الرجال بالمقارنة مع النساء في دول الجنوب. لماذا؟ لأن المرأة في الغرب نالت معظم حقوقها وحصلت على استقلالها الاقتصادي، فهي على قدم المساواة مع الرجل بل ويمكن أن تستغني عن الرجل وعن الزواج. لذلك، يسهل عليها تعنيف الزوج عملا بمنطق القصاص المساواتي. أما في حالة الزوج المغربي le couple  ، فإن تعنيف الرجال للنساء أكبر حجما من تعنيف النساء للرجال نظرا لمستوى تطور المغرب، فمعظم الزوجات ربات بيوت تابعات للزوج من كل الجوانب، خصوصا من الناحية الاقتصادية، ولذلك يصعب عليهن      الجهر بالعنف الممارس عليهن، وبالأحرى ممارسة العنف على أزواجهن. كلما استقلت المرأة اقتصاديا كلما كانت قدرتها على تعنيف الرجل أكبر، وكلما انخفضت إمكانياتها الاقتصادية كلما قلت قدرتها على تعنيفه، وارتفعت إمكانية تعنيفها من طرف الرجل. كلما استقلت المرأة اقتصاديا كلما تعرض أساس الترتيب الأسري الذي أفرزه النظام الأبيسي للانكسار، وكلما أصبح العنف متبادلا بين الزوجين، وأصبحت الأسرة مستحيلة وارتفعت  نسبة الطلاق وارتفعت نسبة العزوف عن الزواج وتكاثرت الوحدات السكنية ذات الفرد الواحد. وهذا ما يحدث بالضبط في الغرب، وهذا ما بدأ يحدث في المغرب لأن المرأة المغربية، ضحية العنف الرجالي لقرون طويلة، تستفيق اليوم من سباتها الأبيسي. إنها تنتقل من عنف أبيسي مضاد يحارب الرجل باسم أنوثة أبيسية إلى عنف قصاصي مساواتي يحارب الرجل باسم أنوثة جديدة تؤمن بالمساواة (في الحقوق، في كل الحقوق) مع الاحتفاظ باختلافها وخصوصيتها.

نهاية القول، أعتقد أن نهاية العنف بين الجنسين لن تتحقق إلا بتحقق المساواة الكاملة بينهما على أرض الواقع، وهذا مشروع يحتاج تحقيقه إلى اقتناع عميق بمبدأ المساواة... من طرف الطبقة الجنسية السائدة، أي طبقة الرجال... ومن طرف النساء أيضا لأن الإيديولجيا الأبيسية ككل إيديولوجيا لا تنجح بدون اقتناع ضحاياها بها...

 

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1 octobre 2011 6 01 /10 /octobre /2011 01:37

Sociologie du port du voile

 

Extrait de mon livre « Logement, sexualité et islamisme », Casablanca, EDDIF, 1995, pp. 265-267 et 282-293.

 

 

Dévoilement/Revoilement, du développement à l’identité

 

Au lendemain de l'indépendance et dans le sillage de la lutte pour la libération nationale, la femme marocaine a affronté la question du voile et de la mixité. La construction d'un Maroc moderne pris dans le paradigme du développement ne pouvait se faire dans le cadre d'une société scindée en deux mondes, celui de la femme qui doit rester confinée dans les espaces domestiques intérieurs et celui de l’homme seul maître et possesseur de l’espace public. La consommation de l'espace public par la femme obéissait à un code et n'était par conséquent ni libre ni totale. Les forces nationalistes, soucieuses d'insérer la femme en tant que sujet dans le processus du développement, devaient livrer une bataille contre la division sexuelle de l'espace. Il fallait dissocier entre Islam et réclusion des femmes. Dans ce sens, et dès 1952, Allal el Fassi écrivait : "la femme voilée n'est pas moins exposée que la femme dévoilée au danger de la prostitution"[1]. Il allait plus loin en accusant la séparation des sexes d'être responsable de l'homosexualité masculine et féminine[2], et en reconnaissant que les emplois donnés à la femme en URSS sont complètement venus à bout de la prostitution[3]. Reprenant ces orientations du maître à penser du réformisme marocain,  Souad Balafrej publie un article intitulé : "Le voile : source de mystère et de poésie... ou symbole de servitude"[4]. Le dilemme est caractéristique de l'époque, mais elle y adopte une vision moderniste sans ambiguïté : "devant une situation nouvelle, il faut une attitude nouvelle. Est-il logique qu'elle reste voilée, cette jeune fille qui passe sa journée sur un banc d'école... Le voile était bon pour l'être mineur et irresponsable d'autrefois; pour l'être normal et actif qu'implique la vie moderne, il est inutile et même dangereux"[5].

La bataille du voile est symbolique car elle a traduit la nécessité historique de l'irruption de la femme, en tant que force productive, dans l'espace public réservé traditionnellement à l’homme. Certes, une approche simpliste voit dans cette irruption une rivalité négative entre l'homme et la femme, mais une lecture plus avertie montre la nécessité de la participation de toutes les potentialités à l'oeuvre de la construction nationale. Le voile n'est plus alors perçu comme un signe de résistance à la colonisation[6]. S'en libérer, c'est se libérer de l'image patriarcale de la femme au foyer, objet de plaisir et "coffre à grossesses" selon l’expression de l’écrivain Driss Chraïbi.

La défaite arabe de Juin 1967 est défaite d’un panarabisme à tendance séculière. Elle signe le commencement d'une ère nouvelle marquée par un retour islamiste aux sources, à une identité arabo-islamique définie comme a-historique, intemporelle, surtout après le choc pétrolier (1973) et la révolution iranienne (1979). Le voile redevient un marqueur d'identité, d'une identité qui refuse la modernité en la confondant avec l’Occident. Dans la logique islamiste archétypale, la mixité sans l'observance des frontières entre les sexes conduit au désordre et à la luxure, elle est un retour à la Jahiliya, à l'ignorance (préislamique). Certes, il ne saurait être question, pour l’islamisme, de revendiquer le retour pur et simple de la femme au foyer. La réclusion de la femme semble être définitivement révolue, même là où l'islamisme est au pouvoir, même là où l’Etat se passe de l’apport économique du travail féminin. L'islamisme insiste sur la nécessité prophylactique d'une organisation de l'espace fondée sur le port du voile. Celui-ci retrouve en quelque sorte la fonction qu'il avait dans les médinas islamiques, il permettait à la femme de consommer l'espace public tout en préservant la sacralité des frontières sexuelles.

Comment se situe-t-on par rapport à ces thèses islamistes de l'évitement des sexes et du port du voile?

 

Attitudes sociales à l’égard du voile

 

Pour rendre la mixité moins nocive, non destructrice des valeurs islamiques traditionnelles, les différents mouvements intégristes prônent le port du voile afin que la présence des femmes dans l'espace public ne soit pas un facteur d'intoxication sexuelle. Le port du voile est considéré comme "l'arme du combat actuel" contre l'éthique sexuelle occidentale.

Comment la population marocaine perçoit-elle aujourd’hui le port du voile ? Est-il considéré comme une obligation religieuse pour la femme? La femme voilée est-elle la seule à mériter le respect (des hommes)? La femme voilée est-elle la musulmane véritable?

Près de 70 % estiment que le voile est une obligation religieuse pour la femme. Selon la logique islamiste, la question ne devrait pas être posée en termes d'opinion publique, eu égard à l'existence de textes référentiels législateurs en la matière. La question du voile est, toujours selon eux, une question de ‘ilm, de savoir, une occasion de distinguer entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas. Cette logique islamiste, simpliste et manichéenne,  ne signifie pas que la question est  tranchée au niveau du savoir. Les textes référentiels en la matière sont l'objet de controverses multiples et font de la question du voile une question d'opinion.

Au niveau des pratiques, il y aurait à distinguer entre trois attitudes principales : une première attitude qui estime que le voile est un devoir et qui l'observe, une deuxième attitude qui est convaincue de son obligation mais qui ne débouche pas sur une pratique correspondante, une troisième attitude qui considère que le voile n'est pas du tout une obligation religieuse. Cette dernière attitude ne saurait être taxée d'ignorance. Elle est une opinion/option islamique au même titre que les autres. Le fait que la majorité soit favorable à considérer le voile féminin comme une obligation religieuse traduit uniquement une conformité littérale au texte, une volonté de se donner une sorte de sécurité dans une période anomique marquée par la recherche fébrile d'une identité. Il est par ailleurs normal que le littéralisme soit prépondérant dans la lecture du Coran, vu le niveau socio-économique et intellectuel de la population marocaine, relativement bas. Pour cette raison, il nous semble que cette majorité est également l'expression indicielle d'un besoin du voile comme d'un besoin social dominant. C'est la force de ce besoin social qui détermine la force du conformisme.

Chez l'homme, le manque de confiance en la femme (et en soi) conduit à revendiquer le port du voile comme un besoin de se protéger et de protéger la communauté. Le retour au voile est, magiquement, retour au contrôle du corps féminin par le mâle et, par conséquent, retour du pouvoir mâle. Chez la femme, le besoin du voile  renvoie à une demande plurielle plus complexe. Mais soulignons d'abord cette proportion de femmes plus grande, en comparaison avec celle des hommes, à  voir dans le voile une obligation religieuse : 74,2 % contre 64,6 %. Est-ce là le signe d'une plus grande aliénation féminine? D'une absence de conscience sexuelle? Hypothèses féministes par excellence. Ces pourcentages, forts, débouchent dans un premier temps sur la nécessité de dissocier entre le voile et l'islamisme. Considérer le voile comme une obligation religieuse ne signifie pas mécaniquement que l'on soit islamiste. Car le nombre des femmes et des hommes qui voient dans le voile féminin une obligation religieuse déborde largement la proportion du groupe islamiste. Le musulman culturel, sociologique, le moins pratiquant et le plus commun, le moins censeur, est susceptible lui aussi de voir dans le voile une obligation religieuse.

Dans un deuxième temps, il est possible d'avancer que les motivations inconscientes de cette attitude, par delà une volonté officielle de conformité au Coran, relèvent de l'histoire, de la sociologie et de la psychologie. Autrement dit, la sacralisation du port du voile est, en dernière analyse, la justification idéologique d'un besoin psychosocial polymorphe. Tour à tour, le voile est révélation, délivrance, refuge, ou cache-laideur, cache-misère (Belhassan[7]). Dans la même ligne, H. Taarji le considère comme un moyen d'asexuer la femme, de nier la spécificité (et la beauté) du corps féminin[8]. Le port du voile ne traduit-il pas justement cette incapacité socioéconomique de suivre un tant soit peu les exigences du marché de la mode féminine ?

Expliquer la sacralisation populaire du port du voile par des considérations psychosociales débouche sur la corrélation entre islamisme latent et  couches populaires. Mais qu’advient-il, au niveau de l'interprétation, si l'on découvre que les couches privilégiées ont elles aussi  la même attitude? Cela reviendrait-il à reconnaître que le port du voile ne traduit pas uniquement la misère? Cela imposerait-il de s'acheminer vers une corrélation islam/voile, ce qui confirmerait la position islamiste et ferait de l’islamisme une idéologie qui traverse toutes les classes sociales ?

Les résultats obtenus montrent que, dans l'ensemble des quartiers de Fès, la majorité absolue voit dans le port du voile une obligation religieuse. Cependant, le quartier le moins favorable au caractère obligatoire du voile est justement Triq Mouzzer, le quartier le plus riche de Fès. Là, on est forcé de reconnaître l'impact de la condition sociale dans la réception du texte sacré, et d'admettre le rôle du standing social dans la production d'une religiosité plus ouverte, moins rigide.

Dans le même sens, plus le niveau d’instruction est élevé, moins on est littéraliste dans l’interprétation des textes sacrés. Les résultats confirment cette hypothèse. En effet, parmi les analphabètes, 76,1 % considèrent le voile comme une obligation alors que parmi ceux qui ont un niveau universitaire, ce pourcentage descend à 62,6 %. Entre ces deux extrémités, nous trouvons le niveau primaire avec 75,1, % et le secondaire avec 68,2 %.

L'approche psychosociologique, participant d'un impensé féministe, voit donc dans le voile une conduite significative d'autre chose que de la foi et de la piété. C'est une analyse qui est en même temps un acte d'accusation, de soupçon au moins. L’interprétation psychosociologique du port du voile comme compensation est reprise par les islamistes, mais ils la tournent à leur avantage : le port du voile, fut-il compensatoire, est un acte de résistance à l'aliénation occidentale, et de rébellion contre la mode. Le retour au voile chez les femmes islamistes par exemple est le signe d'un engagement religieux de type nouveau, qui, au lieu de marginaliser la femme, lui donne le droit de lire le Coran (et de le comprendre à sa manière) et de dire la Loi. Selon Herzbrun[9], le voile, au dire des femmes islamistes elles-mêmes, les libère de l'interprétation phallocrate dominante du Coran d'une part, et de l'humiliation occidentale d'autre part.

Bien entendu, la conformité littérale aux textes varie lors de la comparaison entre les islamistes et les non-islamistes. Les premiers sont beaucoup plus nombreux à dire que le voile est une obligation religieuse : 93,5 % parmi les islamistes contre 68,5% parmi les non-islamistes.

Cependant, si le port du voile est aux yeux de la majorité des islamistes une obligation légale, cette majorité n'est plus que de 45,1 % pour alléguer que le voile est suffisant pour définir la musulmane véritable. Si le port du voile comme question doctrinale ne les embarrasse pas, il leur fait perdre leurs certitudes en tant qu’indice définitionnel de l’islamité de la femme. C'est là une question qui les embarrasse car ils sont conscients de l'utilisation du voile à des fins autres que religieuses. Cela pousse également 22,5 % d'entre eux à suspendre leur jugement, à hésiter. En reconnaissant qu'il n'est pas une preuve suffisante de religiosité, les islamistes cautionnent ainsi l'approche soupçonneuse, celle de la sociologie. En admettant que le port du voile peut être un geste théâtral, faux, ils cautionnent eux-mêmes la possibilité d'un voile machiavélique, voire d’un islamisme machiavélique.

Les islamistes ne sont pas les seuls à détecter dans le port du voile une forme de la ruse féminine, un signe d'hypocrisie sociale, un acte intéressé. Car 71,3 % des non-islamistes  disent également que la femme voilée n'est pas nécessairement la musulmane véritable. Pour les non-islamistes, c’est là une manière d'affirmer la possibilité légale d’un islam sans port de voile. Cette majorité des non-islamistes refuse de réduire l'identité religieuse de la femme au port du voile. Etre voilée ou dévoilée, là n'est pas la preuve (pour savoir si la femme est musulmane véritable ou non).

Néanmoins, une personne sur cinq (20 %) affirme que le voile est une preuve de l'islamité véritable de la femme. Et une majorité relative des islamistes (45,1 %, contre 20,6 % chez les non-islamistes) affirme que le voile est un marqueur de l'identité de la musulmane véritable. Nous avons là une belle preuve de l'attitude antispiritualiste, matérialiste en quelque sorte, de l'islamisme. Pour celui-ci, l'Islam est réductible à un comportement extérieur et observable, matériel (voile, barbe, prière, pèlerinage...). L'islamisme est, pour l'Islam, ce qu'est le behaviorisme pour la psychologie; tous deux produisent un "objet" sans conscience et sans intériorité. Car l'islamisme s’adresse à un individu encore prisonnier des problèmes sociaux de survie, et qui vit sous le regard censeur des autres. L'Islam intérieur, spiritualiste et individualiste, en rupture avec le pouvoir, avec les choses, reste une voie mineure et marginale, impopulaire et non généralisée. Cette voie n'est pas la voie des islamismes au pouvoir, ce n'est pas une voie érigée en modèle islamique contemporain dominant.

La variable "quartier de résidence" ne dégage pas à son tour un quartier dont une majorité se démarque par une attitude claire qui réduit l'islamité de la femme au voile. C'est au Lidou que l'on trouve la plus grande fréquence relative de cette attitude, mais celle-ci ne touche que 36 % de gens en fin de compte. A Triq Mouzzer, elle est beaucoup moins répandue (10,1 %). Les autres quartiers sont situés entre ces deux extrêmes. Cela signifie que, dans tous les quartiers, la majorité adopte une attitude qui dissocie entre le voile et l'islamité véritable de la femme. Une femme dévoilée peut, selon la logique de cet islam vécu, être plus musulmane qu'une femme voilée, plus croyante et plus sincère.

Cependant, même si le port du voile n'est pas une preuve suffisante de l'islamité réelle de la femme (selon la majorité), une majorité de 60,6 % pense que le port du voile conduit au respect de la femme. A ce propos, les hommes sont plus nombreux (que les femmes) à affirmer que le voile conduit au respect de la femme (63,7 % contre 58 %). Il en est de même pour les islamistes par rapport aux non-islamistes (87 % contre 59,4 %). Les divorcés et veufs (70,6 %) sont également plus nombreux à exprimer cette attitude, en comparaison avec les mariés (61,6 %) et les célibataires (57 %). Même parmi la tranche des 15-29 ans, une majorité absolue de 55,1% adopte ce point de vue. Dans les autres tranches d'âge, les majorités sont plus fortes. Dans chaque quartier enfin, sans exception, la majorité absolue estime que le port du voile conduit au respect de la femme.

L'examen des trois items relatifs au port du voile (le voile/obligation religieuse, le voile/islamité de la femme, le voile/respect de la femme) révèle en dernière analyse que l'attitude générale de la population  reste positive à l’égard du voile. Certes, le voile n'est pas considéré comme un signe d'islamité véritable de la femme, mais on tend à le considérer comme une obligation religieuse, et surtout comme une condition de respect de la femme.

En conclusion, pour la population de Fès, c'est une société sexuellement ségréguée qui mérite le respect et qui mérite d'être défendue. La mixité telle qu’est vécue actuellement est considérée comme quelque chose d’immoral et de pervers. Elle n'est pas vécue sur le mode du respect mutuel entre les sexes, elle permet et favorise la "drague", le harcèlement, le viol... Or "l'anthropo-logique" dominante, tout en n'étant pas islamiste en acte, considère que toutes les femmes non-voilées sont « draguables » dans l’espace public, et ne méritent pas le respect. Cette attitude représente une forme d'islamisme latent, un socle anthropo-psychique favorable au développement effectif de l'intégrisme, sexuel en particulier.

La mixité et le dévoilement, liés initialement à la problématique du développement national, ont fini par devenir, pour le sens commun, synonymes de débauche et de luxure. La conscience populaire finit alors par revendiquer le retour aux frontières spatio-sexuelles, en tant que mécanismes de défense (inconscients) contre une mixité moderne inaccessible, donc agressive et anxiogène.

Une question finale cependant : les femmes non-voilées sont-elles les seules à être un objet de harcèlement sexuel ? Rien n’est moins sûr. Elles le sont aussi. Plus loin encore, 12% des femmes voilées interviewées dans le cadre de notre enquête ont reconnu avoir eu des relations sexuelles avant le mariage alors qu’elles portaient déjà le voile.

 

 

 



[1] A. El Fassi: L'auto-critique, Dar El Kitab, Rabat, 1979, 4ème édition, p. 272 (en arabe).

 

[2] Ibid. p. 272.

[3] Ibid. p. 274.

 

[4] S. Balafrej : " Le voile : source de mystère et de poésie... ou symbole de servitude", Al Istiqlal, 10 Août 1956 (en arabe).

 

[5] Ibid.

[6] Le général Massu a mené en Algérie une campagne contre le voile, le 13 Mars 1958, pour obliger les femmes à se dévoiler. Voir à ce sujet S. Dayan Herzbrun : "Les femmes : enjeu politique", Mawaqif, n° 64. p. 49.

 

[7] S. Belhassan : « Enquête sur la femme islamiste » dans Le Maghreb musulman en 1979, Paris, CRESM-CNRS, 1980.

 

[8] H. Taarji : Les voilées de l'Islam, Casablanca, Eddif, 1991, p. 22.

 

[9] S. Dayan-Herzbrun : « Les femmes : enjeu politique », op. cit.

 

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6 juin 2009 6 06 /06 /juin /2009 12:23

 

I conducted the interview with Dr. Abdessamad Dialmy, in the presence of my friend Maria Ezzaouini, a note taker on Monday 11/ 05/ 2009. I made a huge mistake with technology. After 10 minutes of recording, I realized that the Dictaphone was not recording anything. So I had to re-conduct the interview. I was very embarrassed and less confident. Fortunately the interviewee was very understanding and accepted to be re-interviewed. Therefore, I had to restructure and modify the questions to avoid redundancy and boredom. This experience taught me to be more careful the next time.

Nezha Belkachla, Association Démocratique des Femmes du Maroc.
 

 

R: So good morning Si Abdessamad. I’m sorry for the inconvenience. I didn’t record you from the beginning, I have to admit it. That was something stupid from my part, but I would like to ask you again to introduce yourself, and I’m very very sorry.

 

A.D: No problem. I’m professor Abdessamad Dialmy. I’m a sociologist I teached at Fez university for 30 years, now I’m teaching in the university of Rabat, two faculties. I deal with some sensitive themes like sexuality, Islamism, Aids. I published a lot of articles and books in Arabic, French and English. I participated to many collogues and international conferences and I realized a lot of research and expertises for some Moroccan institutions and for international organizations.

 

R: Ok. So…Eh…well… I think that what actually pushed me to interview you is your interest in the domain of prostitution, of sex tourism and of migration of women towards other countries for sexual exploitation, and that’s very interesting for me and for the research because we also want to know the opinions and the experiences of experts and experienced people in Morocco, not only the participants themselves, but rather we want to approach the problem from a different angle, from an angle, perhaps a perception of a researcher; and that’s why I’m here with you, let’s say. Eh…I’m actually conducting this research as a member of ADFM (Association démocratique des femmes du Maroc), and my name is Nezha Belkachla, and I want to conduct this as my first experience with social research; and that I’m supposed to do this research for the Collective of Research and Training for Development-Action, that… in which, I mean, I participated in Beirut, twice, and my third time will be in July when I’m gonna present my research in front of a jury, and so I was interested actually to know how you’re approaching the phenomenon, and my first question to you will be what is your definition of sex tourism? When…you know… when you talk about sex tourism, apart from what we review in the literature, what is your own definition?

 

A.D: le tourisme sexuel, c’est quand une personne du Nord voyage dans un pays du Sud, principalement pour avoir des expériences sexuelles avec d’autres personnes étrangères, étranges, dans leur pays, dans leur environnement. Pourquoi cela ? Pour  plusieurs raisons. Peut être faut-il évoquer d’abord, en premier lieu, des raisons économiques. Quand c’est commercial, quand c’est un rapport sexuel tarifé, il est moins cher au Sud.. Pour un touriste en provenance des Etats-Unis, d’Europe ou bien des riches pays Arabes du Golfe, consommer du sexe en Thaïlande, au Maroc, c’est moins cher, c’est beaucoup moins cher. Il y a cette raison qui est importante, n’est ce pas ? Qu’il faut rappeler, qu’il faut souligner, n’est ce pas ? Et puis il ya aussi une autre raison qui me semble importante… Qui dit sexe, sexualité dit érotisme,  recherche du plaisir, or le plaisir érotique est plus grand quand il est exotique, quand le partenaire est étrange, étranger, différent, cela change, cela excite le désir… c’est consommer un corps autre, un corps différent. Bon voilà au moins deux  raisons qui me semblent importantes et qui expliqueraient pourquoi certains hommes et femmes du nord et des pays riches vont ailleurs vers les pays du sud pour y faire du tourisme sexuel… Donc c’est moins cher quand c’est tarifé, mais aussi parce qu’on marie érotisme et exotisme.

 

R: OK. When we were talking, I mean, a few minutes ago and there’s something, the stuff that was not recorded because of my mistake… Eh you talked about certain aspects of prostitution or of sex tourism in which the customer, not the customer but the, you know, the women that offers herself to that customer… she can do it not particularly for money, but she can do it because she wants to explore a certain difference or perhaps… yah… how can you call this prostitution? Because… I don’t know…I mean…can we… I mean… call person a prostitute between quotes, a worker in sex, when she’s not doing it for money, she’s not selling her body?

 

A.D: Oui là, il faut quand même faire une déconnexion entre tourisme sexuel et prostitution. Ce n’est pas tout le temps lié. Le touriste sexuel ne rencontre pas que les prostitués… Il peut rencontrer les prostitués plus facilement peut être, mais il peut aussi chercher à avoir des relations sexuelles avec des non-prostitué (e) s. Et là il y a aussi une demande interne, chez les autochtones, et chez les hommes, et chez les femmes. Hommes et femmes Marocains par exemple rechercheraient à avoir des rapports sexuels avec le touriste pour des raisons non-commerciales, non-monétaires. L’autre est d’abord un autre. Il est différent, et pour l’autochtone, c’est également de exotisme, un exotisme inversé… Par exemple pour une marocaine, faire l’amour avec un italien ou avec un français, ça la change aussi, et puis faire l’amour avec un européen ou un américain, c’est une autre manière de faire l’amour. L’Européen ou l’Américain, on suppose qu’ils sont plus attentifs au plaisir de la femme ; ils seraient plus soucieux de ses orgasmes, si je puis dire. Par contre, le stéréotype veut que l’homme marocain, et arabe en général, ne se soucie pas du plaisir de la femme. Qu’il s’en soucie moins ou très peu…  Il y a cet aspect des choses aussi… Le touriste serait donc intéressant pour ça aussi… La touriste présente également des avantages, elle aurait moins de blocages, moins de résistances, moins de honte, moins de sentiment de culpabilité… Tout est sexuellement possible avec le touriste.  En plus de cette liberté sexuelle, le/la touriste, paie pas sous forme directe, pas sous forme de salaire, il peut faire des cadeaux, il peut inviter à un voyage, à un dîner; il représente aussi une possibilité d’avoir un visa, de partir ailleurs… Et puis les relations avec le/la touriste peuvent être romantiques et amoureuses et peuvent conduire plus loin, déboucher parfois sur un mariage… Comme on peut rencontrer un/une touriste juste pour passer une nuit d’amour agréable, sans lendemain. En un mot, le tourisme sexuel n’est pas tout le temps corrélé à l’argent, il n’est pas tout le temps corrélé à la prostitution… Mais il reste que l’achat des services sexuels chez les autochtones reste la principale caractéristique qui définit le tourisme sexuel.  Avec le/la touriste, l’autochtone d’un pays musulman arrive à dépasser beaucoup de tabous… par exemple, on se permet plus de choses avec le/la touriste qu’avec un partenaire marocain… on suppose que l’autre,  Européen ou Nord américain,  est plus ouvert… Des positions sexuelles non courantes entre partenaires Marocains sont acceptées, de même pour certaines pratiques sexuelles comme l’amour en groupe, les rapports anaux ou sadomasochistes. Ce sont là des comportements et des pratiques qui ne sont pas encore vraiment admis et intégrés dans la sexualité intra-marocaine, choses que l’on peut vivre et expérimenter avec l’étranger.

 

R: Ok… eh…So now that will lead us perhaps to talk about those workers in sex… when they actually practice sex. Are they… do they have some kind of contract with the nets? … are there any nets? … So do they have any contract with those nets to work only with tourists or they can practice prostitution in general?

 

A.D: En général, un travailleur ou une travailleuse sexuelle ne cible pas spécialement les touristes. Les travailleurs sexuels ne font pas en principe de distinction entre les clients, que le client soit solvable, qu’il paie, c’est le plus important. Mais il est évident que les clients nord- américains, européens  et Arabes du Golfe paient plus et mieux. C’est cela qui pousse à leur donner la priorité, à les préférer. Par définition, il est difficile de dire que les prostituées se réservent à certaines catégorie de clients, basées sur la l’ethnie ou la nationalité… C’est l’argent qui fait ici la différence.

 

R: OK. And when you were talking, I mean, in your article…Eh…there’s an article in which you talked about prostitution that I’ve read lately, and you said that there are many reasons that push women, for example, to go to prostitution,… not only for money, OK…but there are other things like… you know… something that they had in their childhood, for example, That I want to explain more to me.

 

A.D: il y a une théorie générale qui affirme que les prostituées ont été violentées et violées durant l’enfance, mais pour parler en toute franchise, il n’y a aucune marocaine ou sur le Maroc qui infirme ou confirme cette théorie. Cela reste une hypothèse à vérifier dans le contexte marocain.  Il faudrait interroger les prostitués marocaines et marocains pour voir si effectivement il y a eu violence sexuelle subie durant l’enfance. Cela étant, il faut signaler qu’au Maroc, il y a des enfants qui se prostituent avec les touristes. Même si cela la pédophilie prostitutionnelle est plus sévèrement punie par la loi, les touristes se permettent ces abus dans les pays du Sud. Tant que cela ne débouche pas sur un scandale public, les autorités ferment les yeux.  Les familles elles-mêmes sont complices, eu égard à la pauvreté, à la misère. Ces familles sont prêtes à tout.  Quand la fille issue d’un milieu pauvre est déflorée, il ne lui reste plus rien comme autre capital. Du coup, elle perd tout espoir de trouver un mari, elle est dévalorisée et s’auto-dévalorise. Elle tombe alors facilement dans la prostitution parce qu’elle n’a plus rien à perdre. Par contre, une jeune fille ayant d’autres capitaux comme le diplôme, le salaire, la bonne famille, ne risque pas vraiment de tomber mécaniquement dans la prostitution à la suite d’une défloration. Et puis n’oublions pas le facteur politique dans les pays où il y a le tourisme sexuel, là, les administrations sont complices… Le travail sexuel avec les touristes permet de faire rentrer des devises, de « résoudre » le chômage des jeunes. Ça permet à ceux-ci de se prendre en charge, voire de prendre une famille en charge. L’Etat se désengage et laisse les jeunes libres de gagner leur vie de cette manière. En un mot, L’Etat laisse faire parce que ça l’arrange aussi… Malgré les lois, malgré la répression judiciaire qui est ponctuelle et ciblée, les familles en profitent, les hôtels en profitent, les taxis en profitent, les boites de nuit en profitent, certaines régions, certaines villes en profitent. Tout cela fait que l’administration est obligée de fermer les yeux. Elle en profite aussi. Certaines administrations en profitent car elles-mêmes gèrent indirectement le champ prostitutionnel et y prélèvent des « impôts ». Pour résumer, le tourisme sexuel exploite principalement la vulnérabilité économique des pays du Sud, en de certains facteurs culturels. Le facteur politique réside dans le réalisme de l’Etat. Mais il faut reconnaître également que les Etats sont parfois eux-mêmes dépassées. La prostitution que consomme le touriste sexuel relève parfois du crime organisé par des réseaux transnationaux.  La traite et le trafic des femmes et des enfants sont les moyens les plus empruntés par ces maffias pour alimenter le marché de la prostitution. Femmes et enfants sont parfois achetés, parfois enlevés  puis introduits de force dans le circuit prostitutionnel. Aussi les Etats sont-ils appelés à lutter, à avoir des stratégies nationales pour contrecarrer la traite des femmes et des enfants. Certains fonctionnaires sont corrompus et s’impliquent pour faire échouer les stratégies nationales. Cependant, il y a des états et des pays, comme la Thaïlande, qui organisent officiellement et publiquement le tourisme sexuel. Au Maroc, on ne peut pas dire que l’Etat organise et accepte le tourisme sexuel. En pratique, il y a un laisser aller, un laisser faire, ce qui fait que le tourisme sexuel est plus au moins toléré, plus au moins accepté. Par exemple, quand il y a arrestation d’une prostitué marocaine avec un touriste européen ou arabe, seule la prostituée est poursuivie par la justice même la loi impose d’incriminer le client également. Celui-ci est seulement refoulé… Donc deux poids deux mesures, et cela encourage de manière implicite mais objective les touristes sexuels.

 

R: Ok… So…Eh… now…I think… Eh…sex tourism has always existed… you know since the 30s and the 40s…why this focus now and what has made it increase?

 

A. D: Je ne pense pas qu’il ait existé de manière aussi structurelle, non c’est quelque chose qui a vraiment émergé à partir des années 1980 suite aux politiques de l’ajustement structurel. L’Etat n’est plus là pour assurer l’emploi, la santé, l’éducation, le logement. Les gens sont livrés à eux même, les gens sont lâchés dans un marché néolibéral qui englobe le sexe aussi…Le sexe devient à son tour une marchandise dans les pays du Sud. Les corps des femmes et des enfants du Sud sont consommés sur place par le touriste ou exportés au Nord. Le tourisme sexuel participe davantage de la victoire de l’économie néolibérale, d’un rapport de force inégal entre le Nord et le Sud.

 

R: Eh… we were talking about… Eh… now we can talk about the workers in sex, and so… I mean… according to your experience as a researcher. Eh…this position as a worker in sex…Eh…we know that…Eh… they’re doing it for money, as you stated before, and for other reasons; but does it make a difference? How does it make a difference in their social and economic status? I mean concretely…Do they have higher ranks socially or economically?

 

A.D: Oui dans la mesure où ça se fait d’une manière plus discrète, dans des endroits qui sont plus luxueux, plus secrets, plus réservés; et puis les familles sont parfois complices, les familles savent… cela rappelle la distinction entre une prostitution de rue (condamnée, pourchassée, méprisée, emprisonnée, maltraitée), une prostitution de classes moyennes visibles dans certaines discothèques, dans des cafés, avec un statut et une image meilleurs… et une prostitution de luxe, invisible, secrète, avec des circuits spéciaux. Je pense que le touriste sexuel Européen profite principalement de la prostitution « moyenne » tandis que le touriste du Golfe Arabe est plutôt le moteur et le promoteur d’une prostitution de haut standing. Et c’est pour cela que les prostitués qui vont avec les touristes sont moins inquiétées. Ça se fait de façon plus discrète, avec des partenaires plus côtés si je puis dire… et du coup cela  retentit positivement sur leur image. La famille serait là plus acceptante, eu égard justement à cette différence de statut… plus le client est élevé, plus cela améliore l’image du travailleur sexuel.

 

R: And how do you think they feel about their status? How do they feel about this?

 

A.D: Bon, là il y’aurait à mon avis moins de culpabilité, moins de honte… quand la famille est complice, quand ça rapporte plus, quand ça se fait de manière discrète, quand c’est fait de manière choisie, il y a un sentiment de culpabilité qui est moindre, il y a moins de honte, et cela donne une image de soi qui n’est pas très mauvaise finalement. C’est quand la famille ne sait pas, quand elle condamne, quand elle est dure, quand elle réprime, quand la personne elle-même est s’auto-humilie que l’image de soi est négative.  C’est la prostituée de rue qui arrive à peine à se nourrir qui se sent le plus mal. Et pourtant, c’est elle qui endure le plus, c’est elle qui n’a vraiment pas d’autre choix. Surtout quand elle a un ou deux enfants à nourrir, à élever, seule. Plus on s’élève dans la hiérarchie sociale, plus il y a le choix, plus l’image de soi de la prostituée est positive. Les prostituées high standing s’habillent bien, vont au restaurant, achètent tout le monde, cela influence leur vécu, positivé, elles auraient même un sentiment de pouvoir. De plus en plus, des jeunes filles marocaines préfèrent avoir un tel mode de vie, c'est-à-dire sortir avec plusieurs partenaires étrangers ou bien placés, profiter de la vie, avoir de l’argent, elles préfèrent tout cela au fait d’être mariée avec un marocain fauché ou qui arrive à peine à vivre et à les faire vivre.

 

R: OK, and… I mean just from your experience…Eh…as a researcher…I mean how do some of these participants feel…I mean when they are with customers, you know? I mean do they that they are humiliated…that they’re respected? How do the customers treat them?  

 

A.D; Cela dépend des clients. Il y a des clients qui sont compréhensifs, qui comprennent pourquoi la jeune femme ou le jeune homme a recours à la prostitution… Là le rapport peut être respectueux…c’est justement le cas du touriste sexuel. Pour celui-ci, pour l’Européen surtout, la prostituée est une travailleuse qui vend des services sexuels. Elle n’est pas perçue comme débauchée ou perverse, et cela réduit  la dépréciation et le mépris. Quand cette conscience citoyenne n’est pas là, c’est bien sûr c’est le mépris, la violence, l’insulte verbale. Donc, on ne peut pas généraliser… Le client traite la prostituée en fonction de son propre niveau socio-économique et intellectuel. Plus ce niveau est élevé, plus il y a de compréhension.

 

R: And when you started talking about sex tourism and linking it with the project that was actually designed by the government to promote tourism in Morocco, so what is the link between this project and the escalation of sex tourism in Morocco?

 

A.D: C’est ce qu’on a dit effectivement tout à l’heure. Bien sûr il y a mondialisation et libéralisation. C'est-à-dire qu’on on fait du tourisme une activité principale dans l’économie du pays. Qui dit encouragement du tourisme dit encouragement des loisirs et des plaisirs, aussi faut-il produire une main d’œuvre sexuelle qui va accompagner la demande touristique. Le tourisme, c’est des loisirs, c’est du service, c’est de l’accueil, c’est du sauna, du massage, c’est de la sexualité directe. Sun, sand, sea and sex, les quatre s, c’est connu, et tout ce qui va avec. Le touriste qui vient pour les monuments, il va trouver les monuments, le touriste qui vient pour la religion, il va trouver de la religion dans les santuaires ou les moussems (festivals), et le touriste qui vient pour le sexe doit trouver une offre sexuelle à sa disposition, à la disposition de son pouvoir d’achat.

 

R: Eh…And when we were talking about categories of people that work in sex, and you talked about kids, you talked about women, you talked about young girls. You said that there are no actually studies that can show sometimes the amount of people or the number of people that work in sex. Can you just tell us perhaps what category of people is more recruited, for example, kids, young girls, women, certain ages?

 

A.D: Ce sont surtout les jeunes filles. Elles constituent à mon sens la partie statistiquement la plus importante de la main d’œuvre sexuelle. Il y a également des enfants des deux sexes. Et une partie constituée de jeunes hommes, pour des services hétérosexuels et/ou homosexuels à l’adresse des touristes, selon la demande. L’âge varierait grosse modo entre 15-16 ans et 30 ans. La majorité des travailleurs sexuels, hommes et femmes, sont recrutées principalement dans les milieux défavorisés… je dis principalement parce que le facteur économique est déterminant. Les travailleurs sexuels potentiels sont des personnes économiquement vulnérables, appartenant à des familles elles même vulnérables.

 

So…Eh…so how can girls and women…I think that we talked about their financial problems a few minutes ago…Eh… I want to talk now about their experiences in general. You talked about their social status, their economic change…how they make them feel, but their experiences in general…Have any of the participants talked about this? I mean about how they feel in their experiences?

 

A.D: De manière générale, c’est la honte, c’est le sentiment de culpabilité, mais comme je l’ai dit tout à l’heure, de plus en plus, il y en a qui vous disent que c’est un mode de vie préférable à un mode de vie petit-bourgeois, établi, dans le cadre d’un mariage misérable, dans une famille misérable… Donc, grosso modo, eu égard à la religion, eu égard à la loi et aux traditions, c’est le stigma, c’est  la honte, mais de plus en plus, de nouvelles valeurs qui émergent, basées sur l’argent, la réussite, ou tout simplement la légitime défense contre des conditions sociales pénibles, impossibles. La prostituée se défend en vous disant qu’elle n’a pas d’autres choix, que la société et l’Etat sont responsables de sa misère, et finit par devenir accusatrice. Se définissant comme victime d’un ordre sexuel injuste, elle se pose tour à tour comme objet de pitié et comme juge accusateur. Elle ne se sent plus débauchée ou coupable, elle se sent de plus en plus comme victime d’un système social et économique.

 

R: OK. In case the state wants to integrate them or maybe NGOs, in your opinion, will they be able to change, I mean to go and do other jobs, or there are some workers that stick to their job and say it’s more rewarding for them?

 

A.D: Encore faut-il que l’Etat le veuille…Est-ce que l’Etat le veut vraiment? Le peut-il ? Quand on a le projet de recevoir 10 millions de touristes, parmi ces 10 millions, il y aura sûrement des touristes sexuels… Il faut donc répondre à la demande sexuelle des touristes sexuels …et du coup on peut se demander si vraiment on a l’intention stratégique d’éradiquer la prostitution. Il me semble que la réponse à cette question ni pas un oui automatique…Il y a le besoin d’une manœuvre sexuelle pour faire marcher le champ du tourisme, pour le faire mieux marcher. D’un autre côté, l’Etat lui-même et les associations féministes adoptent la définition de la prostitution comme une forme de violence, comme la forme extrême de la violence que subit l’être humain, et notamment la femme et l’enfant. En d’autres termes, la prostitution ne serait jamais un choix libre dans un marché libre. Pour lutter contre la prostitution comme réponse « facile » à la vulnérabilité, il y a un travail de sensibilisation et de rééducation à mener, en attendant l’habilitation et l’empowerment de la femme.  Si vous n’offrez pas d’alternative crédible et durable. , la prostituée restera prostituée malgré le travail de sensibilisation. Ce défi, celui de sortir les prostituées de la vulnérabilité, personne ne peut le relever aujourd’hui… Les maffias du crime organisé exploitent cette impuissance, impuissance due à un partage mondial inégal des richesses. Pour cette raison, la prostitution est aujourd’hui un des visages de la mondialisation. Et le tourisme sexuel participe de cette mondialisation du sexe, de ce marché mondial du sexe qui rapporte des milliards de dollars, pas aux travailleurs sexuels eux-mêmes. Sans être pessimiste, je me demande si c’est un marché que l’on peut maintenant détruire, voire seulement réguler. Quand ils ne sont pas complices, les Etats sont de plus en plus impuissants devant le crime transnational organisé. Le Maroc est impliqué dans ce réseau international… En 2008, le Ministère marocain de l’intérieur affirme avoir démantelé 228 réseaux internationaux de trafic et de traite des femmes. La coopération internationale au niveau des polices des frontières et d’Interpol se fait pour lutter contre le trafic, contre la traite. On doit entreprendre une action préventive de sensibilisation auprès des femmes, auprès des enfants, auprès des familles, les avertir, leur dire que ce n’est pas un bon chemin, que ce n’est pas le bon chemin. Mais ce n’est pas suffisant… tant qu’il y a vulnérabilité économique, il y aura vulnérabilité à l’appel du marché prostitutionnel. Plus une jeune fille est vulnérable économiquement, plus elle risque de répondre à cet appel, avec ou sans la complicité de sa famille.

 

R: But for the moment, is there any pressure from the part of the Civil Society on the government itself, I mean concerning to be strict about the laws or perhaps think about other projects of laws that can help combat the phenomenon?

 

A.D: Il y eu en 2007 une action de la « Ligue Démocratique des Droits des Femmes » (LDDF) qui justement a appelé à lutter contre la prostitution qu’elle définit comme  une forme de violence. Puis récemment, une réunion panarabe s’est tenue à Rabat pour endiguer le fléau de la traite des femmes. C’est un début, c’est encore balbutiant. Moi je reste réaliste, je ne pense pas qu’on puisse résister à la mondialisation de la prostitution. C’est un champ informel et clandestin qui échappe au contrôle total de la puissance publique. Les 228 réseaux internationaux œuvrant à partir de Maroc qui ont été démantelés ne constituent à coup sûr que la partie apparente de l’iceberg. Vous savez, la plupart des prostituées qui œuvrent maintenant dans les pays du Nord, à Amsterdam, à Paris… sont de moins en moins des autochtones… ce sont des femmes de l’ex-empire soviétique, des femmes africaines, des femmes Arabes… 80% des prostitués en Hollande sont d’origine étrangère. Il en est de même du marché sexuel dans les pays arabes du Golfe.

 

R: So what is the position of the law? When, for example, they display such networks?

 

A.D: La loi est claire. La loi pénalise : elle pénalise la prostituée elle-même, elle pénalise le client, elle pénalise le proxénète, elle pénalise les lieux où il y a prostitution. La loi est claire, la loi est contre. Il faudrait la durcir, chose qui ne semble pas être urgente pour les autorités. Il faut donc au moins l’appliquer de manière stricte, contre les clients étrangers, les touristes sexuels, et pénaliser aussi les fonctionnaires qui concourent à la violation de la loi…

 

R: OK Maybe my last point of interest would be in case we had actually an international network or an international movement to combat this phenomenon, what would be, in your opinion, the strategy that could be rewarding…I mean that could help combat this phenomenon?

 

A.D: La stratégie, c’est le partage équitable des richesses. Pour commencer, il faut commencer par lutter contre la vulnérabilité économique du Sud. Il faut commencer par lutter contre la vulnérabilité économique des femmes du Sud, des familles du sud. Tant que le sud est vulnérable, tant qu’il vulnérabilisé par une mondialisation sauvage, néolibérale, les femmes du Sud, les enfants du Sud seront toujours une proie facile pour les réseaux internationaux et nationaux, L’enjeu est d’assurer une vie décente aux femmes et aux enfants du Sud. C’est un facteur capital. Tant que cela n’est pas réalisé, il y aura toujours le risque de les faire recrutés par un réseau prostitutionnel.

 

R: OK, anything to add? I mean something else I didn’t ask you about and that you wanted to say, I mean?

 

A.D: Bon, pour le moment, je ne vois rien d’autre à ajouter… (un rire)

 

R: OK, (un rire). OK, would you like to publish, I mean any I want to publish from what you said? And because I would like to show you perhaps the last product after the transcription, and if you think that I said something which is not appropriate or maybe I wasn’t that faithful to what you said please let me know…Well thank you so much, Dr. Dialmy Abdessamad, and I’m really very grateful to you…and…I…I would like to apologize for any inconvenience again.

 

A.D: Vous n’avez pas à vous excuser. C’était parfait. C’était bien. C’est vrai, j’aimerai relire la transcription. Comme ça je pourrais ajouter des choses,…

 

R : Très bien

 

A.D : OK ? J’allais vous demander ça d’ailleurs, OK ?

 

R : Non, je vais le faire (un rire). Bon merci beaucoup.

 

A.D : ça fera un texte plus cohérent…

 

R : Très bien

 

A .D : Parfois à l’oral, on ne contrôle pas ce qu’on dit. On n’est pas tellement bien…mais à l’écrit on peut retranscrire… rajouter des choses.

 

R : Très bien. Merci beaucoup

 

A.D : C’est moi qui voudrais vous remercier.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Dialmy - dans Féminisme
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